L'actualité des M & A bancaires

ICBC tisse sa toile

Début 2011, le géant bancaire chinois s’est déployé à la fois aux États-Unis et en Europe. Simple coup d’essai ou véritable tendance de fond ?

Principales opérations de M&A dans le secteur bancaire mondial

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Economiste
      OFCE et CEPN

Pour en savoir plus

Achevé de rédiger le 14 février 2011

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°734

Matières premières : la faute aux marchés ?

Longtemps concentrée sur la Chine, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) semble vouloir passer à la vitesse supérieure dans son expansion à l’international. Jusqu’à présent, la première banque chinoise s’était pour l’essentiel cantonnée à son immense marché intérieur mais les choses semblent évoluer à grand pas en ce début d’année. Après l’Asie, puis l’Afrique et ses précieuses ressources naturelles, c’est désormais au tour des pays occidentaux [1] d'être l’objet de ses convoitises.

D’une part, ICBC vient de racheter 80 % de la filiale américaine de Bank of East Asia pour près de 140 ​millions de dollars (voir Encadré 1). Elle met ainsi la main sur un petit réseau de 13 agences (10 en Californie et 3 à New ​York), alors qu'elle ne disposait jusqu'alors que d’une seule succursale à New York, spécialisée dans les services aux entreprises. Cette acquisition devrait non seulement lui permettre de répondre aux besoins de la clientèle chinoise présente outre-Atlantique mais aussi de s’adresser directement aux entreprises américaines souhaitant se développer en Chine. Si la transaction est approuvée par le régulateur américain, il s’agira de la première prise de contrôle d’une banque de détail aux États-Unis par un établissement chinois.

D’autre part, le géant bancaire a annoncé le 17 janvier 2011 l’ouverture de cinq nouvelles succursales en Europe, dont une à Paris. Les quatre autres villes concernées sont Bruxelles, Amsterdam, Milan et Madrid. Déjà présente à Londres, Francfort, Moscou et au Luxembourg, ICBC fait plus que doubler son réseau européen, avec un total de neuf implantations qui seront pilotées depuis son siège luxembourgeois. Alors que les échanges commerciaux sino-européens sont en très forte progression, cette stratégie vise avant tout les grands groupes européens et chinois, ​mais également les PME travaillant avec la Chine. Autres clientèles concernées : ​les 2,5 ​millions de Chinois installés en Europe (expatriés, étudiants…) ainsi que les millions de touristes qui visitent chaque année le Vieux Continent.

Première banque mondiale en terme de capitalisation boursière, ICBC est donc en train de devenir la plus internationale des banques chinoises. Forte de 19 ​milliards de dollars de profits sur les neuf premiers mois de 2010, elle dispose d’une puissance financière considérable pour partir à la conquête de l’Occident (voir Encadré ​2). Pour l’heure, telle ne serait pas son ambition comme en témoignent ses prises de position relativement modestes. Les banques occidentales observent néanmoins ces derniers mouvements stratégiques avec beaucoup d’attention car ils pourraient présager d’une offensive plus vaste des principaux groupes bancaires chinois. Un scénario assez cohérent avec le fort développement à l’étranger des multinationales chinoises et la volonté manifestée récemment par les autorités de Pékin en vue d’une internationalisation du yuan.

[1] En janvier 2010, ICBC avait déjà racheté 70% des activités au Canada de Bank of East Asia. Plus récemment, il a repris à BNP Paribas les anciennes activités de courtage de Fortis aux États-Unis.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet