Crise européenne : « La réponse que les marchés attendent est politique »

Faut-il nationaliser — et sans attendre selon certains — les banques françaises ?

Il existe un courant académique qui estime que les banques universelles européennes sont coupables, non pas d’avoir mal agi pendant la crise, mais parce qu’elles représentent un danger de par leur taille. Ce courant économique, souvent américain, recommande soit de réduire leur taille pour les rendre inoffensives ou éventuellement, de les nationaliser.

Or nous, Français, sommes bien placés pour savoir que la nationalisation n’est pas un remède souverain. C’est une réponse simpliste qui a le charme de toutes les réponses simplistes, mais du point de vue du marché, c’est un constat d’échec, une capitulation et je ne crois pas que cela résolve les problèmes du modèle. Certes les banques d’État ne présentent pas de risque pour les déposants, mais le risque in fine reste sur le modèle de l’activité.

Quel est le problème avec le modèle français de banque universelle ?

Le modèle des banques françaises est construit sur des besoins importants de refinancement sur les marchés. Pour l’ensemble des banques françaises, l’activité purement retail affiche un déficit de ressources de l’ordre de 500 milliards d’euros, notamment parce que les circuits d’OPCVM et d’assurance-vie fonctionnent de telle façon que l’intermédiation bancaire ne les capture pas. C’est une caractéristique à laquelle s’ajoute le fait que les BFI sont également demandeuses de ressources, à moins d’avoir une clientèle de banque privée comme les banques suisses. Mais du coup les banques françaises sont un peu atypiques en Europe.

Que faire pour calmer le jeu ? Les banques sont montées au créneau pour tenter d’expliquer leurs performances…

En effet, leurs présentations récentes sont détaillées et adressent bien les problèmes. Mais cette réponse, bien qu’intelligente et courageuse, n’est pas audible à l’instant présent. D’une part il aurait été plus efficace de la faire au moment de la présentation des résultats semestriels : il y a un effet retard, même si les banques ont fait des présentations aux investisseurs dès cet été.

D’autre part, c’est une réponse bancaire et en réalité, la réponse que les marchés attendent est politique : il s’agit de savoir si les accords du 21 juillet sur le sauvetage de la Grèce seront bien appliqués ou pas. La visibilité des marchés sur ce point est très faible et cela rend les banques françaises systémiques en dépit de leur stabilité intrinsèque. Et les déclarations politiques récentes n’ont rien arrangé : nous restons encore perplexes sur les propos de Christine Lagarde, ou ceux d’Éric Besson sur la nationalisation, qui, même en s’y opposant, ont été perçus par les marchés comme une hypothèse envisagée par le gouvernement.

Une autre indication permettrait sans doute de calmer le jeu : la publication par le FMI de son estimation des besoins supplémentaires en fonds propres des banques, dans la mesure où elle correspondrait à celle avancée ces derniers temps par les brokers. Ceux-ci ont avancé une fourchette entre 50 et 100 milliards d’euros, sur la base d’un scénario souverain rajouté au scénario de récession de l’EBA.

Ce mécanisme peut-il devenir auto réalisateur ?

Oui. Les clients ne sont pas encore dans la situation des déposants grecs ou irlandais qui ont retiré massivement leur argent des banques mais jusqu’à quel point ? Le climat perceptible dans la rue peut bouger vite…

Propos recueillis par Élisabeth Coulomb
 

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