Réforme bancaire

Application du rapport Vickers en France : quelles implications ?

Plébiscité par les politiques et relancé par la visite de sir John Vickers en France, au début du mois de janvier, le projet de séparation des activités de banque de détail et d'investissement mériterait d'être précisé avant d'être débattu.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°745

Solvabilité 2 : un nouveau départ pour les offres aux assureurs

La mise en application des préconisations de ce rapport est-elle réalisable en France ? Quelle forme pourrait-elle prendre ?

Il est tout à fait faisable de filialiser les activités de banque de détail à proprement parler, afin d’améliorer la protection des épargnants. Le rapport Vickers reste néanmoins vague quant à la manière de découper les activités, notamment dans le domaine de la banque commerciale. En cela, il ne répond pas aux préoccupations de financement des entreprises.

Néanmoins, des solutions existent, consistant par exemple à opérer une segmentation des entreprises pour les loger dans l’un ou l’autre des compartiments.

Les entreprises ont-elles raison de craindre que le crédit, un produit d’appel qui se négocie à taux très bas, ne soit mécaniquement renchéri ?

Il est vrai que les offres actuelles des banques, fondées sur des couplages, permettent de pratiquer des prix d’appel. A contrario, une segmentation plus importante amènerait une plus grande transparence sur les prix. Le phénomène se produit déjà dans la banque des particuliers : sous la poussée relativement forte des associations de consommateurs, la stratégie des packages est remise en question.

En outre, les inquiétudes exprimées par les entreprises quant à l’accès aux financements sont davantage liées à la nouvelle mouture de la réglementation bâloise qu’à la perspective d’une séparation de ces activités. En effet, le renchérissement du crédit va de toute manière survenir avec la mise en œuvre de Bâle III.

Pourquoi ce projet séduit-il autant les politiques de tout bord ?

Parce que c’est un projet simple à présenter, qui désigne un coupable de façon assez caricaturale : la banque d’investissement. Cela peut avoir un impact dans l’opinion publique. Cependant, les politiques ne précisent pas que la « banque casino » ne représente qu’une partie de la banque d’investissement.

À votre sens, ce projet est donc faisable, mais est-il pour autant souhaitable ?

Quelles que soient les orientations politiques qui seront définies dans le futur sur ce point, les banques ont déjà commencé à se réorganiser, à faire évoluer leur modèle. C’est ce qui importe.

Que cela vienne de la contrainte est une possibilité. Il faudrait cependant que les conditions d’application soient précisées pour que l’on puisse dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose du point de vue du rôle de la banque dans le financement réel de l’économie.

Propos recueillis par Annick Masounave
 

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