Tendances

Correction des marchés et dette élevée : deux risques prépondérants selon l’AMF

Dans son édition 2019 de la Cartographie des marchés et des risques, l’Autorité des marchés financiers désigne la correction des marchés et l’insolvabilité des acteurs endettés comme les deux principaux risques de ces prochains mois.

Correction des marchés et dette élevée : deux risques prépondérants selon l’AMF

L'auteur

Pour en savoir plus

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°835

Risque Cyber : Comment coordonner la lutte ?

Le risque d’une correction des marchés reste en tête des menaces qui planent sur la finance, indique la dernière édition de la Cartographie des marchés et des risques de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Cette année encore, les actifs financiers sont valorisés à leur plus haut niveau, et ont même enregistré, en juin 2019, un record historique aux États-Unis. La chute temporaire des marchés actions, fin 2018, a brutalement mis en évidence des perspectives de résultats des entreprises qui s’altéraient, et rappelé que la valorisation des actifs était à la merci d’une révision de la prime de risque. Une anticipation par les acteurs des marchés du resserrement des politiques monétaires de la Fed comme de la BCE, actuellement très accommodantes, pourrait elle aussi déclencher une retarification des actifs financiers.

Les capacités de remboursement des emprunteurs menacées

L’insolvabilité des acteurs endettés constitue le deuxième risque majeur identifié par le régulateur français. Les capacités de remboursement des emprunteurs se trouveraient menacées par un brusque ralentissement de l’activité ou par une remontée inattendue des taux d’intérêt. Ce risque est accru par la progression au niveau mondial de certains marchés de dette particulièrement risqués, ceux de la finance à effet de levier, fondée sur des volumes élevés d’obligations spéculatives et l’essor des obligations structurées adossées à des emprunts. Avec ces produits, les investisseurs se trouveraient exposés à des pertes importantes en cas de défaut des emprunteurs, compte tenu des faibles garanties prévues. Cependant, la finance à effet de levier représente moins de 2 % des actifs des fonds français.

Troisième facteur de risque, la transition numérique et énergétique du système bancaire. Bien que celui-ci soit désormais plus résistant, notamment grâce à la lente résorption des prêts non performants, les coûts engendrés par la transformation pèsent sur sa profitabilité. Le modèle d’affaires des banques est fragilisé par les taux bas qui pénalisent les marges et par les faibles revenus des commissions.

Les tensions géopolitiques génératrices d'incertitudes

L’AMF identifie enfin plusieurs risques nouveaux, liés au fonctionnement des infrastructures de marché et post-marché. Parmi eux, la difficulté d’atteindre certains objectifs d’amélioration de la transparence fixés par la directive MIF 2. Les nouvelles règles de financement de la recherche sur les sociétés cotées ont notamment entraîné une baisse des budgets qui lui sont consacrés, un financement accru par les émetteurs, et l’augmentation du nombre d’émetteurs couverts par chaque analyste.
Les économistes de l’AMF mettent en garde contre le poids croissant du fixing de clôture dans les transactions sur Euronext et contre l’emballement des fonds de financement privé. Enfin, les tensions géopolitiques apportent leur lot d’incertitudes : concurrence réglementaire, dégradation de la supervision, mise en place laborieuse d’un régime de résolution européen, Brexit imposant le déplacement d’activités dans différentes juridictions, développement compliqué d’une supervision européenne pour les chambres de compensation… « Les risques pesant sur les marchés financiers paraissent au final moins provenir à court terme de leur structure que de leur environnement, qui appelle les épargnants à la vigilance et les autorités à développer les politiques macroprudentielles », analysent les auteurs de l’étude. « Ce sont les risques opposés de taux d’intérêt trop bas trop longtemps qui prévalent, avec les inconvénients associés : incapacité des marchés à tarifer temps et risque pour orienter les investisseurs, épargnants partagés entre dépôts bancaires sans rendement (nouveau record à 61 milliards d’euros en 2018), bulles, voire recherche de rendements irréalistes qui cachent des escroqueries. »

G. D.

 

 

 

 

 

 

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet