Mesures de performance

Quels sont les apports de la microfinance ?

Créé le

05.07.2011

-

Mis à jour le

02.08.2011

En mettant en place des outils d’évaluation sociale pour une plus grande transparence, ainsi que des approches de gestion des performances sociales pour renforcer l’impact sur les clients, la microfinance s’organise pour s’autoréguler et faire face aux récentes critiques.

La microfinance offre un ensemble de produits financiers à ceux qui sont exclus du système financier classique. Aujourd'hui, plus de 150 millions de personnes dans le monde bénéficient de ses services. Pour ces familles et ces très petites entreprises, pouvoir épargner, emprunter ou s’assurer, c'est avoir les moyens de développer des activités autonomes, d’être moins vulnérables aux aléas socio-économiques, et d’améliorer leur niveau de vie.

Dans les années 2000, la microfinance a suscité un véritable engouement médiatique, en raison de ses succès en termes d’insertion économique et de la croissance exponentielle du nombre de ses clients. Sa mise en exergue comme un outil de lutte contre la pauvreté a renforcé l’attention prêtée à cette activité et des appuis financiers et techniques ont permis son expansion et sa professionnalisation.

Cependant, considérées par essence comme « sociales », les institutions de microfinance (IMF) n’étaient évaluées qu’à l’aune de leurs performances financières (croissance, recouvrement, rentabilité, productivité…). Or, on voit aujourd’hui émerger de sévères critiques qui pointent des dérives [1] , parmi lesquelles le manque de transparence des taux d’intérêt, les excès du crédit à la consommation, ou certaines pratiques coercitives de la part des agents de crédits. Elles mettent en garde contre l’accentuation des risques de surendettement et indiquent que les effets des services seraient parfois négligeables, voire négatifs. Ces critiques sont exacerbées par la place croissante de l’investissement privé, à l’heure où l’introduction en bourse d’IMF, au Mexique ou en Inde, questionne l’évolution du secteur [2] .

Pourtant, de nombreux praticiens ont identifié les risques liés à leurs interventions et mis en œuvre des instruments permettant d’y faire face. Ces outils ont vocation, au-delà de la microfinance, à contribuer au renforcement d’une finance responsable, soucieuse de ses résultats à la fois économiques, sociaux et environnementaux.

Une réflexion collective du secteur sur les enjeux des performances sociales

Plusieurs initiatives se sont rassemblées en réseaux, en particulier autour d’une coordination internationale – la « Social Performance Task Force » (SPTF) – pour mettre en commun des approches et des outils permettant d’évaluer et d’améliorer les performances sociales des IMF. Les performances sociales sont définies comme « la traduction dans la pratique de la mission sociale d’une institution de microfinance, pour servir un nombre croissant de personnes pauvres et exclues, fournir des services adaptés et de qualité, générer des bénéfices pour les clients et renforcer leur responsabilité sociale vis-à-vis des employés, des clients et de l’environnement ».

Aujourd’hui, la diffusion de ces innovations renforce les stratégies qu’élabore la microfinance pour contribuer au développement socio-économique. Elle offre aussi des réponses objectives aux critiques et concourt à la prévention des risques identifiés.

Les conditions d’une approche durable de la microfinance

Des outils d’évaluation sociale pour une plus grande transparence. On dénombre quatre types d'instruments d'évaluation sociale, qui viennent compléter les dispositifs d'évaluation financière. Les audits et les ratings sociaux étudient les processus internes des IMF et reçoivent aujourd’hui la reconnaissance du secteur, à travers une large utilisation de ces approches. Par exemple, l’outil SPI (Social Performance Indicators), mis au point par CERISE [3] , réseau français de promotion des performances sociales, détermine, à partir d'indicateurs standardisés et vérifiables, dans quelle mesure les actions mises en œuvre par une institution permettent d’atteindre ses objectifs sociaux. Utilisé par plus de 400 IMF à travers le monde, l’audit SPI collecte des données sociales pour guider les IMF dans l’amélioration de leurs pratiques. Deux autres approches se focalisent davantage sur les résultats observés au niveau des clients : les outils de mesure de la pauvreté et les études d’impact. Ils réalisent une estimation du niveau de vie des ménages et s’assurent que l’accès aux services en permet l’amélioration.

