Accords du 26 octobre

« Compter les titres hybrides dans le capital des banques est une marche arrière »

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Le 1er sous-gouverneur de la Banque de France, Jean-Paul Redouin, s’est réjoui, jeudi 27 octobre, des accords signés la veille dans le cadre du Sommet européen, dans le cadre d’une allocution à la conférence des banques libanaises à Paris. « C’est un cadre d’action, ce n’est pas une fin en soi, un programme totalement détaillé qui, par magie, va changer les choses. Mais nous disposons là d’un cadre d’action qui devrait permettre, non pas de résoudre les questions au jour le jour, mais de pouvoir les envisager, sur le moyen terme et pourquoi pas aussi sur le long terme », a-t-il nuancé.

Résister à la tentation de monétiser la dette

L’accord, sans l’exclure, ne fait pas de référence explicite à la poursuite du programme d’achat de dettes souveraines sur le marché secondaire par la BCE, ce qu’a relevé le banquier central : « Le dispositif qui a été conçu est un dispositif qui ne pèse pas sur la gestion de la politique monétaire. C’est pour moi le principal élément. La politique monétaire a une mission bien précise, qui est de permettre de maintenir la valeur de la monnaie quoi qu’il arrive. Je crois que c’est cela qui favorise l’investissement à long terme et la confiance. Jusqu’à maintenant, la stabilité de l’euro sur le marché des changes en est une parfaite illustration. L’ensemble des chefs d’États européens et la BCE n’ont pas cédé à la tentation d’utiliser la banque centrale, ses ressources, son pouvoir, sa crédibilité pour acheter directement des obligations d’État, ce qui aurait pu très facilement et rapidement simplifier les choses. »

Exclure les titres hybrides

Il a toutefois regretté que, dans ses calculs du ratio de solvabilité devant atteindre 9 % en juin 2012, l’Autorité bancaire européenne autorise les banques à comptabiliser des titres hybrides : « Dans les accords qui ont été passés ces derniers jours, il y a une disposition qui ne me plaît pas du tout : c’est la possibilité que l’on puisse, pour arriver au seuil requis de 9 %, compter un peu de titres hybrides. Je trouve que c’est une marche arrière. Elle est peut-être nécessaire pour faire avancer un accord à trois heures du matin, mais je pense qu’il faut faire attention. J’ai déjà dit aux grandes banques françaises que nous ne l’accepterions pas. »

Attention au « search for yield »

D’un point de vue macrofinancier, il a salué un dispositif qui permettra « de moins solliciter les marchés pour financer les déficits [publics] qui se creusent indéfiniment. La situation de surendettement dans laquelle un certain nombre de pays pouvait se trouver, était peut-être due à de mauvais choix ou à l’absence de choix dans la politique budgétaire. Mais elle était peut-être aussi due à la facilité bien trop grande de pouvoir emprunter sans limite, auprès de marchés cherchant désespérément à placer une épargne excédentaire », a analysé Jean-Paul Redouin. Cette épargne excédentaire inquiète d’ailleurs toujours le sous-gouverneur : « Il y a d’énormes liquidités qui circulent actuellement dans le monde. Ces liquidités, en raison du choc de confiance que nous avons, ne savent pas où aller. Elles le savent d’autant moins qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup de rémunération pour les investissements qui peuvent être faits. Nous sommes face à des liquidités très mobiles, à la recherche de hauts rendements, dans un contexte monétaire plutôt propice à des taux très bas pour très longtemps. Attention : cela provoque toujours des tentations, a-t-il mis en garde. Je pense que dans ce contexte-là, il faut faire extrêmement attention au réflexe qui veut que, quand les liquidités sont importantes, les critères d’octroi de crédit sont quelques fois insuffisamment exigeants. »

Pour une supervision « intrusive »

Jean-Paul Redouin a enfin défendu les banques et leur rôle dans l’économie : « Il n’y a pas de bon financement de l’économie sans une bonne intermédiation bancaire. Nous avons tous besoin des banques. Elles jouent un rôle important en transformant les dépôts. » Mais ce n’est pas tout pour le sous-gouverneur, qui souligne leur rôle d’accompagnement des émetteurs vers les marchés.

Pour que les banques puissent assumer ces missions, il est indispensable de rétablir la confiance par une réglementation bancaire plus stricte mais pas seulement : « ce qui compte, c’est la manière dont elle est mise en œuvre. Le rôle pratique des régulateurs, leur manière intrusive de veiller à ce que le dispositif de gouvernance interne des risques des établissements est bien mis en place, sont des points essentiels », a-t-il conclu.

 

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