Les métiers de l’IT évoluent-ils beaucoup dans la banque ?
Les métiers de l’IT se transforment depuis des années, mais chez Société Générale, on peut voir une véritable accélération depuis un an ou un an et demi. De nouveaux métiers émergent et prennent une ampleur de plus en plus forte. Je pense à tous les métiers de la data : les Data Scientists, Data Engineers, Data Architects… D’autres métiers évoluent et prennent une place plus importante, notamment les métiers de la cybersécurité : dans un contexte global de multiplication des attaques, nous faisons preuve de la plus grande exigence pour garantir la sécurité des données de nos clients. Certains métiers émergents sont pour le moment en phase de test chez nous. Nous expérimentons pour voir quels types de métiers mettre en place à l’avenir pour répondre à quels besoins. Par exemple, face au développement de l’Intelligence artificielle (IA), nous aurons besoin d’experts et de spécialistes en étroite relation avec les métiers pour analyser comment l’IA peut leur être utile.
L’autre élément majeur qui a révolutionné la manière dont nous travaillons, c’est la méthode agile. Chez Société Générale, nous avons commencé dès 2010 à travailler avec la méthode agile, plus transversale, moins hiérarchisée, et nous n’avons cessé de la déployer depuis. Auparavant, nous fonctionnions davantage en silo. Nous créons, le temps d’un projet, des équipes qui fonctionnent en méthode agile, qui réunissent des représentants des métiers, des développeurs et des software ingénieurs. Dans ces équipes, il y a un nouveau rôle, le « coach agile », qui va être le garant de la méthode, veiller à la communication entre les différentes parties prenantes de l’équipe. Cette méthode change le rôle des chefs de projet, qui ne travaillent plus comme avant et deviennent des animateurs des équipes agiles. Le rôle des managers est totalement transformé.
Quelle proportion des équipes travaille en mode agile et où se trouvent-elles ? Aux Dunes ?
Nous avons des équipes qui travaillent en mode agile aux Dunes, mais aussi à la Défense, à Bengalore en Inde, où nous avons une grande présence dans les métiers de l’IT, à Bucarest en Roumanie ou encore aux États-Unis ou en Asie.
Nous avons différentes maturités au sein du groupe, selon les métiers. Dans la banque d’investissement, les équipes d’informatique ont commencé à travailler en méthode agile depuis longtemps et ont pour objectif que 80 % des développements se fassent avec cette méthode en 2020. Dans la partie infrastructures, nous avons commencé à travailler en méthode agile en 2017-2018, et il y aura 20 % d’équipes qui fonctionneront comme cela à fin 2018, avec l'objectif de continuer à progresser, sans viser nécessairement les 100 %, car tout ne s’y prête pas.
Aujourd’hui, nous avons 500 ou 600 personnes en France qui travaillent en méthode agile au sein de l’IT, sur 1 000 personnes qui font du développement, ce qui nous place peut-être un peu en avance sur ce sujet, par rapport aux autres groupes. Concrètement, nous accompagnons les collaborateurs qui ne sont pas encore passés à la méthode agile pour qu’ils montent en compétences ou nous recrutons à l’extérieur des personnes qui ont déjà ces compétences.
Y a-t-il des métiers nouveaux liés au digital ?
Aujourd’hui, nous allons chercher des profils un peu différents de ce qu’on a l’habitude de rechercher en termes de métiers bancaires. Le métier de Data Scientist, qui émerge depuis peu de temps, consiste à traiter des data, les structurer et les organiser pour identifier un usage.
Nous utilisons ces nouveaux métiers pour faire des choses un peu différentes. Pour prendre un exemple, nous sommes en train de travailler sur la maintenance préventive. Il s’agit d’utiliser les data pour identifier en amont une panne potentielle, par exemple dans un système informatique. Nous utilisons aussi les compétences des Data Scientists en matière de cybersécurité, pour identifier et corriger les failles qui peuvent exister.
Combien de personnes occupent ces nouveaux métiers et combien seront-elles à l’avenir ?
Aujourd’hui, nous avons plus de 500 personnes expertes de la data dans le groupe. Ce nombre va continuer à se développer mais pas de manière trop importante, car les systèmes informatiques font de plus en plus de progrès, et il faudra compter sur l’IA qui va permettre des traitements des données de façon de plus en plus rapide, automatisée et intelligente. Il y aura d’autres métiers émergents qui vont aussi progresser. Nous sommes aujourd’hui en train de tester beaucoup de choses, dans différents domaines comme la réalité virtuelle, le machine learning… pour voir si les concepts sont pertinents dans notre univers. Nous nous demandons par exemple quels usages nous pourrions faire de la réalité augmentée dans notre environnement. Cela pourrait être intéressant en termes d’expérience client par exemple.
La transformation des métiers est-elle vraiment plus importante qu’auparavant ?
Il s’agit surtout d’une évolution très rapide des métiers de l’informatique. Nous travaillons désormais différemment, donc nous avons besoin de compétences différentes. Nous utilisons deux termes : l’upskilling, qui signifie que l’on monte en compétences, et le reskilling, qui signifie que l’on change de compétences et de métier. Aujourd’hui, dans la banque, nous avons beaucoup plus d’upskilling que de reskilling.
Société Générale fait-elle des efforts de formation particuliers dans ces domaines ?
Nous faisons un accompagnement en matière de formation de trois manières : des formations classiques ; des e-learning et des Mooc ; et beaucoup d’accompagnement des équipes in situ. En effet, en termes de compétences, ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas demain et les gens doivent donc apprendre à se former tout au long de la vie.
En France, nous avons un mouvement de recrutement très important. Nous recrutons 900 personnes chaque année dans la filière IT qui compte dans le groupe Société Générale 13 000 personnes en international, dont environ la moitié en France. Et pour l’année 2018, en France, nous cherchions à recruter 150 profils dans la data.