Réseaux sociaux

Quand la vie privée en ligne met à mal la relation professionnelle

Melopan

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°821

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Avec la viralité des réseaux sociaux, il est parfois difficile de garder une frontière étanche entre vie personnelle et vie professionnelle. Faut-il pour autant que les débordements – légaux – de la première vous coûtent la sécurité de la seconde ? À cette question hautement philosophique, la banque suisse UBS a répondu oui. Mi-avril, l’un de ses employés, connu de façon personnelle sur Twitter sous le pseudonyme de Melonpan (@MeidocafeR), a annoncé avoir été licencié par son employeur. En effet, il a refusé de passer en privé (donc n’étant pas indexé par Google et les autres moteurs de recherche) son compte personnel sur sa passion des mangas hentai où il se met en scène de façon explicite (mais encore une fois totalement légale et avec un avertissement déconseillant l’accès aux moins de 18 ans) et qu’il porte donc atteinte à l’image de son employeur. Toutefois, contrairement à d’autres affaires similaires, Melonpan n’a jamais mentionné nommément son employeur lors de ses différentes activités sur les réseaux sociaux ni, à l’inverse, intégré sa passion à son activité professionnelle. Si l’affaire se produisait en France, la légalité d’un tel licenciement amènerait certainement des discussions intéressantes devant les tribunaux. En effet, en droit français, le licenciement ne peut s’appuyer sur un motif lié à la vie personnelle que si celui-ci crée un trouble objectif dans l’entreprise ou s’accompagne d’un manquement à l’obligation de loyauté vis-à-vis de l’employeur : était-ce le cas ici ?

En attendant, une première réponse passe sans doute par une éducation aux réseaux sociaux et à leurs risques. Dans notre enquête parue dans Revue Banque n° 810 [1], Jean-Marc Ouvré, responsable du community management à la Société Générale, rappelait la nécessité d’une formation en interne pour prévenir les incidents : « Énormément de monde peut passer par la Société Générale, y compris des stagiaires de troisième. Nous nous sommes aperçus que les jeunes ne faisaient pas attention au caractère public de leurs tweets. Ils ne maîtrisent pas vraiment leur propre e-réputation, et nous embarquent dans cette incertitude. Depuis 2012, nous diffusons huit petites vidéos très courtes, pour dire franchement les choses, pour leur expliquer que ce qu’ils vont publier peut donner une mauvaise image de leurs propres vies professionnelles. » Une solution qui peut s’étendre à l’ensemble des salariés.

 

[1] « Réseaux sociaux – Quelles solutions pour contrer le bad buzz? », Revue Banque n° 810, p. 51.

 

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