Offre de paiement

Le métier des paiements, bouleversements et opportunités

Créé le

16.05.2011

-

Mis à jour le

31.05.2011

Avènement du Sepa, fin du monopole des banques, rupture des usages, technologie innovante : les banques doivent repositionner leurs offres et réétudier leur modèle économique dans l’activité des paiements. Un domaine dans lequel Crédit Mutuel Arkéa entend rester un acteur majeur, comme le montrent le rachat en 2009 de Monext et le renforcement de sa stratégie d’offres en B to B.

Quels sont les éléments qui impactent le plus les activités des paiements ? La réglementation ? Les nouvelles technologies ?

Je mentionnerais quatre points. Le premier point est l’évolution réglementaire, issue de Sepa, mais également de tout ce qui touche à l’évolution des schèmes monétiques (liens directs avec Mastercard et ​Visa Europe en particulier). La nouvelle Directive des systèmes de paiement (DSP) permet en outre à des concurrents européens de s’implanter en France.

Ensuite, les modèles économiques sont à réinventer : la pression est très forte concernant les commissions interbancaires dont la ​Commission européenne souhaite sinon la disparition, tout au moins une forte diminution. En France, c’est déjà le cas pour le chèque : il n’y a plus de commission interbancaire depuis ​2007. Les revenus des activités liées au paiement diminuent. Pourtant, ce métier nécessite des coûts de fonctionnement importants, sans compter les investissements réguliers, nécessaires pour ​lutter efficacement contre la fraude. De plus, les banques offrent aux commerçants la ​sécurité des paiements. Il va donc falloir faire évoluer le modèle.

Mentionnons également une rupture des usages : nous étions dans un monde relativement stable, avec des cartes, des chèques, des prélèvements et des virements… Or, de nouveaux instruments arrivent et vont modifier la façon dont réagissent les clients. C’est le cas du téléphone mobile. Même ​si l'expérience de paiement par mobile NFC à ​Nice n'est pas encore ​à la hauteur du battage médiatique, cette évolution est en marche. Des acteurs importants (opérateurs cartes et télécoms, banques, géants des nouvelles technologies) mènent déjà des expériences de paiement mobile aux États-Unis. Les Smartphones, mobiles dits « intelligents », peuvent sans difficulté fonctionner avec une application de paiement embarquée. Cette rupture des usages est réelle, mais elle nécessite du temps. Elle ne concerne pas toute la population et sera multiforme : la carte ne va sûrement pas disparaître, le chèque sans doute un jour.

Enfin, le marché est en restructuration car l’industrie du paiement n’est plus uniquement le sujet des banques à réseau traditionnelles. Déjà, les banques filiales de la grande distribution se sont fortement implantées dans ces activités, avec des réussites dans la transformation des cartes privatives en cartes de paiement. Parmi les nouveaux acteurs, se trouvent également les banques en ligne qui ont fait de la carte gratuite un axe important de conquête ; les opérateurs téléphoniques se sont alliés pour créer un nouvel établissement et proposer des solutions de paiement via le mobile. Des acteurs européens arrivent en France depuis la ​DSP et le fameux passeport.

Quels sont vos scénarios sur le futur modèle économique des moyens de paiement ?

Pour le prélèvement, la Commission européenne souhaite supprimer les commissions interbancaires à l'horizon 2013 ou ​2015. Jusqu’à présent, pour chaque prélèvement ​effectué, des commissions étaient payées par la banque du facturier à la banque de son client, mais cette commission pouvait masquer le coût technique de traitement de la transaction. Désormais, le vrai coût du traitement sera visible pour le facturier. À cela s’ajoute la gestion du mandat qui sera maintenant à la charge du facturier. Celui-ci peut déléguer cette gestion aux banques ou à d’autres acteurs, mais il devra payer pour cette prestation. Il y a donc une opportunité de délivrer des services à valeur ajoutée, avec cependant la difficulté de devoir vendre cette prestation à des clients peu habitués à cette présentation des coûts pourtant adossés à des services (archivage, signature électronique, mandat…).

Pour les opérations par cartes, les accords passés par les autorités européennes avec Visa et Mastercard ou les procédures menées actuellement en France par ​l’Autorité de la Concurrence donnent la tendance : nous allons vers une baisse sensible des taux des commissions interbancaires en France. Les commissions commerçants et les revenus liés à l’utilisation des cartes bancaires ​risquent de baisser. En conséquence, il faudra offrir de nouveaux services à nos clients pour compenser cette baisse des revenus.

Par ailleurs, le chèque, selon des enquêtes récentes, ne devrait pas disparaître en France. Il n’enregistre pas de baisse significative en termes d’usage. Auprès de la clientèle de notre groupe, qui est un peu moins urbaine que la moyenne, la baisse annuelle ne dépasse pas 2 %. Les coûts du traitement d’un chèque risquent d’augmenter au fur et à mesure de la baisse de son utilisation, compte tenu de la nécessité de maintenir les outils techniques. En termes d’espèces enfin, la baisse n’est pas non plus significative.

Comment faire en sorte de réduire les moyens de paiement comme les chèques ou les espèces dont la gestion coûte cher aux banques ?

Nous attendons pour le moment la transposition la directive sur la monnaie électronique et souhaitons que les autorités de tutelle ne créent pas de distorsion de concurrence entre des opérateurs installés dans les pays européens voisins. Aujourd’hui, il est très simple d’ouvrir un porte-monnaie électronique dans des établissements installés en Belgique ou ​au Luxembourg. Une banque française doit pouvoir offrir une solution similaire avec le maximum de fonctionnalités et de sécurité.

Dans quel délai cette transposition de la directive sur la monnaie électronique doit-elle intervenir ?