Des approches de gestion des performances sociales pour renforcer l’impact sur les clients. Au-delà de l’évaluation, une communauté grandissante de praticiens de la microfinance travaille à l’amélioration des modes d’intervention, non seulement des IMF, mais aussi des fonds d’investissement soutenant ce secteur. Un prérequis essentiel est d’éviter de nuire aux usagers (« do no harm »). Ainsi, les IMF et leurs partenaires travaillent sur des principes de protection des consommateurs, par lesquels ils s’efforcent notamment de prévenir le surendettement, d’assurer la transparence des taux et de garantir le comportement éthique de leurs employés [4] . Au-delà de ces standards minimaux de responsabilité sociale, certains acteurs de la microfinance cherchent aussi à s’assurer qu’ils ont un impact positif pour les clients (« do good »). Ils mettent au point des mécanismes qui leur permettent d’atteindre des publics particulièrement démunis ou exclus, ceux-là mêmes que les systèmes classiques ont le plus de mal à servir. Ils élaborent également une gamme diversifiée de services (crédit, mais aussi épargne, assurance, services non financiers) pour répondre à tout l’éventail de besoins des ménages et des microentreprises, afin de réduire leur vulnérabilité et les accompagner à différentes étapes de leur croissance. Ils vérifient, en outre, que les produits offerts sont adéquatement utilisés – par exemple, au moyen de modules d’éducation financière – et qu’ils aboutissent effectivement à une évolution positive des conditions socio-économiques.































































Une stratégie durable, financièrement et socialement. Le renforcement des performances sociales se révèle propice à la viabilité financière des IMF. En effet, des microentrepreneurs satisfaits s’avèrent mieux à même de rembourser à temps et à mesure que leur activité économique se renforce, ils sont plus enclins à solliciter de nouveaux services. Par ailleurs, des employés satisfaits et en ligne avec les valeurs de leur organisation s’efforcent de répondre aux exigences de leur métier (suivi des clients, qualité du portefeuille). On a ainsi observé que dans des périodes de crise ou de critiques, comme en Bolivie ou au Nicaragua, les IMF les plus tournées vers leurs clients ont souvent mieux résisté aux pressions économiques et politiques.

De la microfinance à la finance durable ?

Au travers de tels dispositifs, la microfinance s’organise collectivement pour autoréguler ses pratiques et gagner en transparence et en efficience sur ses objectifs financiers, sociaux et environnementaux. Sur le plan financier, la maturité des IMF appelle une croissance maîtrisée, des retours financiers raisonnables, et des niveaux de coûts qui soient cohérents avec les services apportés et les capacités de remboursement des clients. D’un point de vue social, il s’agit de fixer des garde-fous clairs qui préservent les principes essentiels sur lesquels le secteur a bâti sa notoriété : proximité, inclusion financière, déontologie, respect des personnes, transparence, adéquation aux besoins, amélioration des conditions de vie de clients. En matière d’environnement, on assiste à un foisonnement d’expérimentations visant à établir des listes d’exclusion des activités nocives, à développer des produits financiers en faveur des énergies renouvelables ou à proposer des accompagnements permettant une meilleure gestion des ressources naturelles (eau, terres…).

L’ensemble de ces outils et approches apporte désormais une feuille de route au secteur et permettra d'y promouvoir en toute transparence des pratiques durables. Il s’agit bien sûr de développements qui font écho à ceux qui agitent d’autres branches de la finance et toutes les parties prenantes gagneraient à ce que des échanges entre ces expériences soient multipliés.

1 Voir M. Roesch, I. Guérin, S. Morvant et J.-M. Servet, « Avis de tempête dans le monde de la microfinance indienne », Le Monde, 15 novembre 2010. 2 Voir Éric Vendin, « Inde: le groupe de microfinance SKS espère lever 350 M USD lors de son IPO », 27 juillet 2010, disponible sur http://www.news-banques.com ; Julien Bouissou, « Quand le microcrédit se mue en business très rentable », Le Monde, 31 juillet 2010. 3 Cet outil, ainsi que de nombreuses indications méthodologiques sur l’évaluation sociale de la microfinance, la gouvernance des institutions, etc. sont en accès libre sur le site www.cerise-microfinance.org. 4 Voir sur le site de la SMART Campaign : http://www.smartcampaign.org.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº294
Notes :
1 Voir M. Roesch, I. Guérin, S. Morvant et J.-M. Servet, « Avis de tempête dans le monde de la microfinance indienne », Le Monde, 15 novembre 2010.
2 Voir Éric Vendin, « Inde: le groupe de microfinance SKS espère lever 350 M USD lors de son IPO », 27 juillet 2010, disponible sur http://www.news-banques.com ; Julien Bouissou, « Quand le microcrédit se mue en business très rentable », Le Monde, 31 juillet 2010.
3 Cet outil, ainsi que de nombreuses indications méthodologiques sur l’évaluation sociale de la microfinance, la gouvernance des institutions, etc. sont en accès libre sur le site www.cerise-microfinance.org.
4 Voir sur le site de la SMART Campaign : http://www.smartcampaign.org.