Résultats trimestriels

Les banques inégales face à la crise

Tous les prêts bancaires ne sont pas égaux face à la crise sanitaire. Les mesures de confinement font peser davantage de risques sur les banques les plus actives sur le crédit aux entreprises. L’analyse de Pierre Gautier de l’agence de notation S&P Global Ratings.

Les banques inégales face à la crise sanitaire

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Revue Banque n°845

Crise de COVID-19 : Quelle résilience des banques françaises ?

Dans les résultats présentés par les banques pour le premier trimestre 2020, les montants mis en provisions varient énormément d’un établissement à l’autre ; comment s’explique cette hétérogénéité ?

En Europe, les banques provisionnent en prévision d’impayés futurs qu’elles pourraient subir sur les prêts octroyés mais toutes ne suivent pas les mêmes hypothèses sur l’ampleur de la récession économique et les pertes attendues par leurs clients. De plus, la crise sanitaire ne renchérira probablement pas le coût du risque dans les mêmes proportions sur tous les types de prêts. Les prêts immobiliers continuent à présenter peu de risques et ils constituent souvent une part substantielle du bilan des banques européennes. C’est notamment le cas de banques très actives sur le segment des particuliers comme l’italienne Intesa ou la française Crédit Agricole, ce qui donne à ces établissements un profil assez résilient. Mais toutes les banques européennes ne sont pas dans cette situation. Par exemple, d’autres groupes, comme Unicredit ou la Société Générale sont traditionnellement plus exposés aux entreprises. Or, sous l’effet du confinement et du ralentissement général de l’économie, le coût du risque de cette activité pourrait beaucoup augmenter. C’est l’une des raisons qui expliquent l’importance des provisions que ces deux banques [1] ont créées, alors que leurs consœurs plus orientées sur la banque de détail ont présenté des résultats d’assez bonne facture, notamment du fait de provisions moins élevées.

Aux États-Unis, les banques ne conservent pas à leur bilan les prêts immobiliers qu’elles octroient et ont donc proportionnellement d’importants volumes de crédits corporate ainsi que d’autres formes de prêts potentiellement impactés par la crise, tels les prêts étudiants, les crédits consommation, les cartes de crédit… Les banques américaines ont donc presque toutes passé des provisions substantielles sur le premier trimestre, dans un contexte là aussi de ralentissement économique, de baisse des prix du pétrole et de remontée du chômage.

Les banques américaines souffriront-elles davantage de la crise que les européennes ?

Non, car les banques américaines ont des atouts que les banques européennes n’ont pas : leurs BFI sont très rentables et ont su tirer meilleur parti de la volatilité des marchés pendant la deuxième quinzaine de mars que la plupart des banques européennes. Autre point fort des banques américaines dès avant la crise : des marges bien meilleures que celles affichées par les banques européennes. En Europe, les banques subissent toujours des taux d’intérêt très bas, ce probablement pour encore quelques années. Et leur base de coûts reste importante, avec des réseaux denses et une digitalisation exigeant des investissements importants.

Quelle est la situation des banques en Chine ?

Les grandes banques chinoises sont en mesure d’encaisser le choc de la crise. Certes, le coût du risque va augmenter malgré l’aide importante octroyée par l’État aux entreprises, mais les grandes banques peuvent l’absorber. De plus, nombre d’entre elles sont détenues par l’État et, quand elles ne le sont pas, leur taille systémique déclencherait probablement un soutien de l’État en cas de difficulté.

Mais il existe aussi en Chine de nombreuses banques moyennes ou petites pour lesquelles la problématique de la qualité des actifs sera plus difficile à gérer. Toutefois, ces établissements sont très peu connectés au système bancaire et financier international ; donc, en cas de difficulté les concernant, le risque de propagation au reste du monde serait minime.

Taïwan et la Corée du Sud sont souvent montrés en exemple pour leur gestion de la crise sanitaire ; leurs banques vont-elles tirer profit de la situation ?

Taïwan et la Corée du Sud sont des économies très ouvertes sur le monde et notamment sur la Chine qui tire l’ensemble des économies asiatiques. Ces pays exportateurs, ainsi que leurs banques, sont donc forcément affectés par les effets indirects du ralentissement des économies chinoise et occidentale mais aussi indienne et japonaise. La santé du secteur financier va forcément s’en ressentir, notamment au travers d’une moindre croissance des revenus et de pertes accrues sur les crédits, mais la situation des grandes banques de ces deux pays reste saine.

 

[1] Société Générale a comptabilisé 820 millions d’euros de coût du risque et Unicredit 900 millions.

 

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