Digitalisation

« Remettre le don au cœur de la vie quotidienne »

Créé le

29.07.2019

HeoH  digitalise les dons en installant ce service sur les moyens et infrastructures de paiements les plus utilisés, comme les TPE, le paiement en ligne ou des bornes de paiement autonomes. L’entreprise accorde une attention particulière à la sécurisation des transactions.

Quelle est l’activité d’HeoH ?

HeoH veut contribuer à un financement innovant du monde de l’intérêt général qui affronte aujourd’hui une triple crise. En premier lieu, la collecte de dons ne s’est pas digitalisée : 75 % du volume des dons aux associations sont collectés sous forme de chèques, et comme toute activité non digitalisée, elle peut se mettre en péril. Ensuite, les subventions de l’État puis des collectivités territoriales qui constituent une source de financement extrêmement importante, ont considérablement diminué au cours des dernières années. Enfin il faut compter avec les impacts collatéraux de la politique fiscale : disparition partielle de l’ISF, prélèvement à la source… Ainsi, pour la première fois en 2018, le volume de dons a baissé, après une baisse du nombre de donateurs en 2017. HeoH propose de digitaliser le financement de l’intérêt général en s’appuyant sur une approche multicanale. Parce qu’à travers ces différents canaux, il est possible de créer plusieurs points de rencontre, et ainsi remettre le don dans divers moments de la vie quotidienne des individus.

Quelles solutions proposez-vous ?

Ma stratégie consiste à utiliser les moyens de paiement mis en place dans l’interbancaire français et de leur rajouter une couche de générosité. Notre plateforme fait ainsi le pont entre le monde des paiements et celui de l’intérêt général. Nous sommes ainsi partenaires de nombreux acteurs de la sphère bancaire et interbancaire en France, comme le GIE Carte Bancaire, Visa, BPCE, Crédit Mutuel CIC, BNP Paribas… Le GIC Carte Bancaire par exemple promeut actuellement le paiement par chatbot et nous avons donc construit ensemble une solution de don sur chatbot. Nous avons également conçu une solution de don par SMS même si ce n’est pas une solution de paiement très utilisée par les Français, ainsi qu’une solution de crowdfunding.

Mais globalement, nous avons quatre principales familles de solutions en matière de dons.

La première est le don sur terminal de paiement, qui peut être déployé tant chez un commerce de proximité que dans une grande enseigne. Le commerçant choisit l’association qu’il souhaite promouvoir et les modalités du don, qu’il peut d’ailleurs éventuellement doubler.

La seconde solution est le don en ligne. Certaines solutions proposent aux consommateurs de rajouter dans leur panier d’achat un produit de don. Mais beaucoup de commerces y sont réticents car cela peut gêner la fluidité du parcours, un élément essentiel pour que la transaction soit finalisée. Pour éviter ce risque, notre solution de don en ligne intervient en revanche, après le parcours d’achats proprement dit et après l’étape de paiement du commerçant, en rejouant une transaction sur la page de paiement.

Viennent ensuite les bornes de dons qui permettent de payer par carte bancaire, en sans contact, Paylib, Apple Pay… Placées dans les églises, les aéroports, les hôpitaux, les sièges sociaux, les sites touristiques, elles correspondent à la digitalisation des dons en cash. Pour certaines d’entre elles, dans des circonstances où le montant moyen du don était supérieur à 250 euros, nous avons rajouté le contrôle du code de la carte pour pouvoir dépasser le plafond du sans contact. Nous avons eu la surprise de constater que le don moyen dans ces bornes est passé de 7 à 40 euros, et que beaucoup de donateurs, même lorsque le montant versé ne le justifiait pas, utilisaient le code. Cela montre que les donateurs sont très sensibles à la sécurisation de la transaction et que lorsqu’ils sont rassurés sur ce point, ils donnent plus.

La dernière famille, complémentaire aux deux précédentes, qui est actuellement testée et sera déployée en fin d’année, est la carte bancaire co-brandée affinitaire, qui s’adresse à une communauté. Notre première carte bancaire est co-brandée avec le GIE Carte Bancaire et Visa et permet à son porteur de garder son compte en banque ; les achats seront débités sur son compte bancaire tous les mois ou tous les jours, elle peut être co-brandée avec une marque humanitaire ou commerciale, mais surtout elle présente une fonction qui permet de faire des dons selon des modalités fixées par le porteur de la carte. Il peut par exemple décider que pour chaque achat, il donnera 25 cts pour l’association partenaire de son choix ; ou chaque fois qu’il va au restaurant, il reverse 50 cts pour une association de lutte contre la faim. Il peut cependant interrompre le service à tout moment. Nous avons monté une petite banque en ligne grâce à laquelle nous communiquons au porteur son relevé de carte sur la plateforme et le montant de ses dons et nous nous sommes rendu compte qu’il était très important de mettre à disposition du consommateur un plafond global de dons qu’il fixe à sa convenance et au-dessus duquel la fonction don est automatiquement désactivée.

Cette carte est sortie en partenariat avec la BPCE et la BRED, et tourne pour le moment à petit volume. Elle sera commercialisée à grande échelle début 2020 avec de premières associations de renom, qui ont confirmé leur volonté de lancer ces cartes sur leur base de donateurs. Une autre variante de cette carte est de les co-brander avec des banques ou des néo-banques.

Comment gérez-vous les contraintes réglementaires liées aux activités de paiement ?

Nous avons fait un choix réglementaire drastique, car nous voulons que l’association finale soit le réel bénéficiaire de la collecte de dons. Nous estimons que la sécurité des transactions est essentielle tant pour les associations bénéficiaires que pour les donateurs et qu’un don doit être traité dans les mêmes règles de sécurité que n’importe quel autre paiement. Nous avons donc demandé un agrément de l’ACPR en tant qu’établissement de paiement, ce qui nous permet de collecter pour compte de tiers ou de donner un mandat de collecte pour compte de tiers. L’ACPR nous a demandé une caution et des garanties bancaires qui couvrent, à l’euro près, tous les fonds qui n’ont pas encore été reversés aux associations, et qui permet de garantir que même en cas de défaillance, frauduleuse ou économique du commerçant ou du collecteur, chaque euro sera bien reversé à l’association concernée.

Les terminaux présentent tous les soirs leurs transactions bancaires en compensation, et nous retransmettent l’information de tous les dons réalisés. Chaque don est tracé unitairement par notre technologie. En ce qui concerne les dons en ligne sur des sites de e-commerce, nous veillons à ce que la transaction soit réalisée sur une page sécurisée et que le don bénéficie de la même sécurité que le paiement de l’achat. Sur nos bornes de dons, nous respectons scrupuleusement les normes et standards du GIE Carte Bancaire et tous nos flux sont gérés par des banques françaises et bénéficient, comme d’autres formes de paiement, des garanties de l’interbancaire français.

Qu’en est-il des réglementations antiblanchiment ?

Nous avons un comité de déontologie qui assure des due diligences très rigoureuses pour sélectionner les associations et les commerçants partenaires. Nous effectuons un KYC sur chacune et chacun d’entre eux. Pour les donateurs, nous nous appuyons sur le KYC de l’émetteur de carte. De plus, nous sommes contrôlés par l’ACPR, compte tenu de notre statut, mais aussi par nos banques partenaires : l’une d’entre elles par exemple nous a imposé d’interdire les cartes prépayées sur les bornes de dons.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº835