En quoi consiste votre intervention, en tant que conseil financier, sur le marché secondaire des NPL et comment le marché a-t-il évolué ?
Nous sommes susceptibles de conseiller aussi bien le vendeur, c’est-à-dire la banque, que l’acheteur. Les vendeurs et les acheteurs sont également conseillés par des avocats qui ont une vision juridique de l’opération quand l’approche du conseil financier est davantage économique.
Les acheteurs historiques sont des hedge funds, souvent anglo-saxons, spécialisés sur les créances non performantes. Ces fonds travaillent avec un servicer qui se charge du recouvrement. Mais aujourd’hui les servicers sont souvent, eux aussi, acquéreurs pour leur compte propre. Ils lèvent des fonds pour financer leurs acquisitions et peuvent aussi co-investir aux côtés d’autres investisseurs purement financiers.
La période actuelle favorise-t-elle les transactions ?
J’ai observé que les périodes de croissance économique donnent lieu aux meilleures opérations c’est-à-dire à des opérations où le prix de la transaction est élevé. Les banques veulent libérer du capital pour participer activement au financement de la croissance et ce contexte permet aux acheteurs et aux vendeurs de trouver un point d’équilibre optimal autour d’un prix qui satisfait les deux parties et qui est en cohérence avec les provisions constituées par la banque en face des créances cédées.
À l’inverse, je constate qu’en temps de crise, comme c’est le cas aujourd’hui, les investisseurs ont tendance à penser que les banques doivent absolument vendre leurs NPL et s’attendent à des prix très bas. Comme la liquidité est abondante et que de nombreux fonds s’intéressent à ce marché des NPL, les banques quant à elles ont tendance à penser qu’elles peuvent céder leurs créances à un prix élevé. L’écart entre les attentes des uns et des autres étant à l’heure actuelle très important, nombre de transactions ne se font pas. Les acheteurs doivent comprendre que les banques ne vont pas brader leurs actifs. Et les banques doivent comprendre qu’elles ne vont pas obtenir des prix très élevés sous prétexte que de nombreux investisseurs s’intéressent au secteur du NPL.
La Commission européenne a publié un plan le 16 décembre 2020 pour stimuler le marché secondaire des NPL ; le réseau d’Asset Management Companies (AMC), qui pourraient jouer le rôle de bad banks, serait-il utile ?
Le plan proposé par la Commission demeure assez flou à ce stade mais je dirais qu’elle a eu raison d’abandonner le projet de bad bank unique pour préférer la constitution de bad banks nationales car les pratiques en matière de NPL varient énormément d’un pays à l’autre : chaque environnement juridique est différent et ce paramètre constitue un point central en matière de recouvrement de créances.
En revanche, je ne vois pas quelle est la nature des AMC. S’agit-il d’un label qui sera donné à des sociétés de gestion existantes ? Ce point n’est pas clair.
La Commission semble en effet très peu prescriptive. Elle veut sans doute laisser les mains libres aux États. Il semble toutefois qu’il pourrait s’agir de structures publiques ad hoc…
Dans cette hypothèse, l’État serait investisseur, en partenariat avec des sociétés de servicing, pour gérer les NPL. Cela pourrait perturber le marché s’il devait y avoir trop de liquidité. Aujourd’hui l’obstacle n’est pas un manque de liquidité. On a besoin que les acheteurs et les vendeurs se rencontrent sur un point d’équilibre.
La puissance publique pourrait également intervenir en apportant sa garantie…
Une garantie publique serait beaucoup plus pertinente qu’un investissement public. Une garantie publique, faciliterait notamment le refinancement de la bad bank qui détiendra des actifs dépréciés : en présence d’une garantie publique, beaucoup d’investisseurs seront candidats.
À mon sens, la garantie serait sollicitée si la bad bank ne parvient pas à récupérer tout ce qu’elle pensait récupérer (par exemple, elle pensait recouvrer 50 % du montant des créances mais n’en récupère que 30 %) ; un tel mécanisme a déjà été mis en œuvre en Italie.
Une telle garantie viendrait stimuler le marché et pourrait même éventuellement être rémunérée par les investisseurs.
La Commission souhaite améliorer la transparence du marché secondaire des NPL ; qu’en pensez-vous ?
Dans une certaine mesure cela est possible voire souhaitable mais sur ce marché, la confidentialité de certaines informations constitue un paramètre à prendre en compte. Par exemple, expliquer en détail les critères d’octroi d’un prêt n’est guère envisageable car cela revient à mettre sur la place publique le savoir-faire de la banque, sa capacité à évaluer ses risques, à gérer de manière opérationnelle sa performance de recouvrement.
Et du côté des recouvreurs, il ne sera pas possible de leur demander de rendre public leur taux de recouvrement.
Les acteurs souhaitent maintenir confidentielles certaines informations, en particulier celles qui montrent leurs forces et leurs faiblesses. Si la Commission pense rendre publiques des informations très détaillées, alors son projet ne me semble guère réaliste ; quand les créances sont performantes, les informations sont plus faciles à obtenir ; dans l’univers du NPL, une certaine retenue est de mise : il sera difficile d’obtenir davantage que des informations agrégées.
La Commission préconise l’amélioration des dispositifs de recouvrement de créances ; qu’en pensez-vous ?
Les pouvoirs publics pourraient améliorer la législation en matière d’insolvabilité : il s’agirait de faciliter l’exercice des garanties et des sûretés, cela permettrait à de nombreuses transactions de se faire car les acheteurs accepteraient de payer un prix plus élevé. Ce point est prévu dans le plan de la Commission puisqu’il est question de l’accélération de la récupération d’une valeur et il est pertinent. Cela permettrait également de rassurer la banque qui souhaite éviter les litiges qui pourraient naître si l’acheteur de ses créances avait du mal à exercer les garanties et les sûretés.
En quoi la titrisation constitue-t-elle un outil important en matière de cession de NPL et comment pourrait-il être amélioré ?
La titrisation permet de transformer en titres financiers un portefeuille d’actifs non liquides. Les opérations de titrisation se présentent souvent de la façon suivante : un SPV est mis en place ou alors, en France, un Fonds Commun de titrisation, géré par une société de gestion. À l’actif se trouve le portefeuille de NPL et au passif, de la dette détenue par différents acteurs du marché : les investisseurs serviceurs détiennent souvent la partie dette equity (la tranche la plus risquée) tandis que la tranche senior est souvent vendue sur le marché à des acheteurs plus institutionnels. Autour de ce schéma, de nombreuses variantes sont possibles. Par exemple, la banque, vendeuse du portefeuille NPL, peut détenir les tranches les plus seniors ou une partie de la tranche equity.
Dans l’univers des créances performantes, le label STS (Simple, Transparent, Standardisée) constitue un véritable « plus ». L’émergence d’un label équivalent pour la titrisation de NPL rendrait le marché plus fluide et plus profond s’il devait y avoir à l’avenir des volumes importants de NPL, scénario auquel la BCE souhaite se préparer. Si les NPL devaient demain se multiplier aux bilans des banques, mieux vaut disposer des outils adéquats pour les sortir.