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Revue Banque n° 811 - Septembre 2017
45,00 € TTC

Blockchain : l’utopie à l’épreuve des premiers tests

Edito

Blockchain : premières applications

L'auteur

La blockchain attire et, en même temps, inquiète. Comme le souligne Benoît Rousseau (AFTE, Fromageries Bel) dans la désormais traditionnelle interview annonçant les journées AFTE 2017, la blockchain est un process qui amène une certaine complexité pour les équipes, mais qui offre des perspectives trop alléchantes pour en rester là, qu’il s’agisse de rapidité, de facilité opérationnelle, de sécurisation ou de réduction des coûts de transaction !

Le dossier de ce mois, piloté par Séverine Leboucher, montre les expérimentations et premières applications menées par les acteurs de la finance, qui ont été parmi les premiers à s’emparer de cette technologie nouvelle. Les initiatives sont nombreuses, en consortium ou en solo, fondées sur des protocoles de blockchain divers, portant sur des applications variées (activité de dépositaire, transfert d’argent à l’international, gestion d’identifiants, gestion budgétaire interne…), dont la plupart restent encore à l’état de PoC (Proof of Concept), même si la Banque de France, par exemple, envisage d’ores et déjà de passer son projet Madre sur la tenue du registre des identifiants créanciers SEPA, « du stade de l’application expérimentale à une solution en production » (Thierry Bedoin, Chief Digital Officer). S’en dégage toutefois un point commun : les acteurs de la finance se cantonnent prudemment pour le moment à des blockchains privées. Reste également à loger ces applications dans un cadre juridique approprié, qu’il faudra soigneusement calibrer : ni trop, ni trop peu…

Alain Papiasse (BNP Paribas), qui détaille les effets de la digitalisation dans les activités de BFI, confirme l'intérêt pour cette technologie : « la blockchain répond à un besoin peut-être plus important en BFI que dans la banque retail ». Il souligne plus largement que la digitalisation de la BFI se fonde sur une évolution partenariale plutôt que dans une disruption profonde des business models, mais que les investissements nécessaires en technologie ou en ressources humaines pour rester compétitif pourraient avantager les plus grands joueurs. BFI toujours, mais dans une perspective plus juridique : la loi Sapin 2 et l’ordonnance de mai 2017 ont fixé un nouveau régime juridique pour l’agent des sûretés. Cette réforme était très attendue par les opérateurs de financements syndiqués ou d’émissions d’obligations : comme le souligne Alexae Fournier-de Faÿ (LPA-CGR avocats), ce régime de l’agent des sûretés « laisse une place prépondérante à la liberté contractuelle », tout en offrant des gages de protection aux créanciers bénéficiaires de sûretés et de garanties. Elle vient s’ajouter aux aménagements apportés au cadre juridique français qui renforcent l’attractivité de la Place financière de Paris.

De fait, le Brexit pose la question de la relocalisation des groupes bancaires utilisant la Place londonienne comme point d’entrée en Europe. Selon Philippe Chevrier et Yves Robert (Fidal), ceux-ci devraient rapidement se déterminer sur trois points structurants : le choix de la localisation au sein de l’UE, compte tenu des activités envisagées et de l’environnement réglementaire, juridique, social et fiscal local ; le type de structure à mettre en place : banque, compagnie financière, holding, délégations ; et les modalités du transfert : fusion transfrontalière, transfert de fonds de commerce, de branche d’activité, société européenne…

Pay-as-you-go : c’est le modèle que proposent certaines entreprises sociales qui associent à la vente de matériels un service de crédit. Séverine Leboucher (Revue Banque) relate l’expérience de l’entreprise kényane M-Kopa, vendeur de panneaux solaires aux particuliers : le client paye quotidiennement une petite somme pour l’utilisation du bien et en devient propriétaire au bout d’un an.M-Kopa gère ainsi 250 000 prêts dans son portefeuille, dûment déclarés auprès de la centrale de crédits nationale. Le tout passe par « M-Pesa, le portefeuille de monnaie électronique omniprésent au Kenya » précise Séverine Leboucher. Une façon de faire de la banque autrement.

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