Banques françaises

« Nous sommes confiants sur le maintien de notre solidité et de notre activité »

Créé le

26.05.2020

Les banques françaises se sont organisées pour poursuivre leur activité pendant le confinement et octroient des prêts garantis par l’Etat depuis le 25 mars. Elles se considèrent comme solides avec leurs activités diversifiées et leurs ratios prudentiels élevés pour affronter les incertitudes de la suite de la crise. 

Après deux mois de confinement et la mise en place de plans de continuité de l’activité inédits dans les banques, où en sont les plans de reprise de l’activité « normale » ?

Pour faire le lien entre la continuité et la reprise d’activité, on peut d’abord noter qu’il y a un engagement puissant des 362 800 salariés du secteur, qui se sont beaucoup mobilisés et ont été extrêmement efficaces. Le premier mot qui me vient à l’esprit est de leur dire merci. La banque fait partie des « opérateurs d’importance vitale », elle a assuré une continuité d’activité avec ses clients, avec beaucoup de personnels dans les agences. Par ailleurs, les banques ont su placer près de 95 % de leurs salariés sur les fonctions support et de siège en télétravail. La transition entre continuité et reprise d’activité se situe donc sur une pente beaucoup plus douce que dans d’autres secteurs. 70 à 80 % des agences sont restées ouvertes pendant le confinement et entre 90 et 100 % des agences le sont aujourd’hui. De plus, il est possible de coordonner présence sur sites et télétravail dans la banque et nous continuons à coordonner les deux partout, en particulier en région parisienne, où les consignes sont de ne pas trop utiliser les infrastructures collectives notamment de transport. Dans les sièges franciliens, il pourrait y avoir 20 à 30 % de présents à horizon fin juin comme le prévoient par ailleurs de nombreux autres secteurs.

La proximité du terrain est centrale car beaucoup des éléments de la reprise dépendent de conditions locales, des transports en commun, de la configuration des lieux. À partir des principes communs, la priorité à la santé, à la sécurité et au respect des orientations données par le ministère du travail, les modalités pratiques sont définies au plus proche pour chaque site, en lien avec les partenaires sociaux. Et dans la gestion de cette crise, il faut tenir compte en permanence des informations publiques et de l’évolution de l’épidémie et donc de piloter sur des horizons très courts.

Les banques apportent un soutien massif aux entreprises via le PGE, mais ces crédits ne risquent-ils pas de se traduire par des taux de défauts importants ?

La logique même de la garantie de l’État est de considérer que la situation est de toute façon exceptionnelle du fait des circonstances : l’idée est d’apporter un soutien massif aux entreprises pour éviter un très grand nombre de défauts. On voit dans les statistiques publiées régulièrement par Bercy sur les PGE accordés que beaucoup d’entreprises ont une notation assez faible et que certaines des 465 000 entreprises qui ont obtenu un PGE respectaient des plans de redressement. Le PGE est donc accessible à des entreprises qui n’auraient pas eu forcément accès à un prêt en temps normal, pour leur permettre de passer ce cap et de poursuivre ensuite leur activité.

L’objectif des banques est de faire une analyse très ouverte des dossiers pour se demander si ces entreprises pourront rembourser après un an ou sur les 5 années suivantes. Le montant du PGE peut atteindre 3 mois de chiffre d’affaires donc si on rapporte trois mois de chiffre d’affaires à 6 ans d’activité, le PGE permet de passer quelques mois difficiles.

N’y a-t-il pas un sujet de difficultés qui pourraient toucher les entreprises au-delà de l’arrêt de l’activité lié au confinement, si la crise économique est durable et profonde ?

Cette perspective est déjà intégrée d’une certaine manière dans la hausse du coût du risque dans les banques, qui tient compte de la dégradation des perspectives économiques. Tout l’intérêt d’un dispositif comme le PGE est de laisser le temps de respiration à l’entreprise pour reprendre des forces. La grande majorité des entreprises qui ont recours au PGE sont des TPE. Aujourd’hui elles ont besoin d’un temps minimal pour réfléchir à la façon dont elles vont se réorganiser pour la reprise, conduire leur activité dans un environnement très chahuté. Le point de rendez-vous avec la banque à l’issue de la première année sera très important pour les entreprises et leur permettra de se projeter sur 1, 2, 3, 4 ou 5 ans.

Concernant les particuliers, le crédit immobilier a fortement ralenti pendant le confinement. Comment pourrait évoluer cette activité importante pour les banques ?

Il est trop tôt pour parler des évolutions du marché de l’immobilier. Les taux, qui étaient très bas, ont bougé mais de manière marginale et restent donc bas. Le logement est à la fois le lieu de vie mais aussi une forme d’épargne, donc structurellement il y a beaucoup des raisons pour que l’immobilier reste attractif. L’activité de l’immobilier a ralenti du fait du confinement mais il semble qu’il y ait une reprise de l’activité depuis le 11 mai.

L’impact de la crise sur les particuliers peut-il avoir un effet sur les activités et revenus de la banque de détail ?

La particularité de cette crise est qu’elle a mis beaucoup d’acteurs sur « pause ». Les cycles revenus/dépenses/épargne/investissements sont très perturbés et cela a créé un effet stock sur l’épargne. La baisse de revenus a été limitée puisque le gouvernement a pris énormément de mesures pour sécuriser les particuliers, notamment le chômage partiel auquel beaucoup d’entreprises ont eu recours. En réalité on ressort donc de la crise avec un stock d’épargne élevé et le sujet est de savoir si ce stock sera utilisé immédiatement ou s’il permettra de lisser les prochains mois notamment pour les personnes susceptibles d’avoir des difficultés en termes d’emplois ou de revenus.

