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Méthode prospective et étude des métiers bancaires

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°745

Solvabilité 2 : un nouveau départ pour les offres aux assureurs

Les études menées par les observatoires prospectifs des métiers et des qualifications [1] (OPMQ) intéressent tout à la fois les jeunes qui veulent embrasser une carrière, les salariés qui souhaitent exercer une mobilité au sein de leur profession, ou encore les entreprises du secteur qui ont de l’intérêt pour des travaux à la fois analytiques et proches du terrain. L’Observatoire des métiers de la banque, quant à lui, cherche à répondre aux attentes de ses différents publics en réalisant des études sous une triple optique :

  • la description du métier ;
  • les compétences requises pour l'exercer ;
  • le devenir du métier.

Ce dernier point focalise évidemment l’attention : on n’entre pas dans une activité professionnelle pour un ou deux ans et on souhaite en avoir une vision à moyen terme. On pourrait presque dire une vision « prospective », si cet exercice – la prospective – n’adoptait des horizons qui dépassent le moyen terme. Cependant, comme elle est devenue au fil du temps une véritable discipline et qu'elle présente un puissant intérêt pour un observatoire, on peut momentanément faire abstraction des différences de portée temporelle et s’intéresser à la méthode [2]. On en trouve une bonne application dans le rapport « France 2030, cinq scénarios de croissance [3] ». Ce rapport a servi d’introduction à la dernière réunion publique de l’Observatoire de la banque qui était consacrée aux pratiques méthodologiques des observatoires des métiers.

Les travaux de prospective, lorsqu’ils sont menés à l’échelle des économies nationales, s’appuient sur le concept de « croissance potentielle » et utilisent des « fonctions de production ». L’optique dominante est celle de l’offre globale, et non de la demande. Un grand nombre d’économistes s’accordent en effet sur l’idée « qu’à long terme, la fonction de demande n’existe pas ». Ils veulent dire que dans la longue durée, « les différents marchés sur lesquels se forme la demande finissent par s’ajuster à la structure de l’appareil productif ». Cela signifierait par exemple, pour ce qui est de la banque, que les facteurs de la fonction de production, travail (quantité, qualité), capital (quantité, coût, aversion au risque), technologie (sous tous ses aspects), auxquels on peut ajouter le réglage de la liquidité, seraient à terme « plus forts » que les comportements des particuliers, des entreprises, des collectivités territoriales et des États.

Cela peut choquer dans une période où les difficultés semblent essentiellement résider dans la demande. S’agissant de la banque, les statisticiens comme les économistes s’accordent à diagnostiquer qu’il n’y a pas de credit crunch, mais insuffisance de la demande adressée aux établissements de crédit. Le marketing bancaire scrute en permanence les attentes des particuliers, les économistes analysent les « besoins nets de financement » des agents, autant de quêtes de signes concernant la demande. Mais celle-ci agirait essentiellement dans le court et moyen terme. Dans la longue durée, pour cerner le profil d’un métier, il y a beaucoup de raisons d’utiliser la « grille » de la fonction de production avec ses trois principaux facteurs déjà cités :

  • la force de travail, sous-tendue dans chaque métier par des pyramides des âges bien prévisibles ;
  • le capital, affecté de plus en plus précisément à chaque métier en application des nouvelles normes prudentielles ;
  • le facteur technologique, porté par des investissements qui font forcément l’objet d’une prévision par métiers.

Il manque toutefois une hypothèse dans la palette des possibles du « scénario d’offre » : celle de la rupture. Après une phase de stagnation ou de dépression, les schémas prospectivistes envisagent que la croissance rejoigne son niveau « potentiel » initial ou qu’elle emprunte un chemin définitivement plus bas, mais parallèle au précédent. Or les observatoires des métiers ont régulièrement à constater [4] la disparition de segments entiers d’activité. Pour la banque, ce serait la cessation définitive d’activités dont le coût en capital deviendrait trop élevé et/ou le niveau de risque trop incontrôlable. Tout se passe comme si les professions, sur certains segments, ne trouvaient plus à fournir d’offre et ne se relevaient pas de la crise, ce que les modèles courants de prospective n’envisagent pas.

[1] Ils sont actuellement au nombre de 110.

[2] Voir l'article désormais classique d’Hugues de Jouvenel, « La démarche prospective, un bref guide méthodologique », mise à jour 2002, Futuribles n° 247.

[3] Rapport coproduit en avril 2011 par la Direction générale du Trésor et le Centre d’analyse stratégique (CAS), disponible sur le site de l’Observatoire (www.observatoire-metiers-banque.fr).

[4] Notamment au sein de PMQ IV, réunion périodique des principaux observatoires, sous l’égide du CAS et du Céreq.

 

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