Allégement des bilans bancaires

Les ventes de portefeuilles de prêts se multiplient

À l'heure où de nombreuses banques européennes allègent leur bilan et préservent leur précieuse liquidité en vendant des portefeuilles de prêts, Price Waterhouse Coopers étudie ce phénomène. Les transactions ont progressé de 28 % en 2012, certaines donnant lieu à d'importantes décotes.

Un marché en progression

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°312

Développement durable : les efforts des banques observés à la loupe

La vente par BNP Paribas d'un portefeuille de prêts dans le secteur de l'énergie à Wells Fargo a fait progresser la place de la France dans le marché des transactions de loans en 2012. « D'une valeur de 7,2 milliards d'euros, ce deal permet à la banque française de réduire son besoin de liquidité en dollars », commente Hervé Demoy, spécialiste des transactions dans les services financiers et associé chez Price Waterhouse Coopers. Le cabinet étudie depuis plusieurs années les transactions de plus de 1 milliard d'euros portant sur des prêts « non core », c'est-à-dire non stratégiques et mis sur le marché par les banques européennes. Ces dernières cherchent à préserver leur précieuse liquidité (surtout en dollars), mais également à alléger leur bilan en supprimant des actifs gourmands en fonds propres sous Bâle III.

En forte progression, le marché des loans, qui pesait 11 milliards d'euros en 2010, a atteint en 2012 la somme de 46 milliards, avec la répartition suivante :

  • crédits spécialisés (infrastructures, énergie, shipping, aviation) : 14 milliards ;
  • immobilier commercial : 13 milliards ;
  • prêts sans garantie octroyés aux particuliers (crédit conso, etc.) : 10 milliards ;
  • prêts retail avec garantie (comme dans l'immobilier) : 6 milliards ;
  • crédits octroyés aux entreprises : 3 milliards.

« Les acheteurs sont souvent des banques de financement et d'investissement, comme BoA Merill Lynch ou Morgan Stanley, explique Hervé Demoy. Ces établissements achètent les portefeuilles avec une décote, peuvent sous-traiter le servicing [1] à des plates-formes spécialisées et captent les remboursements. » À la recherche d'actifs offrant des rendements intéressants, les assureurs font également partie des acheteurs. Dans plusieurs pays (France, Italie, Allemagne…), la banque qui cède le prêt continue généralement à assurer le servicing. Les fonds d'investissement sont eux aussi à l'affût. « En Espagne, les fonds américains Lonestar et Apollo ont acheté des portefeuilles et des plates-formes de servicing », précise le consultant.

En 2012, le marché a essentiellement porté sur des non performing loans, c'est-à-dire des prêts présentant des défauts de paiement. Mais selon Hervé Demoy, « depuis quelques mois, nous observons des transactions sur des portefeuilles de qualité et nous pensons qu'elles vont se multiplier en 2013 ».

Une marge de négociation variable

Sur les performing loans, les acheteurs de prêts dans l'immobilier commercial n'obtiennent guère de décote : ils payent 90 à 100 % de la valeur faciale. Sur le non-performing, le discount peut atteindre 60 % (et l'acheteur pourra actionner la garantie). L'Irlande forme quant à elle un marché à part, où la décote se situe entre 80 et 90 %.

En France, la marge de négociation est serrée, quelles que soient la qualité et la nature des prêts, car l'offre de portefeuilles est faible. Hervé Demoy observe qu'« elle concerne surtout des prêts logés dans des filiales basées à l'étranger ; il n'est pas impossible toutefois que certaines transactions demeurent confidentielles ».

À l'inverse de la situation française, le marché espagnol est très actif (en particulier sur la catégorie non-performing) et devrait le rester en 2013. Selon le pronostic de PwC, deux autres pays pourraient voir le nombre de transactions se multiplier cette année : l'Irlande et le Royaume Uni.

[1] servicing : la relation à l’emprunteur (perception des intérêts et du principal, éventuelles négociations sur des modifications du contrat de prêt, gestion des contentieux…).

 

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