Téléphonie mobile

Le Z10 sauvera-t-il Blackberry ?

En changeant de nom, RIM devenu Blackberry a ​également changé de système d’exploitation. Et le premier modèle de ​l’ère nouvelle a même abandonné le clavier physique cher à la marque. Ces modifications seront-elles suffisantes pour séduire à nouveau les entreprises ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°760

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Précurseur dans le monde des smartphones, Blackberry (anciennement RIM ou Research In Motion) a longtemps été le chouchou des entreprises en leur permettant de contrôler finement les informations circulant sur ces téléphones. Las, l’émergence de nouveaux rivaux – comme l’iPhone d’Apple et les différentes versions d’Android – a donné un coup de vieux aux téléphones Blackberry. La société a donc décidé de tout remettre à plat : nouveau nom, nouveau système d’exploitation et nouveaux modèles. Cela suffira-t-il à relancer la société ?

Le premier modèle de la nouvelle génération, le Z10, ne manque pas d’atouts, mais il ne conviendra peut-être pas aux utilisateurs les plus exigeants du monde de l’entreprise.

Le système d’exploitation

Le Z10 est le premier téléphone de Blackberry à utiliser le nouveau système d’exploitation maison, Blackberry 10. A priori, l’interface ne change pas beaucoup par rapport à un iOS ou à un Android, avec différentes applications accessibles d’un clic. La version de base – hors connexion à un serveur d’entreprise – propose d’ailleurs des applications particulièrement utiles, comme DocstoGo pour ouvrir, éditer ou créer des fichiers compatibles avec Microsoft Office directement de son terminal, et Box ou Dropbox (compatible avec les offres pour entreprises de ce dernier), qui permet de synchroniser ses documents entre différents appareils. Dans le monde professionnel, l’atout le plus évident est le mode Balance, accessible uniquement si Blackberry Entreprise Server 5.0.3 et Blackberry Mobile Fusion sont disponibles dans le service d’information. Ce mode permet à l’entreprise de contrôler les téléphones à distance et de garantir la protection des données de l’entreprise par rapport aux applications tierces ; et à l’utilisateur de passer d’un simple glissement de doigt d’un usage professionnel à un usage strictement personnel de son téléphone.

En revanche, Blackberry a choisi de changer la gestuelle classique d’un smartphone. Ainsi, pour quitter une application ou une page d’accueil, il faut remonter brusquement le doigt vers le haut du téléphone. Sur n’importe quel site de réseau social ou de microblogging, ce geste permet normalement de remonter son fil d’actualité, l’utilisateur doit donc s’y reprendre à plusieurs fois. Le reste de la gestuelle est aussi peu intuitif au premier abord, même si l’habitude se prend assez vite. De la même façon, au cours de la frappe, la reconnaissance d’écriture propose différents mots possibles à envoyer d’un glissement de doigt directement vers l’application. En théorie, le système reconnaît également peu à peu à quel type de vocabulaire correspond chaque application (langage professionnel sur LinkedIn, plus familier sur Facebook par exemple), mais lors des tests, les erreurs et approximations étaient aussi fréquentes au bout de trois semaines d’usage qu’au premier jour. Les notifications sont certes très pratiques (messages Blackberry, texto, notifications sur Facebook ou Twitter), mais elles sont souvent inutiles : est-il bien nécessaire de se faire biper pour confirmer que Twitter a réussi à envoyer un message ?

Le matériel

S’il est plus fin que l’iPod et plutôt léger, le Z10 est surtout très grand (130 mm de longueur) pour un écran tactile de 4,2 pouces et 16 Go de mémoire. L’ensemble se prend facilement en main, mais dès qu’il faut écrire, il est souvent préférable de reprendre son téléphone à deux mains, ce qui n’est pas du tout obligatoire avec un iPhone ou avec la majorité des smartphones sous Android (sauf le Galaxy Notes de Samsung). Qualitativement, l’écran est d’une bonne tenue, même en plein soleil, et le capteur photo est l’un des meilleurs du marché.

Quelques points se révèlent plus gênants. Ainsi, pour accéder à l’emplacement microSD, il faut soulever la protection arrière et la batterie. Plus désagréable, la durée de vie de la batterie est trop légère pour un véritable usage professionnel. Si Blackberry annonce 10 heures dans ses spécifications, lors des tests, le téléphone n’a jamais dépassé les 6 heures pour un usage basique (téléphone, envoi de message, et connexion à Internet via Facebook et Twitter, plus quelques photos prises pour les journées les moins chargées) ; en utilisation intensive (avec ajout de la 4G et utilisation de DocstoGo et d’outils de synchronisation, plus lecture de vidéos courtes), il atteint même difficilement les 4 heures !

Les applications

Désormais, le nerf de la guerre des smartphones réside dans le nombre d’applications disponibles. Le BBWorld, à la manière de Google Play ou d’iTunes Stores, vend non seulement des applications, mais aussi des jeux ou de la musique (avec un onglet dédié à chaque fois), mais il n’est pas encore aussi étoffé que ses concurrents les plus connus. Il revendiquait pourtant fin mars plus de 100 000 applications, la plupart étant des portages d’applications déjà existantes dans l’ancien système d’exploitation ou provenant d’Android (les deux systèmes d’exploitation ont un noyau commun Linux). La plupart des éditeurs attendent de voir si la plate-forme est réellement viable pour développer des applications en natif.

En conclusion

S’il est plutôt bien conçu et continue à assurer des fonctions de partage bien délimité entre vie professionnelle et vie publique, le Z10 souffre de défauts de jeunesse assez gênants qui pourraient l'empêcher d'incarner le renouveau de Blackberry. Une autonomie vraiment trop juste et une interface capricieuse à prendre en main ne satisferont pas les utilisateurs les plus exigeants. Le prix, 599 euros TTC sans abonnement, semble surévalué par rapport aux capacités techniques du téléphone.

 

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