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Améliorer l’attractivité de Paris

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

Une audition au Sénat le 8 février dernier a été l’occasion de faire dialoguer des représentants de la sphère financière et Odile Renaud-Basso, directrice générale du Trésor, avec des élus de la République sur le thème de l’attractivité de la Place de Paris. Ce sujet est devenu très sensible depuis l'annonce du Brexit, différentes Places financières du continent espérant en tirer profit (Paris, Francfort, Dublin, Luxembourg...). Les atouts de la Place de Paris (voir Encadré), cités au Sénat par les représentants du monde financiers, ne portent guère à débat. En revanche, au chapitre des inconvénients, l’intervention de René Proglio, DG de Morgan Stanley France, a nuancé le discours habituel de la sphère financière qui se plaint des lourdeurs du droit social français, en particulier des freins au licenciement. René Proglio a précisé que licencier en Allemagne est « encore plus difficile ». Or l’Allemagne, avec la Place de Francfort, est notre principal concurrent. Pour René Proglio, ce sont les charges sociales patronales qui constituent le problème prioritaire pour la France si elle est soucieuse de son attractivité.

La fiscalité est elle aussi régulièrement montrée du doigt, car trop élevée et instable. La Taxe sur les transactions financières (TTF) est très mal perçue, selon Stéphane Boujnah, président du directoire d’Euronext N.V., qui la décrit comme « une taxe absurde, idéologique, sans rendement, qui n’avait pour but que d’animer une délibération crépusculaire », avant d’ajouter : « L’effet dévastateur de cette taxe, en termes de perception, a été énorme. »

Sur ce chapitre de la fiscalité, le sénateur communiste Éric Bocquet n’a pas manqué d’interpeller les professionnels de la finance qui, dans un « plaidoyer pour la finance par la finance », réclament des baisses d’impôts.

Ancien gérant d’actifs, Jean-Louis Laurens qui joue aujourd’hui pour l’AFG le rôle d’ambassadeur de la gestion, s’est notamment exprimé sur le thème du passeport pour expliquer que « le Royaume-Uni cherche à créer des entités “boîtes à lettres” à Dublin et éventuellement au Luxembourg pour continuer de profiter du passeport. Nous espérons qu’il ne suffira pas d’une boîte aux lettres pour bénéficier du passeport européen. » Odile Renaud-Basso a répondu : « Nous avons bien identifié ce risque de petites équipes “boîte aux lettres” et je crois que la Commission elle aussi sera très vigilante sur ce sujet-là. »

Questionnée sur les enjeux en matière de compensation, la patronne du Trésor a rappelé que « l’activité de compensation a pris une importance extrêmement forte suite au renforcement de la réglementation financière post-crise de 2008. Or, pour un certain nombre d’activités, l’essentiel de l’activité de compensation se trouve au Royaume-Uni », poursuit-elle avant de souligner l’enjeu de souveraineté, qui existait déjà mais devient flagrant avec le Brexit, et la préférence du Trésor pour une localisation des activités de compensations en euro à l’intérieur de la zone euro. Principal argument : « Les chambres de compensation présentent un risque systémique en cas de défaillance, donc le lien avec la BCE est très important. »

Enfin, Odile Renaud-Basso a critiqué la communication de la City : « Il y a une communication assez active du côté britannique qui consiste à dire que […] on sait faire des choses à Londres qu’on ne sait pas faire ailleurs. Je pense que ce n’est pas vrai, il n’y a pas de raison que les activités qui sont faites à Londres aujourd’hui ne puissent pas être faites ailleurs ; on a toute la compétence. » À bon entendeur… S. G.

 

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