Initialement fixée au 1er mai, elle devrait intervenir à l’automne. Il faut prendre conscience en France des risques d’évolution du modèle global des paiements. Nous avons une industrie du paiement puissante et il ne faut pas perdre cette avance. Si nous ne faisons rien, d'autres acteurs ​comme Paypal, ​qui ont déjà pris une part ​des paiements sur ​Internet vont ​continuer à se développer. Or aujourd’hui, ce sont des paiements qui échappent aux banques.

Comment les banques peuvent-elles conserver leur leadership en matière de paiement ?

Vis-à-vis des nouveaux entrants, nous avons une politique originale : nous pouvons les voir comme des concurrents, mais aussi comme des partenaires. Ces établissements ont besoin de solutions techniques. Nous nous sommes donc positionnés en tant que prestataires de services. Du coup, leurs flux transitent par nos systèmes. Ainsi, notre structure pivot, créée en ​2009 pour vendre des produits ​B to B en marque blanche, Procapital Banking Services, a comme clients plusieurs nouveaux établissements de paiement français, aussi bien émetteurs qu’acquéreurs.

Quelle est l’évolution ​de vos offres de services de paiement ?

Conformément à la réglementation, nous avons adapté nos infrastructures pour pouvoir traiter des virements SCT et des prélèvements SDD. Les SCT qui ont démarré début 2008 sont aujourd’hui en forte progression ​en France depuis que l’administration a décidé de migrer vers ce nouvel instrument ​en début de l’année dernière. Quant au SDD, hormis quelques transactions que nous nous échangeons entre banquiers pour vérifier que le système fonctionne correctement, il y a peu de flux franco-français échangés. Il faudra du temps pour que les clients s’intéressent aux nouveaux moyens de paiement européens, car les avantages qu’ils en retirent ne leur semblent pas évidents. Ainsi, les banques se voient imposer des obligations très contraignantes en termes de délai, qui ne correspondent pas forcément à des attentes marquées de leurs clients.

Pour les cartes, les évolutions touchent, par exemple, à leur personnalisation, comme nous le proposons à tous nos clients sur leur carte de paiement. C’est un axe marketing qui semble répondre à de réelles attentes des porteurs qui souhaitent s’approprier leurs moyens de paiement. Ce phénomène ne se constate pas uniquement dans le secteur bancaire : la Poste personnalise désormais ses timbres, les constructeurs automobiles laissent aux clients le choix des couleurs…

Côté chèques, nous avons mis à disposition de nos clients la fonctionnalité « chèque en ligne ». Cette solution permet au client, depuis le site de banque en ligne, de faire adresser par courrier, un chèque pour le paiement d’une prestation à un destinataire, pour lequel il ne dispose pas de coordonnées bancaires.

La croissance des services en ligne et de la vente de produits numériques (musique, jeux, presse, vidéo​…) est constante. Elle suppose des moyens de paiement adaptés à ce modèle économique (micropaiement) mais aussi à une ergonomie appropriée dans le cadre d’une consommation en mobilité. En ce qui nous concerne, notre offre Pay2you est une réponse au marché dont les plus jeunes sont demandeurs. Basé sur un porte-monnaie électronique rechargeable dans sa nouvelle version, Pay2you est adapté au paiement en ligne (via Internet ou un mobile) mais aussi en proximité (Carte bancaire) dans un contexte sécurisé et sécurisant pour les parents.

Aujourd’hui, il faut donner au client la possibilité de payer quand il veut, où il veut et le plus facilement possible. Un porte-monnaie virtuel bien construit doit parvenir à faire la passerelle entre le monde de l’Internet et la proximité. Cela est techniquement possible avec le smartphone. Beaucoup de start-up s’intéressent au sujet. Reste la nécessité que ces systèmes soient si possible interopérables en Europe… c’est la difficulté de demain.

N’y a-t-il pas un problème de modèle économique entre banques et opérateurs téléphoniques ?

La tendance est déjà celle d’une diminution des revenus sur les paiements, si les banques doivent louer des cartes SIM pour y loger leur application de paiement, cela ne va pas améliorer la situation. De plus, la répartition des rôles entre les banques et les opérateurs téléphoniques reste encore à clarifier. Pour autant, nous participons activement à toute initiative permettant de faire progresser ce dossier dans le cadre des appels à projets des territoires leader du sans contact.

Les cartes prépayées suscitent des commentaires, notamment sur leur sécurité. Qu’en est-il exactement ?

L’important pour le porteur est de connaître quel est l’acteur qui gère la carte et dans quel contexte réglementaire. Le risque est faible s’il s’agit d’une banque ou d’un établissement agréé en France, mais de nouveaux acteurs étrangers arrivent sur le marché, et ils n'offrent peut-être pas le même niveau de sécurité qu’une banque française !

De plus, ces acteurs qui interviennent déjà sur ce créneau sont relativement chers : plus généralement, les tarifications des cartes préchargées sont largement supérieures à celles des cartes bancaires classiques. Ces cartes préchargées répondent souvent à un marché de niche.

Selon vous, des banques traditionnelles vont-elles organiser des rapprochements avec ces nouveaux acteurs ?

Il existe beaucoup de nouveaux acteurs, mais ils ne disposent pas encore de part de marché significatif. L’évolution pourrait être assez semblable à celle constatée dans le monde des titres. Dans ce domaine, le monopole des banques a disparu dans les années 1990, ce qui a provoqué l’apparition des brokers en ligne. Aujourd’hui, ils existent toujours mais sont devenus des filiales de banques : Fortunéo pour Crédit ​Mutuel ​Arkéa, Cortal chez BNP Paribas, Boursorama et la Société Générale… ​Déjà, beaucoup de ces nouveaux acteurs discutent leurs rapprochements avec des établissements bancaires…

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº292