Après de nombreux rebondissements, la fin du mois de janvier 2020 a clos le premier chapitre du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE).
Bien qu’elle soit parvenue à relever le défi d’un climat économique difficile, la City réclame en vain depuis trop longtemps de la clarté quant à l’avenir.
Mais il y a toujours beaucoup de travail. La sortie du Royaume-Uni marque simplement le début de l’étape suivante du processus et non pas la fin. Les négociations visant à établir la relation commerciale future seront complexes et délicates. De plus, pour le bien de l’industrie et des consommateurs, aussi bien au Royaume-Uni que dans l’UE, les bonnes décisions doivent être prises.
Le temps presse – la deadline de décembre 2020 pour les négociations commerciales avec l’UE est clairement ambitieuse, mais il est essentiel que le secteur des services ne soit pas sacrifié dans l’empressement d’obtenir un deal. Ce secteur représente en effet 80 % de l’économie britannique et 40 % de la totalité des échanges commerciaux.
Alors, pour l’avenir, quel type de cadre spécifique la City veut-elle ? Et ses objectifs sont-ils réalistes tandis que les négociations ont commencé ?
Pour répondre à la première question, ce sujet, d’une certaine façon, doit encore être réglé dans le secteur. Mais voici les cinq principes fondamentaux pour garantir que la City pourra continuer de servir ses clients internationaux tout en relevant les défis majeurs auxquels la société doit faire face, comme le changement climatique :
1. des marchés mondiaux ont besoin de standards mondiaux. L’autonomie réglementaire est importante, mais il est également important, pour les ménages et les entreprises situés des deux côtés de la Manche, que nous continuions à travailler ensemble, en assurant un accès mutuel entre le Royaume-Uni hautement interconnecté et le secteur européen des services financiers, tout en s’alignant avec les standards globaux afin de prévenir toute fragmentation superflue ;
2. nous devons demeurer ouverts aux activités internationales et aux marchés. Londres est la capitale du capital – il a longtemps été le premier hub mondial pour les devises, compensant plus de dollars que New York, plus d’euros qu’aucune place de l’UE et plus de yuans que les autres pays non chinois ;
3. la City a besoin d’être régulée par un régime leader mondial, qui encourage l’innovation tout en induisant un sens des responsabilités, de la transparence et une protection des consommateurs. Quelle que soit l’issue, nous serions avisés de nous assurer un cadre réglementaire qui soit tourné vers l’avenir et qui maintienne l’avantage concurrentiel du Royaume-Uni en permettant au secteur d’être innovant et dynamique ;
4. nous avons besoin d’accueillir les talents et les compétences où qu’elles se trouvent à l’international. La réussite à venir du Royaume-Uni dépend de sa capacité à attirer, retenir et faire évoluer les meilleurs professionnels ; et cela est particulièrement vrai dans le secteur des divers services financiers ;
5. enfin, aucun changement réglementaire ne doit se produire du jour au lendemain. Les évolutions réglementaires doivent être graduelles, bien réfléchies et conformes aux principes d’une meilleure réglementation. L’une des grandes forces qui expliquent le succès du secteur des services financiers britanniques est son cadre réglementaire qui a inspiré le monde. À l’avenir, il est vital que la régulation britannique suive le rythme d'un environnement réglementaire international qui évolue rapidement.
Le secteur des services financiers mérite d’être une priorité dans les négociations commerciales, étant donné le rôle fondamental qu’il joue sur les fondements de la prospérité de tous. Les négociations vont-elles évoluer dans cette direction un peu plus tard dans l’année ? Est-il réalisable, pour le secteur des services financiers britanniques et celui de l’UE, de continuer à avoir un accès mutuel aux marchés de chacun, plus particulièrement étant donné les demandes émanant d’autres secteurs et la façon dont cela va jouer sur les négociations ? Oui, cela est tout à fait possible.
L'équivalence : une voie à explorer
Par exemple, nous soutenons l’ambition du Trésor britannique d’évoluer vers un processus fiable et durable d’attribution d’équivalence. L’équivalence correspond à l’autorisation, donnée par l’UE, d’accès à son marché par des entreprises étrangères si elle juge leur réglementation nationale « équivalente » aux règles européennes ou suffisamment proche d’elles. Cela signifie que, depuis le Royaume-Uni, sans avoir à créer une filiale dans l’UE (ce qui constituerait un coût additionnel), des sociétés d’investissement et des chambres de compensations, par exemple, peuvent fournir des services dont les entreprises et les consommateurs basés dans l’UE ont besoin. Cela procurerait la sécurité sur laquelle les entreprises internationales peuvent s’appuyer, tout en donnant l’autonomie réglementaire aussi bien au Royaume-Uni qu’à l’UE. L’ensemble de ces dispositions – le constat dès maintenant d’une équivalence et la mise en place de normes qui entretiendront la confiance et la coopération de telle sorte qu’elles tiendront dans les années à venir – procure la meilleure réponse à la question du consensus à atteindre cette année sur notre relation avec l’UE. J’encourage vivement les lecteurs à consulter le récent article du IRSG (International Regulatory Strategy Group)
Inenvisageable dérégulation
Et enfin, nous n’envisageons pas que le Royaume-Uni puisse s’engager dans la voie de la dérégulation. Le succès du secteur britannique des services financiers est fondé sur son rôle de leader mondial en matière de régulation. Et quoi qu’il arrive dans les années à venir, le Royaume-Uni continuera d’être un précurseur – cela maintiendra notre succès dans les domaines émergents de l’industrie financière comme la finance responsable et les FinTechs.
Les cinq piliers réclamés par la City pour la relation future entre le Royaume-Uni et l’UE ainsi que les différentes solutions envisageables nous amènent à penser que les négociations en cours ne nuiront pas au secteur des services financiers, car cela irait à l’encontre de l’intérêt économique des ménages et des entreprises, qu’ils soient basés dans l’UE ou au Royaume-Uni. Il revient maintenant aux deux parties prenantes de la négociation d’obtenir le meilleur résultat possible pour tous les intéressés.
Dans tous les cas, mon message est clair : certes, nous quittons l’UE, mais ce départ ne met pas un terme à la relation que nous entretenons avec nos voisins les plus proches. Tous les membres de la City sont unanimes sur ce point.
Nous voulons une relation future positive, permettant de coopérer sur les défis et les opportunités communes, dans l’intérêt de nos citoyens et de nos entreprises. Cette année se présente l’opportunité d’établir la base de cette relation pour les années à venir.
Achevé de rédiger le 2 mars 2020