Le taux de change du yuan n’est pas la cause du déficit commercial et du déséquilibre économique. Tout d’abord, ceux-ci résultent statistiquement du réajustement de la structure du commerce et des investissements sur fond de mondialisation. Ils traduisent les différentes places des pays développés et de ceux en développement dans la chaîne de production. C’est au fond une coopération mutuellement bénéfique. C’est vrai qu’en apparence la Chine a enregistré un important excédent commercial. Cependant, plus de la moitié de ses exportations proviennent des entreprises à capitaux étrangers. Selon une étude réalisée en 2007 par l’Université de Californie aux États-Unis, chaque iPod assemblé par les entreprises chinoises à destination des États-Unis vendu au prix de 299 dollars, ajoute théoriquement 150 dollars à l’excédent commercial de la Chine vis-à-vis des États-Unis. Pourtant, les entreprises chinoises ne gagnent que 4 dollars pour les frais d’assemblage, tandis que la société Apple et les commerçants de vente de détail en encaissent 163, les 132 dollars restant revenant aux pays asiatiques fournisseurs de pièces détachées à la Chine.
Deuxièmement, force est de constater qu’il n’existe pas de liens entre le déficit commercial des pays concernés et le taux de change du yuan. Entre 2005 et 2008, la monnaie chinoise s’est appréciée de 21,1 % au total face au dollar américain. Pourtant, pendant la même période, le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine a connu une augmentation annuelle de 21,6 %, soit l’augmentation la plus importante et la plus rapide dans l’histoire. En 2009, le yuan est resté stable face au dollar, tandis que le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine a baissé de 16,1 %. De ce fait, la simple pression sur la réévaluation du yuan ne favorise pas la réduction du déficit commercial, elle ne peut que provoquer la délocalisation à d’autres pays en développement de la production à forte intensité de main-d’œuvre dont ont besoin les pays développés.
Troisièmement, les États-Unis ont mis en place une politique commerciale irrationnelle. Tout en important en grande quantité de produits de consommation, ils créent des obstacles à l’exportation, notamment pour l’exportation vers la Chine de produits de haute technologie. Ils renoncent par cette approche à leurs avantages comparés, ce qui constitue une raison majeure du creusement de leur déficit commercial.
La stabilité du yuan, gage d'une reprise stable de l’économie
Depuis la crise financière internationale, la Chine, tout en prenant activement des mesures pour travailler de concert avec la communauté internationale, s’efforce de maintenir la stabilité du cours du yuan. Au pic de la crise financière, beaucoup de pays ont laissé dévaluer massivement leur monnaie face au dollar, tandis que la stabilité du taux de change du yuan a joué un rôle important dans la lutte contre la crise, contribuant de façon significative à la reprise économique en Asie et dans le reste du monde et démontrant les efforts de la Chine pour le rééquilibrage de l'économie mondiale. Selon les statistiques de l’Union européenne, les exportations de l’UE en 2009 ont enregistré une baisse dans l’ensemble, tandis que ses exportations vers la Chine ont augmenté de 4 %. Pendant les six premiers mois de cette année, les exportations de l’UE vers la Chine ont connu une augmentation de 42 %.
À l’heure actuelle, l’économie mondiale vient de sortir de la récession, la base de ce redressement est encore peu solide et le rythme de la reprise n’est pas le même dans les différentes régions. L’incertitude persiste dans l’ensemble et de nombreux risques subsistent. Dans ce contexte, toute fluctuation brutale de la monnaie des grandes économies sera un coup dur pour l’économie mondiale et sera susceptible d’étouffer la reprise économique encore balbutiante.
Aujourd’hui, le taux de bénéfice de beaucoup d’entreprises chinoises exportatrices s’établit seulement entre 2 % à 3 %, et au maximum 5 %. Si le yuan s’apprécie brutalement de 20 % à 40 %, tel qu’il est exigé par certains politiciens américains, les entreprises chinoises exportatrices seront nombreuses à faire faillite, avec une baisse importante de la croissance économique chinoise, un chômage en augmentation pour les ouvriers chinois et le grand retour des travailleurs migrants vers leurs pays natal. Le développement économique et la stabilité sociale du pays seront mis en cause. Une réévaluation considérable du yuan aura non seulement un impact sur la Chine, mais aussi sur l’économie des pays asiatiques et de la région. Les coûts d’importation en provenance de la Chine augmenteront également dans les pays développés, ce qui donnera un nouveau coup dur à la consommation déjà affaiblie et affectera la reprise économique du monde occidental. Mener une guerre de monnaies ou une guerre commerciale avec pour prétexte le taux de change du yuan serait une stratégie perdante pour tout le monde.
Poursuivre la réforme du mécanisme de formation du taux de change du yuan
La réforme du mécanisme de formation du taux de change du yuan et de sa marchéisation est un processus long et compliqué. Il y a déjà eu un consensus dans les milieux économiques internationaux, partagé par beaucoup d’économistes du courant principal. La Chine poursuit sa réforme selon des principes d'autonomie, de régulation et de progressivité. En 1994, la Chine a mis fin au système de coexistence des taux de change officiel et de marché, et a commencé à mettre en place un système de taux de change flottant, régulé, unifié et basé sur la demande et l’offre du marché. Le taux de change du yuan est retourné graduellement à un niveau rationnel.
La Chine applique depuis le 21 juillet 2005 un système de taux de change flottant, régulé, et basé sur l'offre et la demande du marché en référence à un panier de devises. Trois points essentiels sont à retenir :
- faire valoir le rôle du taux de change comme baromètre des prix, ajuster en temps réel la bande de fluctuation en fonction de l’état des comptes courants notamment de l'équilibre commercial;
- se référer à un panier de monnaies, en évitant de prêter uniquement l’attention au taux de change bilatéral entre le yuan et une autre monnaie unique;
- évoluer vers le point d’équilibre en utilisant la régulation.
La Chine continuera à perfectionner son système monétaire
Le mécanisme du taux de change relève de la souveraineté d’un pays. La Chine a fait le choix de mettre en place la réforme du mécanisme de formation du taux de change du yuan selon la réalité et la stratégie du développement de son pays. Cette approche correspond à son stade de développement économique, au processus de perfectionnement de son système de marché, à son niveau de supervision financière et aux capacités de résistance de ses entreprises, et favorisera la restructuration économique, le développement durable, global, coordonné, la préservation de l’environnement économique et commercial international, tout en réservant au contrôle macroéconomique plus de marge de manœuvre et d’efficacité. La réalité a prouvé que la politique monétaire adoptée par la Chine de manière responsable a contrecarré fortement la propagation des effets destructifs de la crise financière internationale, gagnant ainsi du temps et de l’espace pour le redressement et la restructuration de l’économie mondiale. Comme ce qui a été dit dans une interview accordée par le président Hu Jintao au Figaro tout récemment, la Chine continuera à perfectionner, selon les principes d’autonomie, de contrôlabilité et de progressivité, son système de change flottant et régulé, à mieux faire jouer la loi de l’offre et de la demande, à accroître la flexibilité du yuan, et à maintenir une relative stabilité de sa monnaie à un niveau raisonnable et équilibré.