Risques : Pleins feux sur le « stress-test »

Stress-tests

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Contexte de crise oblige, la pression demeure forte sur la fonction Risque. Elle a certes échappé en 2012 aux stress-tests de l'EBA [1], qui avait beaucoup sollicité les banques en 2009, 2010 et 2011, mais pas à celui du FMI [2]. L'expérience a été plutôt mal vécue par les professionnels des risques. Ils estimaient, en mai dernier, que le dialogue était insuffisant avec les équipes du FMI. « [Celui-ci] est exclusivement dans une idéologie de full fair value et de mark to market généralisé, estimait  un banquier. Cela donne des approches insatisfaisantes des portefeuilles de prêts immobiliers retail. »

Sept mois plus tard, le sentiment demeurait négatif. Hormis une synthèse macroéconomique, aucune conclusion de la part du FMI ne semblait encore parvenue aux banquiers. Ils se plaignent de la mauvaise compréhension par l'instance internationale, de la réglementation européenne. « Les équipes des banques ont le sentiment de s'être mobilisées massivement pour rien », proteste un banquier qui relève un « besoin de professionnaliser les intervenants, y compris au niveau des parties prenante publiques. L'ACP et l'EBA l'ont fait ou sont en passe de le faire et le dialogue est utile. Le FMI est très loin du compte. »

Les stress-tests sont de plus en plus souvent utilisés, qu'ils soient imposés aux établissements par une instance extérieure ou pratiqués en interne. Les équipes des risques ne se contentent plus d'y recourir pour tester des portefeuilles spécifiques mais aussi la solvabilité à l'échelle globale de l'établissement. Mais attention, les modèles se sont beaucoup sophistiqués, faisant surgir un risque de modèle.

L'autre grand outil des risques, la Value at Risk (VaR), sort peu à peu du purgatoire où elle avait été envoyée au début de la crise. Elle avait alors été montrée du doigt, accusée d'être un mauvais outil de mesure du risque. Les critiques se font moins vives aujourd'hui et surtout, il semble difficile de se passer d'elle.

En croisant plusieurs outils, la maîtrise du risque s'affine. La VaR et les stress-tests sont très complémentaires. En effet, la VaR offre une faible visibilité sur le risque de pertes encouru en cas d'événement extrême et le stress-test permet d'envisager des scénarios très noirs.

 

Ils ont dit

Etats-unis : un stress-test 2012 critiqué

Au sujet du stress-test américain 2012 : « Dans le CCAR 2012 [Comprehensiv Capital Analysis and Review], qui s'applique aux 19 établissements les plus importants, les six banques [1] les plus actives sur les marchés financiers devront subir un test supplémentaire : il retient l'hypothèse d'une répétition des mouvements de cours et de taux qui se sont produits au second semestre 2008, période de dislocation des marchés, après la faillite de Lehman Brothers. De plus, le test comprendra des stress liés à une éventuelle évolution défavorable de la situation actuelle en Europe. C'est l'unique référence explicite à la crise européenne. »

Au sujet de l'absence de référence explicite à un défaut souverain européen dans le scénario applicable aux 19 banques : « Une des critiques formulées sur ce test consiste à reprocher l'absence de scénario catastrophe sur l'Europe. La Fed n'a pas retenu cette hypothèse, car aux États-Unis les banques ne détiennent pas beaucoup d'obligations souveraines européennes, qui ne constituent donc pas une courroie de transmission. En revanche, nos banques sont très exposées à la croissance américaine. Même si le test n'évoque pas explicitement une catastrophe en Europe, il exprime implicitement une telle éventualité, le scénario américain étant très dur. […] En effet, [l'Europe)] est un partenaire commercial important pour les États-Unis, donc si elle venait à connaître des difficultés sérieuses (faillite de plusieurs états ou forte récession par exemple), cela aurait des conséquences macroéconomiques négatives pour les États-Unis, ce qui affecterait les banques. »

Evan Sekeris, assistant vice-président, Richmond Fed (à titre personnel, ses propos n’engageant pas la responsabilité de la Fed), Revue Banque n° 746, mars 2012, p. 40.

