Intelligence artificielle : l’Avènement des Machines de Martin Ford, enfin traduit

L’ouvrage du futurologue américain Martin Ford, qui vient d’être traduit en français, délivre une vision sombre des effets de l’intelligence artificielle sur le monde de l’emploi.

Martin Ford

L'auteur

Pour en savoir plus

image
  • L’Avènement des machines

    L’Avènement des machines

Revue de l'article

Dans son ouvrage l’Avènement des machines [1], Martin Ford, spécialiste des conséquences économiques de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, dresse un constat très sombre sur l’avenir de notre économie et de l’emploi, suite à l’automatisation toujours plus grande des tâches dans notre société, tant par des robots physiques que par des logiciels. À l’heure où le Big Data, le Smart Data, l’intelligence artificielle et les chatbots semblent faire rêver toutes les entreprises du secteur financier à tous les échelons, cette lecture fait l’effet d’une douche froide. À l’heure de sa traduction en France, cet essai datant de 2015 semble déjà dépassé et cela n’en est que plus effrayant. Que dit-il ? Tout simplement qu’à mesure que la technologie augmente et se développe, la part restant pour l’emploi dans la population se réduit de plus en plus. Et surtout que ce ne sont pas seulement les emplois les moins qualifiés qui pâtiront de cet état des choses, mais également de nombreux cols blancs.

Des emplois menacés

Dans la banque, cela signifie que tous les postes sont à terme menacés, du conseiller clientèle en agence au trader, ou au gestionnaire de fortune privée. En effet, avec les développements actuels en matière de machine learning (ou apprentissage machine), d’analyse des données structurées ou non structurées et autres, les machines (logicielles comme robots) pourront à terme remplacer tous les postes. Il suffit de voir ce que réalise déjà Watson, le service d’IBM, en matière de relation clientèle et de conseil à l’investissement pour le constater. De plus, la tendance actuelle de notre économie fait qu’il n’y a plus de raisons économiques viables de préférer un emploi humain, ou même une collaboration à long terme entre humain et machine, à l’automatisation totale des tâches. Les investissements à mesure que les briques sont de plus en plus facilement accessibles (service de traduction en ligne, cloud computing pour louer de la puissance machine de calcul, outils de reconnaissances faciales à bas coût comme le Kinect de Microsoft, etc.) sont de moins en moins importants. Et une grande partie du développement est déjà faite bénévolement, gratuitement et sans le savoir, soit par les employés eux-mêmes en alimentant les outils d’analyses Big Data de leurs sociétés, soit par l’ensemble des internautes. Ainsi, les systèmes de Captcha qui font retaper une suite de chiffres ou sélectionner des photos pour accéder à un service Web aident les logiciels à améliorer leurs capacités en reconnaissance graphique ou visuelle.

Pas de solution en vue

Martin Ford souligne que ce problème n’est pas récent. Il a été déjà abordé une première fois aux États-Unis par le rapport « Triple Révolution », commandé par le président Johnson et présenté devant le congrès en mars 1964. Pour autant, aucune solution à court ou à long terme n’a été trouvée. Et et c’est le reproche que l’on pourrait faire à ce livre : Martin Ford n’en propose aucune non plus. Après avoir prévenu à longueur de chapitres que la formation et l’éducation ne suffiront pas à éviter le chômage de masse, et que de nombreux employés sont désormais surdiplômés par rapport aux besoins réels de leur poste, Martin Ford propose à court terme… une meilleure formation des employés via les MOOC. Et à long terme, comme filet de sécurité pour ceux qui ne pourront plus être employés, une rustine comme le revenu de base universel.

 

[1] Martin Ford, L’Avènement des machines – Robots et intelligence artificielle : la menace d’un avenir sans emploi, FYP éditions, 356 pages, 22 euros?

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet