Télétravail

Les infrastructures Web mises à rude épreuve

En période de pandémie, les travailleurs non essentiels sont fortement invités à rester chez eux. Sauf que ce télétravail à très grande échelle n’a été envisagé ni par les prestataires Web, ni par les responsables des différents services informatiques.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°843

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Confinement oblige, de nombreux pays dont la France ont mis une bonne partie de la population au télétravail ou à l’éducation à la maison. Tous les secteurs professionnels sont concernés, dont la banque et la finance [1]. Sauf que… les entreprises et les différents services dépendants du Web n’ont pas forcément prévu ce pic de charge. Ainsi, on estimait le 20 mars 2020 que plus d’1 milliard de personnes à travers le monde étaient confinées chez eux : qui à travailler à distance, qui à étudier, qui tout simplement à tenter de s’occuper en écoutant de la musique, en jouant ou en regardant des vidéos en ligne. Ce faisant, ils sollicitent plus que d’ordinaire leurs connexions Internet domestiques pour accéder à des services en ligne. Et, en pratique, ceux-ci ne fonctionnent plus aussi bien qu’ils le devraient : l’accès aux documents se fait au ralenti, les communications en téléphonie sur IP ou visioconférence se coupent et, parfois, les services ne sont tout simplement pas disponibles. À tel point que la solution collaborative Teams de Microsoft est passée de 32 millions d’utilisateurs actifs par jour à 44 millions en l’espace d’une semaine et que, dans la semaine du 16 mars, de nombreux utilisateurs français ne pouvaient s’y connecter . Et pourtant, interrogé par nos confrères du MagIT, Sami Slim, directeur adjoint de Telehouse se veut rassurant : « En France, l’infrastructure des opérateurs est capable de véhiculer un trafic de 40 Tbit/s entre les utilisateurs et les services en ligne, alors que le trafic effectif est de 12 Tbit/s en moyenne. Donc les tuyaux ont trois fois la dimension nécessaire. En revanche, la capacité à réceptionner un tel trafic dépend de la quantité des serveurs mis en place par les entreprises. Et force est de constater que certaines ont sous-estimé la charge. »

Un télétravail organisé avec les moyens du bord

Alors d’où vient le problème ? Le télétravail s’est organisé dans l’urgence dans de nombreuses entreprises, et chacun fait avec les moyens du bord. Les télétravailleurs utilisent leurs connexions personnelles pour accéder à leurs outils professionnels, et non le réseau privé de leur entreprise. De plus, ils font souvent du « shadow IT » et passent par des services qui ne sont pas adaptés et conçus pour une telle montée en charge, ni sécurisés pour cet usage comme tout simplement une adresse de courrier électronique privée. Alors que dans leur entourage, d’autres personnes peuvent aussi solliciter la connexion au même moment. Comment résoudre le problème ? Ici aussi, c’est un bricolage qui s’installe.

Côté grand public, Google, Facebook et Netflix ont accepté de réduire la qualité des vidéos pour réduire la sollicitation sur la bande passante. L’association Framasoft, réseau d’éducation, indique que certains de ses services sont fermés temporairement aux élèves et aux enseignants. Son compte Twitter, @framasoft, indique d’ailleurs régulièrement d’autres infrastructures associatives vers qui se tourner. L’association propose également en ligne un guide des bonnes pratiques du télétravail à l’usage des télétravailleurs, mais également de leurs managers : https://framasoft.frama.io/teletravail/.

Côté entreprises, certaines s’adaptent à ces nouvelles conditions de travail, comme Thalès qui limite au maximum les visioconférences pour ses salariés. Chez les opérateurs, Free a augmenté le forfait data de ses plus petits forfaits mobiles (passant de 50 Mo par mois à 1 Go par mois jusqu’à au moins fin avril) et prévient que ses boutiques sont fermées et que les interventions d’un technicien programmées peuvent être reportées ou annulées en fonction de l’évolution de la situation. Orange, pour sa partie professionnelle, annonce avoir « augmenté les capacités de ses réseaux et de ses plateformes de services. Ces mesures permettent actuellement de soutenir l’augmentation exponentielle des besoins et des usages. Le nombre d’utilisateurs connectés au réseau de leur entreprise en télétravail a en effet augmenté de 700 % chez ses clients. Pour permettre à chacun de télétravailler dans de bonnes conditions, Orange Business Services a ainsi doublé la capacité de connexions simultanées sur ses plateformes. L’usage de solutions de collaboration à distance telles que la vidéoconférence explose également, avec une augmentation des usages allant de 20 à 100 % selon les solutions. En France uniquement, les équipes terrain gèrent en plus 130 opérations clients supplémentaires par jour pour augmenter les débits de leurs connexions Internet ou à leurs data centers. » Côté grand public et télétravailleurs, l’opérateur précise : « Le trafic voix mobile a fortement augmenté et a été multiplié par deux. Pour y faire face, nous avons réajusté quelques paramétrages, en particulier au niveau de l’interconnexion entre opérateurs. »

Côté éditeurs ou prestataires de services, certains ajustent leur offre :

– Zoho offre Remotely, sa suite de 11 logiciels de travail collaboratif jusqu’au 1er janvier 2020 ;

– Autodesk et Adobe proposent des réductions ou des reports d’abonnement ;

– TeamViewer, le logiciel de prise en main à distance, précise qu’il ne contrôlera pas l’usage qui est fait des licences gratuites de son produit.

Au fur et à mesure que la situation évolue dans le monde, de nouvelles adaptations apparaissent. Pour autant, il vaudrait mieux songer à prévoir de façon plus pérenne l’usage du télétravail en entreprise. La pandémie actuelle n’est sûrement pas la dernière qui frappera notre planète, et il faudra y adapter les plans de continuité d’activité. Y compris en repensant l’infrastructure informatique et le système d’information des banques et du secteur financier, pour répondre de manière plus ordonnée à des besoins de télétravail accrus.

 

[1] http://www.revue-banque.fr/banque-detail-assurance/breve/covid-19-les-syndicats-reclament-une-meilleure-pro.

 

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