 

L’EBA est trop transparente

« Le CEBS puis l'EBA ont progressé entre 2009 et 2011 et le dernier test de résistance était bien plus convaincant et sévère, mais le marché reproche à l’EBA de ne pas simuler de défaut souverain. Ce sujet est très épineux pour l'EBA. L’une des difficultés posées est l’éventuelle désignation d’un pays défaillant sur sa dette dans le scénario. Cela serait extrêmement dommageable pour le secteur bancaire du pays montré du doigt. Par ailleurs, la sévérité du scénario doit rester raisonnable et cela ne sert à rien de tester la fin du monde. […] Il faut garder à l’esprit que l'exercice de communication est extrêmement important et que donner trop de détails, comme le fait l’EBA, revient à prêter le flanc à la critique. La Fed a su probablement mieux gérer la communication, en la filtrant davantage. »

Olivier Irisson, adjoint au directeur des risques Groupe BPCE, Banque & Stratégie n° 300, p. 5.

 

Le stress-test 2012 du FMI contesté

« Le principe même de devoir réaliser un stress-test à la demande d'un organisme qui n'est pas notre régulateur et n'a pas d'autorité légale nous pose un problème. Dans la mesure où cet exercice est coordonné par l'ACP, nous y répondons, mais le process nous pose un problème : ce stress-test n’étant pas appliqué à l’ensemble des pays européens, il induit une distorsion de concurrence ; de plus, nous ne disposons d’aucune garantie d'équité méthodologique entre les pays pour les futurs exercices ; enfin, les pratiques du FMI ne sont soumises à aucun contrôle. »

Un banquier anonyme, Revue Banque n° 749, juin 2012, p. 14.

 

La Tail VaR suscite un intérêt grandissant

« Face [aux] limites [de la VAR], de nombreux travaux académiques cherchent de nouvelles mesures de risque plus pertinentes pour le cadre prudentiel de l’assurance Solvabilité 2. Une mesure de risque définie à partir de la VaR suscite un intérêt grandissant dans le monde professionnel, du fait de sa simplicité et de sa propriété de sous-additivité. Il s’agit de la TailVaR [2], également appelée Expected Shortfall, Conditional Tail Expectation ou encore Conditional VaR. […] Parallèlement, la procédure de stress-testing rencontre également une forte adhésion […] Combiner approche TailVaR et stress-testing pourrait déjà être une piste d’amélioration de la mesure des risques dans le cadre prudentiel Solvabilité 2. En effet, la TailVaR n’intégrant que des risques endogènes, la compléter par des stress-tests permettrait d’appréhender également des risques exogènes, dont les risques systémiques. En conclusion, la VaR pour le secteur de l’assurance reste une mesure très perfectible et doit faire l’objet de toutes les attentions, pour notamment éviter les risques de modèle et les risques systémiques. »

Philippe Foulquier, Professeur, Directeur du centre de recherche analyse financière et comptabilité et Alexandre Le Maistre, Ingénieur de recherche associé, Edhec Business School, Banque & Stratégie n° 303, mai 2012, p. 21.

[1] European Banking Authority. Son prédécesseur, le CEBS (Committee of European Banking Supervisors) a conduit le stress-test de 2009. En 2010 et début 2011, l’EBA a lancé deux stress-tests. Fin 2011, cette autorité a conduit un capital exercise (voir lexique).

[2] En 2012, les banques françaises ont subi le stress-test du FMI, dans le cadre du Financial Sector Assessment Program (FSAP). Cet exercice revient tous les cinq ans dans les pays dotés d’un système financier développé et systémique. Il a également été appliqué en 2012 par le Japon, l’Espagne, l’Australie ou encore le Brésil.

[1] Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Morgan Stanley et Wells Fargo

[2] Alors que la VaR ne donne guère d'indications sur les niveaux de pertes qui peuvent être atteints en cas d'évènement rare, la Tail Var donne plus de renseignements.

 

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