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Le contrat de génération peut-il avoir un effet sur l’emploi ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°752

Shadow Banking : pas si obscur…

Lors de la Grande Conférence sociale des 9 et 10 juillet derniers, le président de la République a proposé aux partenaires sociaux, dans son discours introductif, de négocier sur le contrat de génération. Ils se sont unanimement saisis de cet enjeu en ouvrant une négociation collective, au niveau national et interprofessionnel, pour en définir certaines modalités, comme la gestion des âges dans l’entreprise, la mise en œuvre du transfert des compétences, l’adaptation du dispositif aux différentes tailles d’entreprises ou encore la place accordée aux négociations d’entreprises et de branches. Le gouvernement leur a transmis le 4 septembre un document d’orientation sur la base duquel une négociation interprofessionnelle doit pouvoir s’engager pour une mise en œuvre du contrat de génération début 2013.

La situation de l’emploi s’est rapidement détériorée depuis le début de l’année 2012, avec un taux de chômage de 10,2 % au second trimestre, au plus haut depuis fin 1999. Le taux de chômage des jeunes s’établit à 22,7 % soit plus du double de l’ensemble de la population. Dans ce contexte, le contrat de génération peut-il avoir un réel impact ? Avec ce contrat, le gouvernement veut à la fois maintenir les seniors dans l’emploi et favoriser l’embauche des jeunes. Une aide financière serait accordée aux entreprises de moins de 300 salariés qui embaucheraient des jeunes en CDI et qui maintiendraient dans l’emploi un salarié âgé d’au moins 57 ans. Dans les plus grandes entreprises, le contrat de génération se traduirait par une rénovation des accords seniors en prenant en compte l’embauche des jeunes. Une nouvelle exonération de charges peut avoir un impact sur le niveau d’emploi du fait de la baisse du coût du travail qu’elle induit, à la condition toutefois que le financement de la mesure ne se fasse pas par une augmentation de charges par ailleurs. Cette question peut légitimement être posée, car on ne sait rien pour l’instant sur les modalités de financement de cette mesure, si ce n’est que le gouvernement semble avoir renoncé à diminuer les exonérations de charges pour les bas salaires comme il l’avait envisagé dans un premier temps.

Mais la question fondamentale reste la pertinence même du dispositif qui repose sur l’idée que l’embauche des jeunes passe par la transmission des savoirs des anciens. Une telle analyse paraît très largement erronée dans une économie où le contenu des emplois évolue à une vitesse grandissante. Dans la plupart des cas, les jeunes embauchés dans les entreprises n’occupent pas les postes laissés vacants par les anciens. La noria des entrées et des sorties permet en effet à l’entreprise de faire évoluer ses effectifs en quantité, mais surtout en qualité, pour qu’ils répondent aux nouvelles exigences économiques et technologiques qui s’imposent à elles. Si l’on prend l’exemple des banques, les départs en retraite sont particulièrement nombreux dans l’exploitation, mais les embauches sont très rares dans ce secteur et se font essentiellement dans les métiers de la vente. Le contrat de génération repose sur une conception statique de l’économie dans laquelle les emplois n’évolueraient pas et où les anciens « tendraient la main » aux jeunes. C’est une belle image qui ne correspond plus à la réalité. Il y a donc tout lieu de craindre que ce dispositif n’ait qu’un effet limité sur l’emploi des jeunes. Les effets d’aubaine risquent d’être nombreux pour certaines entreprises alors même que les entreprises dynamiques qui embauchent beaucoup de jeunes ne pourront pas en bénéficier, faute de seniors dans leurs effectifs.

 

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