Faut-il contraindre les banques à se recapitaliser davantage ?

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Banque & Stratégie n°306

L’épargne salariale résiste face aux critiques

La France serait menacée de credit crunch. C’est l’avis exprimé dans La Tribune du 31 août par Jacques Delpla [1], qui observe que les banques réduisent les montants prêtés, notamment pour respecter les ratios de solvabilité. Or, selon l’économiste, les banques devraient augmenter leurs fonds propres et prêter davantage, faute de quoi il promet 5 ans de croissance zéro. Jacques Delpla estime que cette recapitalisation est d’autant plus nécessaire qu’une partie des crédits accordés par le passé de façon trop généreuse fera défaut. « La France n’est pas la plus concernée par ce phénomène, mais elle ne sera pas épargnée », ajoute l’économiste, contacté par Banque & Stratégie. Il estime que l’État et le régulateur devraient contraindre les banques à utiliser l’intégralité de leurs profits pour gonfler leurs fonds propres, mais aussi les forcer à émettre de nouvelles actions sur les marchés. Et si les banques ne parvenaient pas à lever des fonds sur le marché, l’État devrait entrer au capital des établissements.

Mais selon Cyril Meilland, responsable de l’analyse bancaire chez Cheuvreux, une recapitalisation des banques françaises est inutile : « Certes, des défauts sont à prévoir sur les portefeuilles de prêts octroyés par le passé, mais le risque d’une détérioration, même prononcée, de la situation est tout à fait gérable, grâce aux profits dégagés par les banques. Nous ne sommes donc pas inquiets, même en tenant compte de l’exposition des banques françaises à l’Europe du Sud. »

Concernant les crédits accordés actuellement, l’analyste fait remarquer que « leur croissance s’établit à 1% en rythme annuel selon les derniers chiffres de la Banque de France, donc légèrement au-dessus de celle du PIB qui est de 0,8%. Les banques répondent donc largement aux demandes de prêts; les contraindre à prêter davantage les pousserait à assouplir leurs critères d’octroi, ce qui les conduirait à prendre de mauvais risques. »

Cyril Meilland admet toutefois qu’il existe un frein à l’offre de prêt à long terme : il s’agit des ratios de liquidité de Bâle III. Mais, de ce point de vue, le renforcement des fonds propres n’apporterait rien. Seul un assouplissement de ces ratios soulagerait les banques. S. G.

[1] L’économiste Jacques Delpla fut l’un des premiers à préconiser l’émission d’euro-obligations.

 

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