Le marché des particuliers en France ne suscite pas d’inquiétude s’agissant du crédit car il existe des mécanismes de moratoire des crédits qui permettent de passer une période difficile. Ils ont pu être utilisés au cas par cas dans les banques.

Les résultats du premier trimestre montrent une forte hausse du coût du risque. Comment pourrait-il évoluer sur l’année, et quels autres indicateurs sont à suivre de près ?

Les banques françaises sont entrées dans la crise avec un profil extrêmement solide, des bilans sains et des portefeuilles de crédits diversifiés et d’un bon niveau de qualité. Et le coût du risque était historiquement bas avant l’apparition du Covid-19.

Les fonds propres, les provisions et les réserves de liquidité ont été renforcés pendant la période récente. À la fois quantitativement, en raison non seulement du relèvement des normes mais aussi du choix qu’ont fait les banques françaises d’être au-dessus de ces normes. Mais aussi qualitativement, par exemple avec des réserves de liquidité très variées : appels au marché, recours aux banques centrales. La solidité des ratios et leur composition diversifiée sont deux éléments de résilience qui permettent aux banques d’être sereines par rapport à la hausse du coût du risque qui se profile. Et une partie du risque engrangé au premier trimestre intègre l’évolution prévisible car les règles IFRS9 conduisent à avoir une approche de provisionnement en amont. Ce risque reflète donc la situation au 31 mars mais aussi une partie de l’anticipation prévisible au 31 mars.

Aujourd’hui, les provisions existantes sont déjà extrêmement élevées et les ratios de fonds propres aussi. La suppression des coussins contracycliques dans le ratio de solvabilité a montré l’adaptation de la pression réglementaire. Nous sommes donc confiants sur le maintien de notre solidité et de notre activité dans les prochains mois.

Malgré tout, si la crise est profonde et durable, n’y a-t-il pas un risque de dégradation des fonds propres ?

Aujourd’hui, toutes les banques regardent cela au jour le jour, et les évolutions économiques sont gérées très finement, dans le temps. Les ratios sont d’une telle complexité qu’il y a beaucoup d’opportunité d’ajustements quand on a une activité diversifiée. Les banques se fixent un cap et s’organisent pour rester au-dessus de certains niveaux, même si tout évolue de façon très dynamique autour d’elles.

Beaucoup de contacts et d’opérations ont été réalisés à distance pendant le confinement. Cette crise va-t-elle accélérer la transformation digitale ?

La crise a prouvé que les banques sont des entreprises technologiques. L’accélération digitale est quantitative, parce qu’une masse d’investissements et de travail a été faite pour transformer des centaines de milliers de postes en postes nomades, avec un haut niveau de sécurisation. Elle est qualitative parce que les collaborateurs tout comme les clients ont montré leur capacité à utiliser cela agilement et à s’approprier ces outils. Il y a eu une bascule en très peu de temps.

Par exemple, avoir réalisé le relèvement du plafond du paiement sans contact qui a concerné énormément de commerçants et beaucoup de grandes entreprises, alors que les équipes étaient confinées, montre la grande agilité technologique des banques.

La crise a également montré que les collaborateurs sont un élément clé de notre activité et que la force réelle du modèle est la complémentarité entre physique et digital. Dans cette situation de crise, le PGE par exemple a été très bien traité, en masse, et en tenant compte de nombreux types d’entreprises et de secteurs, par les conseillers.

Pourrait-il y avoir une inflexion dans l’évolution des réseaux, une accélération des fermetures ?

L’accueil du public reste très important y compris en période de crise. Beaucoup de personnes sont attachées à ce lieu de rendez-vous avec les conseillers. Je n’ai pas connaissance de projets d’inflexion ou d’accélération, sachant que l’évolution des réseaux et formats d’agence est continue depuis vingt ans avec une baisse de leur nombre, beaucoup moins forte que dans d’autres pays européens, et une évolution des formats d’agence.

Aujourd’hui, la priorité est de traiter les problématiques de distanciation physique, et les décisions sont concentrées sur la période actuelle.

Dans le financement de la relance, quel va être le cap concernant la transition énergétique ?

La position des banques françaises est très simple : elles financent les demandes des clients et les accompagnent dans leur transition énergétique. Le sens de la démarche n’est pas d’appliquer l’Accord de Paris en excluant de nombreux clients de nos portefeuilles, mais d’aligner progressivement nos portefeuilles avec l’Accord de Paris en aidant nos clients à réaliser leur transition. Nous considérons que toutes les entreprises sont attentives à ces problématiques et la plupart d’entre elles sont confrontées à la nécessité de faire des investissements stratégiques de long terme.

Les banques sont dans l’optique d’avoir plus d’audace dans le financement des projets innovants et qui vont dans le sens de l’Accord de Paris, même s’ils présentent un risque plus élevé. Mais cela part de la stratégie de nos entreprises clientes, qui savent comment elles vont équilibrer sur le long terme les conséquences de leur activité, les salariés et les sous-traitants qu’elles emploient, et la rentabilité qui en ressort.

Pour conclure, si la crise est durable et forte, pourrait-il y avoir un risque de crise bancaire, de crise financière, liée par exemple au niveau des dettes souveraines de la zone euro ?

Nos banques sont très solides ; la réglementation et la supervision nous obligent à un pilotage très resserré face à des autorités puissantes ; la BCE et l’ensemble des banques centrales gèrent des dispositifs de grande ampleur de manière très coordonnée ; les États et les autorités européennes se montrent volontaires. La crise sanitaire a montré la capacité des institutions et des banques à s’adapter, prendre des décisions nouvelles, être réactives. Toutes les conditions sont donc réunies pour éviter une crise financière.

Propos recueillis par L. B. et E. C.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº845