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Les acteurs du Forex veulent mettre de l’ordre sur leur marché

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Promouvoir un marché des changes « robuste, juste, liquide, ouvert et transparent » : tel est l’ambitieux objectif du code de conduite mondial publié le 25 mai par les représentants publics et privés des 16 centres majeurs du forex. Ambitieux car le secteur est gangrené depuis près de quatre ans par les scandales. Manipulation de cours, collusion sur la fixation du benchmark de référence – le WMR de 16 heures à Londres –, fixation de marges commerciales indues, abus sur la pratique du « last look »… des malversations qui ont mis à l’épreuve la confiance dans ce marché de 5 000 milliards de dollars. Selon Reuters, elles ont déjà coûté 10 milliards de dollars d’amendes à une dizaine de banques internationales. Le 24 mai, c’était au tour de BNP Paribas d’être condamnée à verser 350 millions de dollars pour solder une enquête du superviseur new-yorkais. Pour mettre de l’ordre, le FX Global Code nouvellement créé a dégagé 55 principes généraux touchant à l’éthique, la gouvernance, la conformité, les procédures de confirmation d’ordres… Il s’adresse à tous, acteurs du sell comme du buy side en passant par les banques centrales. « Le change au comptant n’est pas une classe d’actifs comme peuvent l’être les actions ou les dérivés. C’est un prix relatif entre deux devises. C’est un marché qui n’est pas régulé à l’échelle globale. Le code de conduite a cherché le plus petit dénominateur commun entre les pratiques d’une multiplicité d’acteurs et de pays », explique Cédric Beaurain, responsable mondial trading spot G-10 chez Société Générale CIB et membre du groupe de travail de la BRI qui a planché pendant deux ans sur ce projet. « Plus le code est prescriptif, plus facilement il peut être contourné », a également justifié Guy Debelle, gouverneur adjoint de la banque centrale australienne et président du groupe de travail. L’adhésion sera par ailleurs sur base volontaire. De quoi vider le code de toute substance ? Cédric Beaurain n’y croit pas : « Les institutions financières devraient rapidement s’y conformer à partir du moment où une banque centrale ou un investisseur institutionnel exige de ne travailler qu’avec des teneurs de marché adhérant au code. Elles ne prendront pas le risque de se retrouver dans le processus “name & shame” qui va certainement s’engager. » La Banque de France a déjà marqué son soutien au code. « Le code devient une norme commune reconnue par le marché et son infraction, si elle n’est pas directement sanctionnable, sera vraisemblablement prise en compte par les tribunaux, que ce soit pour juger des institutions ou les opérateurs eux-mêmes », anticipe Cédric Beaurain. Les banques ont de 6 à 12 mois pour mettre à jour leurs codes internes et leurs procédures de conformité et d’audit. Cette initiative d’autorégulation public-privé pourrait faire des émules sur d’autres métiers éclaboussés par les scandales, comme celui des taux.

 

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