Le rôle du CDO : de la norme à l’innovation dans la gestion des données

Créé le

26.05.2020

La direction pilotée par Pejman Gohari s’appuie sur deux piliers : un pilier « régalien », pour établir un cadre normatif de gestion de la donnée, et un pilier « innovation », pour valoriser les données au travers de cas d’usage développés pour les métiers de la banque.

Quelle est votre mission en tant que CDO de Bpifrance ?

J’ai deux casquettes. Une casquette régalienne, avec pour objectif de fixer un cadre normatif pour gérer les données, qu’il s’agisse de celles de nos clients, de nos partenaires, ou nos propres données en interne. Le cadre normatif établit comment les données peuvent être utilisées et transformées. Nous expliquons qu’il faut avoir un dictionnaire de données et une traçabilité de la donnée. il faut pouvoir identifier d’où vient cette donnée, quelle est sa qualité et quelles sont les modifications qui lui ont été apportées.

L’autre casquette est celle de l’innovation, de la valorisation des données. Dans une société de services comme la nôtre, la donnée est un actif clé. Il faut la connaître, savoir où elle se trouve, la répertorier, la cartographier et ensuite comment générer une valeur pour l’ensemble de ses corps de métiers. La donnée doit ainsi être sous-tendue par un usage, qui peut être de type défensif : reporting, gestion de risques, contrôle, pilotage de l’entreprise, ou un usage plus offensif : une campagne marketing, générer un PNL sur tel ou tel actif. C’est un vrai changement de mentalité, de ne plus raisonner uniquement en termes d’application, mais aussi d’actifs de données qui concourent à des usages.

Ces deux casquettes sont nécessaires si on veut créer de la valeur : si on arrive avec une seule casquette régalienne et un cadre normatif, sans être capable d’expliquer pourquoi il est nécessaire et les bénéfices que chacun peut en tirer, puis sans aider les métiers à mettre en place les nouveaux usages, la démarche ne crée pas d’adhésion auprès des responsables métiers. La donnée est un actif stratégique de l’entreprise et en tant que CDO j’incarne et déroule cette stratégie.

Comment se positionne le poste de CDO dans l’entreprise ?

Le CDO est un rôle très transversal parce que la donnée est un actif commun à toute l’entreprise, qui circule dans tous les métiers. Il est important d’être régulièrement en contact avec les patrons de chacune des activités mais aussi avec la direction générale pour suivre et comprendre la valeur qu’ils génèrent, leurs besoins, leur stratégie autour de la donnée. La stratégie permet de savoir comment prioriser nos actions car le temps et les ressources sont limités.

Au-delà nous nous impliquons beaucoup auprès de nos correspondants, appelés des data owners et data managers ; ces collaborateurs ne nous sont pas rattachés, mais notre rôle est de les convaincre que dans leur métier, leurs données leur appartiennent, qu’ils en sont responsables, qu’ils doivent y consacrer du temps pour s’assurer de leur qualité.

Autre caractéristique, le CDO est l’agent d’une transformation perpétuelle au sein de l’entreprise, car il faut faire vivre la donnée et la faire évoluer, être continuellement à jour alors que les technologies et usages avancent à une cadence incroyable. Le challenge est de savoir comment adapter cette transformation perpétuelle dans notre rôle d’orchestration entre les différents acteurs.

Comment êtes-vous organisé ?

Ma direction est rattachée à la DSI. Concrètement, j’ai une direction avec une équipe qui travaille sur la gouvernance des données, un département qui est une data factory, c’est-à-dire une usine de production pour différents cas d’usage métier, un département qui est la plateforme data & IA pour mettre à disposition des données à travers ce que nous appelons les comptoirs de données, et y développer les cas d’usage data science, dataviz et API, une équipe dédiée aux usages référentiels des données et enfin un département nommé IAlab et centré sur la Data Science.

Pourquoi l’IA vous est-elle rattachée ?

C’était ma conviction forte et profonde dès le départ : l’IA et la data sont fortement corrélées. On ne peut pas mener une stratégie uniquement de valorisation sur la partie IA, sans avoir fixé les fondamentaux du côté data. Une bonne IA a besoin des données, de beaucoup de données, à la fois de qualité et disponibles. La donnée et l’IA sont liées et une direction Data & IA incarne cette réalité. J’ai donc souhaité combiner les deux et nous sommes aujourd’hui plusieurs CDO à ouvrir la voie de la Data/IA et à valoriser les usages des données.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº845