Quelles sont les conséquences pour les consommateurs du grand chamboulement de l’industrie des moyens de paiement ?
Deux éléments majeurs les touchent en priorité : l’accroissement rapide de la concurrence tout d’abord, qui est bénéfique pour les utilisateurs de moyens de paiement, consommateurs ou entreprises. Elle se traduit par le développement d’offres nouvelles comme celles des banques en ligne, fondées sur la gratuité des cartes en échange d’un dépôt d’un certain montant. Elle est également encouragée par l’avènement du Sepa, c'est-à-dire d’un modèle de paiement commun à toute
Autre facteur déterminant : les nouvelles technologies, qui portent notamment sur l’élaboration des moyens de paiement adaptés à Internet, mais concernent aussi le développement futur des paiements sans contact ou par téléphone mobile…
Existe-t-il véritablement un besoin des utilisateurs français pour des moyens de paiement européens ?
Ces besoins sont diversifiés, nombreux et ils s’accroissent. D’une part, il s’agit de remplacer le chèque en constante régression ; d’autre part les particuliers consomment et voyagent plus, et ils achètent de plus en plus sur Internet. Les cas de figure sont innombrables : louer un appartement à des étudiants étrangers ; gérer les abonnés d’une revue… c’est pour répondre à ces besoins que nous avons travaillé par exemple sur le débit direct, ce n’est pas une lubie technique.
Les utilisateurs veulent aussi le meilleur prix pour des moyens de paiement performants. Si la diminution du chèque a ravivé chez certains la crainte de voir un report vers les espèces, le coût de gestion de ces dernières a probablement été dissuasif pour les commerçants qui souhaitent avoir des moyens de paiement scripturaux adaptés. Dans cette perspective, il est important d’assurer l’avenir des paiements par carte quel que soit le cadre réglementaire concurrentiel.
Il faut également envisager des instruments adaptés aux paiements de petit montant, qui sont les plus fréquents. C’est la raison pour laquelle
Globalement, l’objectif est de fournir des moyens de paiement adaptés et concurrentiels. Les technologies modernes s’y prêtent particulièrement bien. Il faut à présent que chacun puisse définir sa stratégie dans le cadre européen global : c’est pour cela que Christine Lagarde a demandé à Georges Pauget et à moi-même de travailler sur l’avenir des
Qu’en est-il de la sécurité des nouveaux moyens de paiement ?
Les Français, consommateurs et professionnels, mais aussi les pouvoirs publics et la Banque de France sont très attachés à la sécurité des paiements pour celui qui paye, pour celui qui est payé, et pour les opérateurs, établissements de crédit ou de paiement. Ils y sont tout aussi attachés en ce qui concerne les paiements par Internet. Et ils sont prêts à en assumer le coût. Il existe un fort consensus en France sur ce point, peut-être plus que dans d’autres pays.
Que devient le TIP qui n’est pas un moyen de paiement européen ?
Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) travaille actuellement sur ce point. L’administration souhaite le conserver, de même que certains grands facturiers comme les opérateurs dans la téléphonie, car même s’il est relativement résiduel, il peut être un substitut au chèque. Nous allons examiner ce point lors de notre session du mois de juin et nous prononcer probablement pour le maintien du TIP, en obtenant une dérogation comme cela peut se faire pour des moyens de paiement qui n’ont pas d’impact au niveau européen.
Quelles sont les propositions des banques concernant le virement électronique de proximité ?
La dernière réunion du CCSF a été l’occasion de faire le point sur les projets en cours. Remarquons qu'il existe déjà des systèmes fondés sur un fonctionnement mêlant virement et carte, comme Paypal qui est très utilisé. Les banques étudient le moyen de répondre à cette concurrence : s’agit-il de construire des systèmes autonomes et fermés dans lesquels seuls les abonnés participent ? Ou faut-il jouer la carte de l’interbancarité, avec des systèmes en architecture ouverte qui fonctionnent avec tous les commerçants ?
La position européenne sur les commissions d’interchange ne fragilise-t-elle pas le scénario fondé sur l’interbancarité ?
Il est certain que la question des commissions interbancaires doit être clarifiée, ce qui devrait être le cas dans des délais assez rapides, compte tenu des négociations en cours avec l’Autorité de la concurrence et des orientations données par la Commission européenne. En attendant, on peut comprendre les réticences des banques à aller de l’avant, compte tenu de ces incertitudes et des investissements lourds à réaliser dans ce domaine.
L’interbancarité à la française est un avantage dont les consommateurs ne se rendent pas compte en France car ils l’ont toujours connu et n’ont expérimenté aucun autre système. Ils s’apercevront de ses avantages quand elle se trouvera diminuée, ou si elle disparaissait.
Les consommateurs français pourraient-ils être amenés à supporter des coûts qui aujourd’hui ne leur sont pas facturés ?
C’est une question de répartition du prix du moyen de paiement entre le consommateur, le commerçant, la banque : qui paye ? Quand les consommateurs paient par carte, ils ne supportent aucun frais lors du passage à la caisse puisque le surcharging est interdit en France alors qu’il se pratique dans beaucoup de pays. En revanche, les consommateurs français paient pour l’achat de la carte. Le coût moyen des packages est en moyenne plus élevé que dans les autres pays européens. Que préfère-t-on ? Pour l’heure, les consommateurs sont hostiles au surcharging car ils doutent que son introduction provoque une baisse du coût des cartes.
Certains établissements proposent déjà des cartes gratuites…
Sont-elles vraiment gratuites s’il faut, pour en bénéficier, s’engager à déposer 20 000 euros sur un compte ? Cet argent ne dort pas pour tout le monde ! Il n’y a pas de services sans coût. En revanche, une demande générale dans le domaine de la tarification serait une meilleure transparence. Il ne s’agit pas de donner tous les détails sur le fonctionnement des dispositifs de paiement, qui sont d’une grande complexité, mais de savoir qui paye quoi, et pourquoi…
Que répondre à ceux qui estiment que Sepa n’apportera rien au système français des paiements qui est satisfaisant en l'état ?
Tout système doit évoluer. Dans la société d’aujourd’hui, ouverte vers l’extérieur, celui qui ne bouge pas se fait avaler par les autres. La dimension européenne permet de développer non seulement l’activité des moyens de paiement, mais aussi de faire valoir nos technologies, en les exportant ailleurs, et l’activité économique en multipliant les échanges de façon sûre, avec des moyens de paiement certifiés. Dans ce contexte, notre industrie des paiements est capable de se situer au plus haut niveau.