La réglementation financière décryptée par Labex RéFi

Le rôle majeur des fonds propres dans le secteur bancaire

Qu’ils soient prudentiels, comptables, normatifs ou en valeur de marché, les fonds propres sont au cœur des principales problématiques bancaires. Jusqu’à l’excès ?

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L'auteur

L’auteur remercie les participants au séminaire organisé par la chaire « transformation et innovation financière » ESCP Europe / BNP Paribas dans lequel cette problématique a été abordée.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°774

Les assureurs à la manœuvre pour financer l'économie

Dans le secteur bancaire, le concept de « fonds propres » joue un rôle essentiel et conditionne la mesure de la performance et la représentation de la valeur. Mais de quels fonds propres s’agit-il ? Les banques utilisent différentes notions de fonds propres (comptables, prudentiels, normatifs, en valeur de marché, etc.) et le concept est loin d’être homogène. Cette chronique vise à rappeler pourquoi les fonds propres occupent une place centrale dans le secteur bancaire, les difficultés pour faire « cohabiter » ces différentes définitions et l’absence de véritable cadre alternatif.

Tout d’abord, la notion de fonds propres est fondamentale dans le secteur bancaire, parce que la banque est un secteur régulé, et que c’est principalement par des contraintes de fonds propres que s’est exercée la pression du régulateur. À l’origine, en imposant une norme de fonds propres « prudentiels », le régulateur avait deux objectifs majeurs : a) les banques devaient générer une croissance rentable (dégager de manière récurrente des fonds propres), sous peine de ne plus pouvoir continuer à se développer ; b) les fonds propres devaient permettre d’absorber des pertes exceptionnelles et permettre aux banques de résister à des crises.

Déterminée à partir des fonds propres comptables, la notion de fonds propres prudentiels a été précisée et a évolué en fonction des changements réglementaires. Dans le cadre de Bâle III, le niveau nécessaire de fonds propres a été renforcé, imposant aux banques de réduire le total de bilan ou encore d’augmenter le capital.

Depuis trois décennies, les banques ont organisé leur système de gestion des risques et de décision pour faire face aux contraintes réglementaires. Elles définissent des fonds propres « normatifs », qui sont utilisés pour mesurer la rentabilité des différentes unités de gestion et des opérations au sens large. Ces fonds propres normatifs ne sont ni les fonds propres comptables ni les fonds propres prudentiels, mais sont définis et affectés de manière « normative » (ou « analytique ») à une activité pour en évaluer la performance.

Les fonds propres ont également une valeur de marché. La communauté financière mesure la performance des banques en considérant la rentabilité des fonds propres comptables engagés (Return on Equity – ROE), et ne prend pas en compte l’ensemble des capitaux engagés comme elle le fait pour les entreprises non bancaires (en déterminant le ROCE – Return on Capital Employed). Les analystes financiers fondent leur recommandation d’achat ou de vente d’un titre sur l’observation du ROE d’une banque. Si ce dernier est considéré comme durablement égal au coût des fonds propres, le Price to Book de la banque sera estimé à 1 (la banque vaut alors une fois ses fonds propres).

Les analystes ne disposent pas toujours de la capacité à appréhender correctement les risques des établissements bancaires. Ils n’ont pas accès à des informations privilégiées, comme c’est le cas des régulateurs. Ils raisonnent souvent à partir d’un coût des fonds propres relativement homogène pour l’ensemble des établissements. Très volatile, notamment en période de crise, la valeur de marché des fonds propres est ainsi très dépendante de la rentabilité des fonds propres comptables ou prudentiels engagés.

Ce caractère central des fonds propres dans le secteur bancaire est aujourd’hui une question majeure. Mesurer la valeur considérant les seuls fonds propres engagés, et ceci quelle que soit la définition retenue, n’est-il pas trop réducteur, source d’erreurs ou de prises de risques excessives (par exemple, en cherchant à maximiser le ROE) ? Si la réponse est probablement positive, force est de constater que le cadre académique ne propose pas à ce stade de véritables alternatives. C’est l’enjeu de la décennie à venir, pour la finance, de proposer des pistes permettant a minima de compléter la seule mesure de la valeur créée par les fonds propres engagés.

 

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