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L’Eurogroupe relance l’idée d’utiliser le MES

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Revue Banque n°773

Financement de l'immobilier : profession en chantier

Soutenue par la France, l'idée de permettre au MES d'intervenir directement au capital des banques en difficulté ressurgit. À la sortie de la réunion entre ministres des Finances du 5 mai, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a affirmé qu'un accord était en vue à ce sujet. Mais à y regarder de plus près, l'accord esquissé est d'une telle prudence qu'il ressemble à un enterrement de ce projet de mutualisation qui, depuis 2012 [1], ne parvient pas à entrer dans les faits.

Pour l'économiste Nicolas Véron, « le projet présenté par Jeroen Dijsselbloem est restrictif et ne constitue pas forcément un pas en avant. Avec cette ébauche d'accord, l'instrument est difficile à utiliser sauf en cas de crise grave (perte d'accès au marché et impossibilité de recapitalisation indirecte via les États) ». Cette amorce d'accord n'esquisse donc pas vraiment un recul de la part de l'Allemagne ou des Pays-Bas, qui font régulièrement preuve de la plus grande vigilance lorsqu'il s'agit de créer des outils de mutualisation.

Selon Nicolas Véron, « la déclaration de Jeroen Dijsselbloem montre bien que, en 2015 comme en 2014, le récit du legacy continue de s'imposer : ce sont en priorité les États membres qui pallient les difficultés rencontrées par “leurs” banques. Cependant, la recapitalisation directe par le MES constitue un instrument de crise ; donc en cas de crise, les limitations évoquées le 5 mai deviendront obsolètes et le MES pourra le cas échéant être utilisé. Ainsi, cette déclaration a un caractère en grande partie virtuel. De plus, le backstop par le MES semble moins nécessaire depuis la création d'un fonds de résolution, doté d'une capacité à emprunter sur les marchés. Enfin, le président de l'Eurogroupe est avant tout ministre néerlandais des Finances, or les Pays Bas défendent le principe du legacy. Ceci pose d'ailleurs une question institutionnelle. » En effet, comment le président de l'Eurogroupe peut-il s'affranchir des positions défendues par son propre pays ? S. G.

[1] La possibilité pour le MES d’intervenir directement au capital des banques a été mise sur les rails en juin 2012 ; dès septembre 2012, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande sont revenus sur cette disposition. Depuis lors, le flou sur l'utilisation du MES règne.

 

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