La réponse de Liêm Hoang Ngoc, responsable des questions économiques dans l'équipe de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise

“La séparation des activités de détail et d’affaire doit être menée à son terme”

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

La déréglementation financière intervenue au cours de ces trois dernières décennies est loin d’avoir provoqué les effets bénéfiques annoncés. Les innovations telles que la titrisation et son corollaire, le développement du marché des dérivés de crédits, ont certes permis aux banques d’accroître leur rentabilité financière grâce à d’importants effets de leviers, mais n’en sont pas moins à l’origine d’une bulle qui a fini par éclater en 2008. Les États furent obligés de creuser leur dette pour venir au secours du système financier, au bord de la déroute. L’abondante épargne qui circule sur les marchés décloisonnés alimente insuffisamment l’investissement, qui reste atone en France malgré le redressement du taux de marge. Les privatisations ont transféré le contrôle de nos entreprises stratégiques à des noyaux durs, composés de holdings familiales et de participations bancaires, cohabitant avec des fonds de placements émiettés. Tous se centrent spécifiquement sur des activités rentables à court terme, délaissant des choix stratégiques pour l’intérêt général, en particulier ceux nécessaires pour engager la transition écologique. Malgré le caractère procyclique des politiques macroéconomiques de la zone euro, c’est la mobilisation de l’épargne par la puissance publique qui évite que la déflation menaçante n’entraîne à nouveau la zone euro vers la récession. Après la crise de la dette souveraine, l’intervention de la BCE a conduit à une détente des conditions d’émission des emprunts d’État. Son programme OMT doit se déployer en cas de nouvelle tension sur les taux. Enfin, la politique non conventionnelle de la BCE à l’endroit des banques l’a transformée en quasi « bad bank », dès lors que les liquidités octroyées l’ont été en contrepartie de la prise en pension d’actifs restant plus ou moins toxiques.

Une nouvelle régulation du secteur bancaire et financier est donc nécessaire. Dans le cadre des discussions européennes que nous souhaitons engager, l’union bancaire doit être renforcée afin d’assurer un fonds de garantie des dépôts et un fonds de résolution des crises opérationnels, évitant de mettre à parti le contribuable en cas de prise de risque excessive. La titrisation, à l’origine de la crise de 2008, doit être sévèrement encadrée. La taxation des transactions financières doit être instaurée, à la fois comme instrument de lutte contre la spéculation et comme instrument fiscal permettant de lever de nouvelles ressources propres pour le budget communautaire. La directive bancaire européenne, inspirée du rapport Liikanen, doit enfin voir le jour. En attendant, pour développer le financement de l’économie réelle, la séparation des activités de détail et d’affaire doit être menée à son terme et le champ des activités cantonnées doit être étendu, à l’instar de l’exemple britannique initié par le rapport Vickers. Une licence bancaire doit être octroyée à la BPI afin qu’elle puisse se financer auprès de la BCE. La BPI est appelée à jouer un rôle central dans la planification écologique pour octroyer des prêts à taux bonifiés aux entreprises stratégiques et leurs PME sous-traitantes, chargées de bâtir les réseaux d’extraction et de distribution des énergies renouvelables, appelées à se substituer progressivement à la filière nucléaire. Dans ces entreprises stratégiques, le poids de la puissance publique doit être accru, à hauteur du poids nécessaire pour exercer l’influence suffisante au sein des noyaux durs afin de réorienter les choix d’investissements. Enfin, la réglementation des frais bancaires doit être revue au bénéfice des déposants, souffrant de frais et de taux sur les découverts aussi injustifiés qu’excessifs.

 

Sur le même sujet