Cet article appartient au dossier : Pour une finance durable.

ONG

L’arrivée d’un contre-pouvoir européen sur les questions financières

Finance Watch, la nouvelle ONG créée officiellement fin juin 2011 à l’initiative du député vert européen Pascal Canfin, a pour objectif de participer activement au débat financier, afin que les citoyens européens aient enfin voix au chapitre.

L'auteur

  • Pascal Canfin
    • Député, Groupe des Verts/Alliance libre européenne
      Parlement européen

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°294

Pour une finance durable

Une nouvelle organisation baptisée Finance Watch est née jeudi 30 juin 2011 à Bruxelles avec l'intention affichée de devenir un contre-pouvoir de la société civile face à l'influence des lobbys du secteur financier en Europe. En effet, jusqu'à la création de Finance Watch, les seuls intérêts défendus étaient ceux des professionnels de l'industrie. Pour la première fois, une ONG de la société civile va porter la voix des citoyens dans la régulation financière.

Imaginez un monde où le débat social se ferait sans syndicats, où le débat sur le nucléaire se ferait avec Areva et EDF, mais sans Greenpeace ou le réseau « Sortir du nucléaire »… C'est dans ce monde-là que nous vivons en matière financière. C'est pour mettre fin à cette asymétrie qui constitue une véritable menace pour la qualité de notre débat démocratique que j'ai lancé, il y a tout juste un an, avec 21 autres députés européens en charge des questions financières, un appel pour que la société civile européenne s'organise et mette fin au monopole du lobby financier sur ces sujets. Un an plus tard, cette demande devient réalité : la société civile s'est mobilisée. Une quarantaine d'organisations représentant plus de 300 ONG, des syndicats, des associations de consommateurs et d'investisseurs ont adhéré à Finance Watch. À leurs côtés, une vingtaine d'experts : des universitaires mais aussi d'anciens banquiers, directeurs de Bourse, gestionnaire de fonds...

Avec autant de membres fondateurs, Finance Watch assure une représentativité aussi large que possible des citoyens, tout en faisant largement participer des experts.  Finance Watch pourra ainsi remplir les trois missions qui sont les siennes :

  • développer une expertise indépendante ;
  • mettre fin au monopole de l'industrie en matière de lobbying financier ;
  • communiquer pour faire vivre le débat public et permettre aux citoyens de s'approprier ces sujets.

Une mission de contre-expertise

Trop souvent, les études sur les banques et les marchés financiers sont réalisées par des économistes qui ont par ailleurs des intérêts privés dans l'industrie financière. Pour faire contrepoids, Finance Watch pourra s'appuyer sur les experts membres de l'organisation, capables, si nécessaire, de déconstruire les arguments avancés par les acteurs en place.

Une mission de lobbying

La deuxième mission de Finance Watch est d'utiliser cette expertise pour assurer un lobbying permanent auprès des décideurs européens, que ce soit au Conseil, à la Commission européenne ou au Parlement. Je suis député européen depuis juin 2009 au sein de la Commission des affaires économiques et monétaires. À chaque fois qu'un dossier financier est en débat, je reçois des dizaines d'appels de banques ou de gestionnaires de fonds qui m'expliquent comment le texte doit être orienté, amendé, etc. En face, rien... ou presque. Aucun représentant de la société civile ou de l'économie réelle n'est venu frapper à ma porte pour développer ses arguments. À partir du mois de septembre, sur tous les textes qui seront négociés au niveau européen en matière financière, les experts de Finance Watch feront entendre leur voix, feront des propositions d'amendements, iront voir directement les négociateurs. Il s'agit d'être présent au bon moment, auprès des bonnes personnes, avec les bons arguments.

Une mission de communication

Enfin, Finance Watch s'est donné comme objet de communiquer pour faire vivre le débat public sur ces questions ô combien stratégiques pour l'avenir de nos économies, de nos modèles sociaux et peut-être même pour celui de nos démocraties. Bien sûr, la tâche est immense car les questions financières sont techniques et difficiles à illustrer pour le journal de 20 heures. Mais Finance Watch doit participer à l'appropriation citoyenne de ces questions qui sont trop importantes pour être laissées aux seuls « professionnels de la profession ».

Pour illustrer l'enjeu démocratique du lancement de ce contre-pouvoir, Finance Watch a choisi comme parrain le philosophe et sociologue allemand, Jürgen Habermas, qui a accepté cette proposition.

Tous les éléments sont réunis pour que Finance Watch soit en capacité de changer la donne. Je suis persuadé que l'ONG pourra faire bouger les lignes des réformes financières, en cours et à venir.

 

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