Politique monétaire

La BCE rassure les banques avant l’épreuve

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En abaissant le taux directeur de la BCE de 0,5 à 0,25 %, Mario Draghi a surpris les marchés et nombre d'analystes, dont Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank. A ses yeux, « le niveau de l'inflation en Europe ne justifiait pas forcément ce geste de la banque centrale. L'Europe n'est pas dans une situation prédéflationniste, mais simplement de désinflation. Cette baisse de taux est mal reçue en Allemagne qui craint que cette politique accommodante n'entraîne une certaine complaisance dans les pays du Sud. » Mais pour certains, parmi lesquels Patrick Artus, chef économiste de Natixis, l'Europe est concernée par le risque déflationniste.

Au-delà du débat sur l'évolution des prix, la décision du 7 novembre envoie également des signaux rassurants aux banques. « Cette baisse de taux va permettre aux banques d'améliorer leurs marges et donc la qualité de leurs bilans », souligne Christian Parisot, chef économiste d'Aurel BCG. Mario Draghi a également prolongé jusqu'en juillet 2015 l'assouplissement des règles de refinancement à court terme par le MRO [1] (le dispositif d'allocation illimitée à taux fixe). « Par ce geste, Mario Draghi cherche à donner beaucoup de visibilité au marché sur la liquidité », relève Gilles Moec. L'objectif serait de rassurer les établissements avant une année 2014 qui s'annonce périlleuse. Les incertitudes liées au comprehensive assessment risquent de compromettre le refinancement des banques sur les marchés à un moment où la reprise émerge. Si les banques hésitent à prêter de peur de ne pas pouvoir se refinancer, la reprise sera tuée dans l'œuf. « Pour éviter ce scénario, la BCE montre aux banques qu'elle a adopté un biais accommodant », explique Christian Parisot. D'autres mesures sont donc à prévoir, d'autant que la Fed devrait entamer son tapering en 2014.

Parmi les mesures d'assouplissement envisagées figure l'instauration d'un taux de rémunération négatif pour les sommes déposés par les banques à la BCE. Pour Gilles Moec, cela serait très mal interprété en Allemagne où « les épargnants auraient le sentiment de subventionner le financement des pays du Sud. De plus, même les “colombes” doutent de l'utilité d'une telle mesure ». Autres pistes : les rachats par la BCE de créances privées (prêts titrisés sous forme d'ABS [2]) ou encore une nouvelle LTRO [3], sans doute assortie d'une incitation à utiliser les fonds empruntés pour prêter aux entreprises.

[1] Main Refinancing Operation.

[2] Asset-Backed Securities.

[3] Long Term Refinancing Operation.

 

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