Démocratisation de la data

« Rendre la donnée accessible à n’importe quel collaborateur »

Créé le

26.05.2020

Ludovic Favarette détaille sa mission de Chief Data Management Officer (CMDO) au sein de la direction en charge du digital et de la data du groupe BPCE. A la tête du pôle « gouvernance et démocratisation de la donnée », il travaille en pas de deux avec le deuxième pôle de la direction « Usages avancés de la data et IA ».

Quelle est votre mission en tant que Chief Data Management Officer (CDMO) ?

Dans le groupe BPCE, Yves Tyrode, directeur général, est depuis 2016 en charge du digital et de la data pour le groupe : il est à la fois Chief Data Officer et Chief Digital Officer du groupe. Dans cette organisation autour de la data, Yves Tyrode chapeaute deux pôles :

– le pôle « Usages avancés de la data et IA », piloté par Frédéric Burtz, qui prend en charge le développement de cas d’usage liés à la data, c’est-à-dire la valorisation de nos données avec les nouvelles technologies de la data science, intelligence artificielle et machine learning ;

– le pôle « Gouvernance et démocratisation de la data » que je pilote en tant que CDMO.

Le premier volet de ma mission sur la gouvernance des données intervient en amont de l’intervention de Frédéric Burtz sur les cas d’usage. Il inclut non seulement la prise en compte des aspects réglementaires, mais aussi la coordination des acteurs de notre groupe mutualiste pour aller dans le même sens sur les sujets liés au travail sur la donnée. Il est très centré sur la mise en place de dispositifs de mise en qualité des données. Car si on veut que les cas d’usage fonctionnent, il faut s’appuyer sur des données de qualité, connues, harmonisées et référencées !

Les deuxième et troisième volets de ma mission se situent en aval du développement des cas d’usage, quand les travaux de data science ont été menés.

Il s’agit d’abord de rendre la donnée accessible à n’importe quel collaborateur pour qu’il puisse « consommer » sa donnée, créer ses reportings, et valoriser sa donnée en information. C’est ce que nous appelons le projet d’accès à la donnée, avec notamment un projet phare qui est celui de data visualisation que nous déployons au niveau du groupe.

Le troisième volet de mon activité est l’acculturation, la formation et la montée en compétences des collaborateurs dans leur connaissance des enjeux liés aux data. Concrètement, il s’agit de former les experts qui travaillent tous les jours sur la donnée, dans des métiers comme le marketing, les risques ou le contrôle de gestion. Nous leur délivrons des formations de très bon niveau, certifiantes, diplômantes, pour qu’ils deviennent des « méga experts ». Ensuite, nous nous appuyons sur ces « méga experts » pour acculturer tous les autres collaborateurs, leur faire comprendre de façon très pragmatique quelle sera la valeur ajoutée des projets liés à la data dans leur quotidien, pour leur faire gagner du temps ou en pertinence dans leur métier.

Pourquoi cette organisation, dans le groupe BPCE, avec votre pôle qui intervient en amont et en aval de celui dirigé par votre collègue sur le développement des cas d’usage ?

Frédéric et moi avons des profils complémentaires. Les profils, dans son pôle de data science, nécessitent des compétences techniques d’ingénieur. Mon profil et mon parcours sont ceux d’un banquier. Je revendique mon ADN de banquier, mais qui comprend les sujets de la data et va pouvoir valoriser le développement des cas d’usage et en assurer la mise en marché et le succès auprès des utilisateurs finaux dans les métiers. C'est une direction à deux dimensions, une dimension plutôt technique, experte et high tech, et une dimension plutôt métier, qui est focalisée sur l’accompagnement des utilisateurs.

Concernant le deuxième volet de votre mission, que signifie, concrètement, donner accès aux données ?

Il s’agit de démocratiser l’accès aux données pour tous les collaborateurs, pour qu’ils puissent en comprendre les usages et leur utilité. L’accès aux données consiste à présenter des données et les valoriser auprès d’un public qui n’a pas accès aux outils ad hoc, qui ne sait pas extraire une donnée avec une requête SQL par exemple pour les mettre en forme dans un fichier excel. Il s’agit de mettre à sa disposition un reporting où sont présentés des indicateurs très intuitifs en termes de lecture et de le former sur l’utilisation de ce rapport. Nous créons de nouveaux usages de la donnée et, ce faisant, nous créons de la valeur pour nos collaborateurs qui sont alors plus enclins à s’intéresser à la donnée, à sa collecte et à sa mise en qualité. Cela crée une dynamique.

Où en est aujourd’hui votre mission d’acculturation à la valeur des données ?

Il reste encore un énorme travail à mener pour que tout le monde comprenne ce qu’est une donnée, à quoi elle sert, pourquoi il faut la saisir correctement, et quelle valeur ajoutée cela aura dans le temps. Cela prendra du temps et il nous faudra une grande humilité, mais il existe une vraie intention dans notre groupe de faire de la data un actif qui permet de faciliter la vie pour le client, en lui apportant les meilleures solutions au meilleur moment, et pour les collaborateurs, pour simplifier leur vie au quotidien. C’est notre leitmotiv : que gagnons-nous pour le client ? et pour le collaborateur ? Cela crée une vraie adhésion du projet autour de la data et mon objectif, dans ce projet autour de la donnée, est d’embarquer le plus de monde possible.

Comment travaillez-vous avec les DPO qui interviennent, comme vous, principalement sur les données ?

Dans beaucoup d’entreprises, les DPO et les Data Managers Officers (DMO) ne se connaissent même pas. Nous avons au contraire créé des animations collectives, réunissant les DMO et les DPO pour qu’ils connaissent mieux leurs missions respectives et parviennent à mieux travailler ensemble. Nous les avons fait « plancher » sur des plans d’action communs, pour avoir une approche cohérente et pragmatique. Un des principaux assets de la banque aujourd’hui, c'est la confiance que nos clients nous accordent. Il ne faut pas mettre en place des actions qui peuvent casser cette confiance. L’enjeu, pour les CDMO et les DPO, est que la valorisation des données se fasse dans le respect du RGPD et des préconisations sur l’éthique. En constituant des binômes entre DMO et DPO, nous parvenons aujourd’hui à traiter ces sujets quasi naturellement dans le groupe.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº845