Commerzbank a lancé en février 2013 une émission remarquée de 500 millions d'euros d'obligations sécurisées (covered bonds) basée sur un portefeuille de crédit aux PME. Cette « première » a été récompensée par le prix de l'innovation 2013 du magazine spécialisé The Cover Bond Report dans un contexte pour le moins très controversé. En effet, c'est la première fois que sur un marché majeur (l'Allemagne en l'occurrence) le terme d'obligation sécurisée (OS) est reconnu pour des financements de PME. La controverse est d'autant plus forte que cette émission a reçu le soutien de la BCE, celle-ci ayant décidé de l'assimiler aux autres OS et non à une titrisation généralement commune d'actifs (Asset Back Security – ABS), ce qui réduit la décote de 11 à 5% en cas de présentation de ces titres en collatéral d'une fourniture de liquidité.
Les investisseurs traditionnels d'OS et notamment ceux qui investissent dans les titres allemands traditionnels comme les
Une opération soutenue artificiellement
De ce fait, l'analyse du placement de l'émission de Commerzbank fait apparaître une part élevée des investisseurs allemands (44 %) et, si l'on retient le critère de type d'investisseurs, une part inhabituellement élevée de banques centrales et institutions étatiques (34 %). Les détracteurs de cette opération soulignent donc que le soutien de la Bundesbank et celui de
Il n'en reste pas moins que cette opération, qui s'est faite dans des conditions de spreads (47 bp) intermédiaires entre une émission de Pfandbriefe (5 à 10 bp) et une émission d'ABS (80 à 100 bp), ouvre une voie nouvelle dans le recours à la titrisation. Comme le remarque le dernier
- une création de titres qui peuvent être cédés à des investisseurs ou servir de garantie pour des refinancements ;
- une émission de dette bancaire garantie par des crédits PME.
Comme le montre par exemple l'analyse par notation interne du portefeuille de crédit entreprises de BNP Paribas (soit la catégorie d'exposition corporate dans le système des ratios de Bâle, soit les grandes entreprises et les PME, mais pas les TPE qui figurent en catégorie retail), seuls 14 % du portefeuille sont en catégorie de note équivalente à la catégorie A des agences de notation
La délicate titrisation des crédits PME
Le développement de la titrisation des crédits PME est fondamentalement complexe et on peut d'ailleurs noter que cette catégorie spécifique n'existe pas directement sur le marché américain qui est certainement le plus développé en la matière. Les financements de grands clients ou de grands projets devraient continuer à se développer (marché des
À terme, Commerzbank espère financer 5 milliards d'euros de crédits PME de cette manière et avec des opérations comme celle de février dernier ; pour la banque, il s'agit de diversifier ses sources de financement tout en étant capable de faire croître l'activité dirigée vers les PME (Mittelstandbank, voir Tableau 2). Cette activité est essentielle pour l'établissement, elle contribue au tiers du chiffre d'affaires et à plus de la moitié des résultats courants (sur le périmètre dit core, c'est-à-dire en ne tenant pas compte des actifs et activités à céder ou arrêter). C'est une des positions fortes de Commerzbank qui est présente chez plus de 30 % des PME allemandes et souhaite continuer à maintenir ou améliorer sa position tout en restant rentable. Le plan 2016 pour l'activité de la division PME repose sur une croissance des revenus de 4 % par an (plus de produits et plus de clients), de manière à sécuriser une rentabilité des fonds propres de plus de 20 % (rendement avant impôts) et un coefficient d'exploitation inférieur à 45 % avec un
Mais du point de vue de l'économie allemande, une opération comme l'OS de Commerzbank est-elle bien utile ? Si le rôle des banques dans le financement de l'économie en Europe est essentiel, et la relance du crédit aux PME
Le problème de la zone euro semble en effet plus se concentrer sur l'Europe du Sud où les financements sont objectivement plus difficiles et plus chers. De manière générale, comme le recommande le rapport du Parlement européen, l'intervention publique (par exemple de la BCE) ne se justifie que pour résoudre des problèmes généraux d'asymétrie d'information (l'opacité peut entraîner des demandes accrues de garanties ou collatéraux) ou des problèmes particuliers d'aversion au risque pendant les phases de récession.