L’open banking désigne essentiellement l’arrivée, dans le monde bancaire, de principes ayant déjà transformé en profondeur d’autres industries. Selon cette approche, des organisations diverses peuvent offrir et consommer toute une série de services informatiques directement utilisables par des applications (par opposition à des êtres humains). Cela se fait au travers
On peut considérer les services offerts au travers d'API comme des blocs de construction qui permettent d’assembler plus rapidement de nouveaux produits. Ce n’est pas juste une tendance à la mode, mais le résultat d’une évolution conjointe des organisations et de la technologie au cours des deux dernières décennies.
Du côté des métiers, on est parti d’une réflexion stratégique pour améliorer la compréhension de la création de valeur et des modèles commerciaux avec, à la clé, des changements profonds au niveau de la sous-traitance et la création de centres de services partagés.
Du côté de la technologie, on a assisté au développement de modèles de réutilisation de plus en plus avancés, avec aujourd’hui une attente de la part de la dernière génération de développeurs de pouvoir construire des offres logicielles de plus en plus rapidement, en assemblant des blocs existants. C’est une tendance qui a démarré sur le terrain avec la réutilisation de fonctions simples issues du monde du logiciel ouvert, et a évolué vers la réutilisation aisée et standardisée de fonctionnalités avancées, développées, maintenues et opérées par d’autres.
Aujourd’hui, dans nos vies quotidiennes, nous sommes déjà consommateurs de fonctionnalités qui font appel à ces services standardisés. Les exemples ne manquent pas, sur nos smartphones notamment : la géolocalisation, les comparateurs de biens ou de services, la possibilité de s’enregistrer sur un site ou une application via un compte de réseau social, etc.
Dans le monde de l’entreprise, les API permettent d’intégrer plus facilement des applications, et surtout de ne pas avoir à développer indépendamment ni assurer la maintenance de technologies qui n’offriraient aucun avantage concurrentiel.
L’enjeu est majeur au niveau mondial et de nombreux pays définissent des cadres réglementaires. L’Europe, bien sûr, avec la deuxième directive sur les services de paiement (DSP2), mais également le Royaume-Uni, Singapour, le Japon, Hong Kong, etc. La philosophie de la DSP2 est essentiellement d’encourager l’innovation et la collaboration entre banques et sociétés de technologie pour améliorer le niveau de service offert aux consommateurs. Pour les sociétés concernées, la préoccupation centrale, quasi existentielle, est la création de valeur.
Des entreprises intégrées verticalement
La plupart des banques sont encore aujourd’hui des entreprises intégrées verticalement, c’est-à-dire possédant l’essentiel des capacités nécessaires pour fournir un service à un utilisateur final, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un particulier. Le mouvement de fond de l’open banking est de remettre en question cette verticalité et de proposer un modèle d’intégration horizontale où différents acteurs spécialisés collaboreront autour de chaînes de valeurs repensées.
Les questions que l’on doit se poser sont les suivantes :
- Quel est mon métier ? Comment puis-je me différencier ?
- Comment puis-je mieux me concentrer sur mon cœur de métier ?
- Avec qui puis-je collaborer pour maximiser les débouchés pour mes services ?
- Et pour améliorer mes propres services ?
Les budgets informatiques sont largement consommés par la conformité, les contraintes sans cesse accrues de sécurité et également l’évolution technologique permanente (migrations sans nouvelle fonctionnalité métier).
Se concentrer sur le cœur de métier
Dans une logique d’open banking, le coût d’opportunité de maintenir des systèmes propres devient prohibitif. En même temps, ces approches offrent un environnement favorable pour se délester de fonctionnalité informatique ne faisant pas partie du cœur de métier. Nous nous retrouvons donc dans un contexte global extrêmement favorable à la mutualisation et au développement de services partagés afin de supporter ces aspects non concurrentiels.
Les services partagés d’industrie (industry shared services) représentent l’évolution naturelle de plusieurs tendances convergentes. Tout d’abord, beaucoup d’entreprises ont mis en place ces dernières années des services partagés en leur sein. La standardisation technologique des modèles de services distribués (les API en sont la face visible) et l’émergence du cloud computing permettent effectivement d’opérer centralement ces services et de les déployer avec une empreinte technologique très
De par sa structure coopérative – la forme juridique de SWIFT est une société coopérative dont les coopérants sont les banques –, sa neutralité, son envergure mondiale, ainsi que son rôle phare dans la standardisation, SWIFT s’est penché très tôt sur le sujet.
On peut distinguer deux grands types de services partagés d’industrie : ceux qui sont directement exposés aux clients des banques et ceux qui ne le sont pas. Les filtres de
Une plate-forme comme MyStandards, d’autre part, a pour vocation d’exposer aux entreprises des fonctionnalités communes à toutes les banques, dans ce cas précis des services de conformité aux formats d’échanges de messages électroniques.
Mutualiser les coûts pour les fonctions peu différenciantes
Les services communs exposés aux utilisateurs finaux présentent un double avantage dans une logique de simplification d’industrie :
- du point de vue des entreprises servies par les banques, en particulier les multinationales multi-bancarisées, l’existence de ces services partagés permet une expérience unique au-delà des spécificités de chaque banque. Cela permet non seulement une expérience utilisateur unifiée et familière, mais également – et cela est encore plus important dans un contexte d’open banking – la possibilité d’intégrer ces fonctionnalités d’une manière commune ;
- du point de vue des banques, nous retrouvons les avantages des services partagés, la possibilité de se concentrer sur son cœur de métier, et de mutualiser les coûts pour les fonctions non- ou très peu différenciatrices commercialement.
La maintenance de référentiels d’industries – que ce soit pour les données de référence opérationnelles (SwiftRef), pour les données de connaissance du client (KYC Registry) ou pour les données de sécurité (Customer Security Programme Attestation) – relève toujours de la même logique de partage et de mutualisation.
Toutes les questions autour de la gestion d’identité et de signatures électroniques sont un autre grand sujet critique dans l’industrie, coûteux, et offrant peu de valeur directe à l’utilisateur final. Dans ce domaine, SWIFT a développé 3SKey, une solution d’identification électronique multi-banque, en suivant la même logique.
La logique d’open banking ne va faire qu’accroître les coûts d’opportunité induits par le maintien des solutions propres pour des sujets non-cœur. Ce qui aujourd’hui peut encore se justifier, car légèrement différenciant commercialement, ne le sera peut-être plus dans le futur. Dans ce contexte, une réflexion profonde au sein de l’industrie sur ces possibilités de mutualisation est nécessaire et nous sommes très enthousiastes, dans la communauté SWIFT, pour aider à la mener.