La réponse de François Fillon, candidat Les Républicains

“Nous devons clarifier l’équilibre souhaité entre stabilité financière et financement de l’économie”

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

Le rôle des banques dans le financement de l’économie reste fondamental en France et en Europe où l’intermédiation financière représente encore plus de 70 % du financement des entreprises. Dans le même temps, l’environnement des banques est en profonde mutation. Les banques doivent faire face à une triple révolution : des taux d’intérêt bas, de nouvelles règles prudentielles mises en œuvre par un superviseur unique et la révolution digitale qui va profondément transformer la relation bancaire.

Pour que les banques puissent pleinement jouer leur rôle en finançant les projets des ménages et les investissements des entreprises, trois facteurs sont clés : un environnement économique dynamique, une régulation financière équilibrée, une capacité d’innovation clarifiée.

La croissance molle pénalise doublement les banques européennes

La croissance reste trop faible en zone euro et en particulier en France. Cet environnement justifie une politique très accommodante de la BCE. Cette politique a permis d’atténuer les effets de la crise en réduisant les taux d’intérêt et en soutenant l’offre de crédit. Mais l’assouplissement quantitatif qui modifie la structure des taux d’intérêt et réduit les marges bancaires ne peut constituer une politique permanente. On ne peut pas tout attendre de la politique monétaire, d’autant plus que nous ne bénéficierons pas durablement de taux d’intérêt aussi bas qu’aujourd’hui. Pour être efficace, la politique monétaire doit s’accompagner des réformes indispensables qui ont trop longtemps été retardées dans notre pays. Il n’y pas de fatalité à la faible croissance en France. Les réformes que je propose ont pour objectif de rétablir le plein-emploi, de restaurer les marges des entreprises et de favoriser l’investissement productif : réduction de la fiscalité du capital, suppression de l’ISF, baisse des prélèvements sur les entreprises, réforme du marché du travail, nouvelle politique de l’emploi avec un accent particulier mis sur l’apprentissage. Toutes ces réformes seront favorables à la croissance, à l’investissement et à l’emploi.

Sur la politique monétaire de la BCE, je suis pleinement respectueux de l’indépendance de cette institution qui est cruciale pour la solidité de notre monnaie. Mais on ne peut se satisfaire d’une zone euro qui marche sur une seule jambe avec une politique monétaire unique sans coordination des politiques économiques. Je suis favorable à un véritable gouvernement économique de la zone euro et à une convergence accrue des politiques économiques au sein de la zone euro, en commençant par la France et l’Allemagne.

Le durcissement de la régulation financière ne doit pas être un but en soi

Après la crise, il était inévitable de renforcer les exigences en fonds propres et liquidités. Nous avons considérablement renforcé la stabilité financière. Face aux risques du Brexit et à la pression de la nouvelle administration Trump en faveur d’un assouplissement des règles prudentielles, il est vital de réaffirmer le besoin d’une régulation financière stable et harmonisée mondialement dans les enceintes multilatérales (FSB, Comité de Bâle).

Toutefois, nous devons clarifier l’équilibre souhaité entre stabilité financière et financement de l’économie. Il faut mettre en œuvre pleinement les mesures décidées après la crise mais il n’est pas souhaitable de les durcir. Notre objectif doit être de construire une finance durable pour accompagner la transition énergétique et la mise à niveau de nos infrastructures. En France, cela passe par l’émergence d’investisseurs institutionnels de long terme appuyés sur une épargne longue, qu’il conviendra d’encourager. Le succès de l’Union des marchés de capitaux est dans cette perspective un objectif derrière lequel la France doit s’engager pleinement. Enfin, je défendrai le modèle de banque universelle, qui a bien mieux traversé la crise et constitue la force de notre secteur financier. Cela pourrait nous amener à revoir la régulation financière si elle pénalise indûment la taille de nos établissements de crédit. Enfin, je suis convaincu que les outils numériques constituent à la fois un défi pour les banques, mais offrent aussi des opportunités de croissance exceptionnelles pour le secteur bancaire.

L’adaptation technologique fait partie de l’ADN des banques, car leur premier métier consiste à traiter des flux massifs d’information. La digitalisation va fortement influencer la relation bancaire. Cela nécessitera un intense effort d’adaptation et de formation des personnels et des organisations. Le rôle du politique c’est d’accompagner ces évolutions, pas de les empêcher. Il faut créer un cadre favorable pour l’attractivité de la Place de Paris pour que s’y développent les start-up et créer un écosystème favorable à l’innovation et à la croissance. Nous devons accompagner au mieux cette libération des énergies, souhaitable et inéluctable. Notre objectif doit être de refaire de la Place de Paris une Place financière européenne de premier rang, notamment dans le contexte du Brexit.

 

Sur le même sujet