Dette grecque

Bras de fer entre le FMI et l’Allemagne

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°796

Banque de détail : le modèle de distribution évolue

Dans les négociations, au sein du Quartet [1], sur l’aide à apporter à la Grèce, l'une des positions défendues par le FMI est la nécessité de restructurer la dette Grecque. Les statuts du FMI lui interdisent de prêter à un Etat dont la dette ne serait pas soutenable. Et la Grèce est bien dans ce cas, selon la plupart des observateurs. Selon Norbert Gaillard, économiste indépendant, « Angela Merkel va probablement accepter la demande du FMI, ce qui pourrait conduire Wolfgang Schaüble à démissionner, à un an du terme de la législature. Cette restructuration sera sans doute conditionnée au respect et à la mise en œuvre concrète des accords signés par la Grèce. En effet, les dernières informations sur la fraude fiscale, par exemple, donnent l’impression que les engagements pris par le gouvernement ne sont pas complètement suivis d’effets. » Et l’Allemagne craint qu’en cas de restructuration, les réformes ne soient jamais appliquées. Pour éviter que les réformes ne demeurent lettre morte, il est possible, selon Norbert Gaillard, d’imaginer « une sorte de “restructuration conditionnée” qui consisterait à lancer la restructuration une fois que les accords signés se traduisent dans les faits puis à procéder à un effacement partiel mais progressif de la dette qui se ferait au fur et à mesure que le gouvernement grec atteint les objectifs fixés. Il s'agit de donner des perspectives favorables à la population grecque. »

La BCE détient une grande partie de la dette grecque. Pour l’économiste, « un défaut sur cette créance constituerait bien sûr un problème pour la BCE, mais celle-ci est tellement accommodante en ce moment et le risque de plonger la Grèce dans le chaos devant absolument être évité, une restructuration me semble plausible ».

Selon Laurent Clavel, économiste chez AXA IM, une véritable restructuration, c’est à dire un défaut partiel, est très improbable. L’économiste croit davantage à un aménagement. Mais de quel type? « Difficile de rééchelonner les prêts du FESF dont la maturité moyenne est déjà de plus de 30 ans (et près de 17 ans en moyenne pour l’ensemble de la dette publique grecque à fin 2015). Il n’est pas non plus évident de réduire les paiements, avec déjà une période de grâce. Mais des propositions existent encore : il est envisageable d’indexer les paiements d’intérêt à la croissance nominale du PIB (aujourd’hui négative), d’envisager des obligations perpétuelles (sans remboursement de principal) ou alors de suspendre le remboursement de la dette jusqu’à ce que la Grèce dégage un surplus commercial. »

Achevé de rédiger le 15 avril 2016.

 

[1] À la Troïka (FMI, Commission Européenne, BCE), est venu s’ajouter le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), formant désormais un quartet qui représente les créanciers de la Grèce.

 

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