Plan de carrière : Aalya Ghouli, Chef de l’inspection générale, BMCI (Groupe BNP Paribas)

Ouvrir la voie

Dans un domaine où la présence masculine reste largement majoritaire, Aalya Ghouli a été une pionnière au Maroc.

L'auteur

  • Ghouli
    • Chef de l'inspection générale
      BMCI (Groupe BNP Paribas)

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°797

Désintermédiation : qui veut prendre la place des banques ?

Pionnière dans la filière de la finance ?

J’ai fait partie de la toute première promotion de l’ENCG (voir Encadré) où je me suis spécialisée en finances. Par la suite, j'ai intégré Dauphine, pour suivre un cursus sur la gestion des entreprises dans les pays en voie de développement. J'ai démarré ma carrière chez PwC, spécialisée dans le secteur bancaire et financier ; puis j’ai rejoint la Banque Centrale du Maroc (Bank Al Maghrib) en tant que chef de mission de contrôle sur place (inspection). Je suis donc restée dans la même filière mais en passant de consultante à une mission de régulateur, avec beaucoup plus d'engagement… et surtout de soucis de conformité. Pendant mon passage à Bank Al Maghrib, j'ai aussi eu l'opportunité de faire partie d'une cellule créée pour accompagner la mise en place des normes IFRS au sein des banques. J’ai par la suite rejoint la BMCI pour prendre le poste de chargée de mission auprès du secrétaire général sur Bâle II, puis responsable de la Direction du contrôle et de la surveillance des risques sur le volet risque de crédit corporate et retail. Il s’agissait cette fois d’appliquer les réglementations au lieu de les émettre ! Enfin, l’opportunité s'est présentée en 2015 d’être la première femme à prendre la responsabilité de l'Inspection générale du Groupe BMCI.

Combien de femmes au Comex ?

Nous sommes six femmes pour un total d'une quinzaine de personnes. À l’image du Groupe BNP Paribas, notre président du directoire est très sensibilisé sur la question de la parité, la promotion des femmes et leur présence au niveau des instances décisionnelles.

Quelles qualités pour s’imposer dans cette voie ?

La pugnacité, dans le sens où je suis persévérante et déterminée et je vais jusqu'au bout, même si c’est parfois désagréable. L’intelligence émotionnelle : pour chaque situation, il faut s'adapter, être agile et comprendre les enjeux et le contexte pour bien interagir.
Je suis toujours dans l'anticipation plutôt que de me satisfaire du présent ; ce qui peut être épuisant parfois pour mes équipes ! C'est un trait de caractère qui peut être assimilé à de l'impatience dans certaines situations. C’est pour cela que j'essaie de trouver un équilibre entre vision, anticipation et une capacité à m’asseoir pour prendre du recul, être à l'écoute de mon entourage et réfléchir à tête reposée. Enfin, l’humilité, mais pas faussement : il faut être humble par conviction.

Quel défaut à maîtriser ?

Mon côté « rebelle ». J’ai besoin de mon indépendance intellectuelle, mais il me faut un leadership pour me contenir, un manager qui fasse le poids en face de moi, sinon je suis un électron libre. D'où cet équilibre au niveau de l’inspection : je bénéficie d’une grande autonomie pour mener à bien mes missions, mais je dépends également du comité d'Audit du Conseil de surveillance auquel je rapporte.

Qu'est-ce que la réussite pour vous ?

La capacité à se remettre en question pour ne jamais se satisfaire de sa réussite ; se dire qu’il reste encore du chemin à parcourir. La réussite n'est jamais absolue, elle reste très relative.

Quelle interaction avec les autres ?

J'accorde énormément d'importance à l'humain et espère que dans chacun de mes postes, j'ai pu apporter un « chouia » en plus dans le contact avec mes équipes, que ce soit professionnel, managérial ou même personnel.

J’essaie aussi de détecter les personnes de qualité parmi mes collaborateurs : j'ai par exemple recommandé au CESB l’un d’entre eux, qui me semble avoir un fort potentiel. Selon une métaphore d’un professeur en psychologie à l’ESSEC, je cherche à « tenir la porte à l'autre ».

Vous pensez aussi à votre « filleule » [1] ?

Bien sûr ! Zhour continue à suivre ses études dans une université privée ; elle est très intelligente et je suis très fière d’elle.

Capable de déconnecter complètement ?

Oui. Je suis convaincue que nul n'est indispensable, surtout si on peut s’appuyer sur une équipe autonome, avec une bonne délégation. J’ai pleine confiance en la capacité de substitution des personnes.

Des perspectives ?

Je suis preneuse, autant pour mes collaborateurs que pour moi, de formations managériales. Souvent, dans l'esprit commun, un inspecteur est considéré comme un super-technicien ; c’est aussi un chef de mission, qui doit gérer les équipes.

Sur un plan plus personnel, je souhaite continuer à évoluer, à être mobile. Après 17 ans passés dans les métiers de contrôle, j'aimerais accéder à d’autres fonctions comme, par exemple, la responsabilité d’un centre de profit.

Quel bilan aimeriez-vous faire dans dix ans ?

Je serais satisfaite et fière de pouvoir me dire que j'ai su atteindre un équilibre en tant que femme active, mère, épouse, parce que je suis ambitieuse mais qu’en même temps, j'attache énormément d'importance à ma famille.

 

Interview menée avec la participation de Lynda Robillard, Directrice DALink, Gwenaël Dewit, DZ Avisory, et Ilhame Znagui, DZ Advisory.

 

 

[1] Aalya Ghouli est marraine d’une étudiante, dans le cadre d’un programme qui consiste à soutenir un jeune boursier par un accompagnement moral et pédagogique et lui permettre d’acquérir les fondamentaux du monde du travail, ndlr.

 

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