Politique monétaire

Les banques européennes augmentent leur dépendance aux dettes souveraines

En huit mois, les banques de la zone euro ont fortement accru leur détention de dettes publiques, faisant ressurgir les craintes d’une crise systémique.

Détention de titres de dette publique nationale et non nationale par les banques de la zone euro

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Revue Banque n°849

Coût du risque : Une augmentation sous l’emprise d’IFRS 9

Toutes les banques des pays de la zone euro ont augmenté leur détention de titres de dettes publiques nationales entre janvier et août 2020, à l’exception des Pays-Bas et de l’Autriche (cf tableau ci-joint) : 55,68 milliards d’euros de plus en France, 11,64 milliards en Allemagne. Au total, les banques de la zone euro ont cumulé 190,8 milliards de titres de dettes nationales supplémentaires.

Sur la même période, elles ont aussi augmenté leur détention de titres de dettes publiques non nationales, surtout celles d’autres pays de la zone euro. « Il s’agit probablement d’un effet collatéral des politiques monétaires exceptionnelles menées lors de la crise sanitaire, qui ont augmenté fortement la liquidité », analyse Éric Dor, directeur des études économiques à IESEG School of Management. En cause : les achats de titres par les banques centrales, en application des programmes de la BCE, ainsi que les prêts TLTRO (targeted longer-term refinancing operations). « Pour employer toute cette liquidité, il a pu sembler avantageux aux banques d’investir en dettes publiques », précise Éric Dor.

Boucle pernicieuse

Ce phénomène pourrait relancer la fameuse « boucle pernicieuse » qui lie des États à leurs banques : les États se trouvent exposés aux risques de leurs banques, qui augmentent avec la pandémie, tandis que la détention de dettes publiques par les banques les expose aux risques des états. La BCE, d’ici décembre, devrait ajouter 500 milliards d’euros à son programme exceptionnel d'achats de titres, lui-même complétant le Quantitative easing (QE) traditionnel, et rendre les liquidités encore plus abondantes dans le système bancaire.
BCE et gouvernements cherchent cependant à dénouer cette relation dangereuse entre banques et État. « Les prêts de la Commission européenne aux États vont créer une dette européenne commune, mutualisée qui permettra d’alléger le phénomène de boucle pernicieuse, estime Éric Dor. Mais en attendant, il est à craindre que les banques continuent à renforcer leur portefeuille de dette publiques, d’autant que la demande privée de prêts n’est plus au beau fixe après le rebond du printemps. »

Sans la politique d’achats d’obligations publiques par les banques centrales de la zone euro, sous l’égide de la BCE, une nouvelle crise de la dette souveraine verrait le jour, touchant en premier lieu l’Italie, l’Espagne et le Portugal. « À moins que la détention de dette publique par la BCE ne soit définitive », envisage Éric Dor.

 

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