Le groupe Crédit Agricole distribue depuis peu l’offre Kwixo, conçue par FIA-NET Europe. Quelles sont ses spécificités par rapport aux nombreux produits de paiement innovants annoncés ces derniers mois ?
Kwixo a été lancée au mois de juin 2011 par FIA-NET Europe. Le premier volet de l’offre permet de payer ses achats sur Internet, grâce à un identifiant largement connu : un numéro de téléphone portable ou une adresse mail ; cette démarche évite la ressaisie de l’ensemble du dispositif de carte bancaire. Cette phase de la transaction, que les Américains appellent le « check out », devient ainsi extrêmement courte. Les e-commerçants analysent de façon très fine le « tunnel de vente », c’est-à-dire ce qui se passe entre le moment où un client arrive sur un site Internet et celui où il le quitte, après avoir effectué (ou non) un achat. Dans cette chaîne, la phase de paiement est critique : plus le paiement est fluide et plus la perspective de vendre est forte. Kwixo est donc à la fois une offre de simplicité pour le consommateur et de performance pour le e-commerçant. En outre, il comprend une offre quasi-exclusive de paiement après réception. C’est une façon de rassurer le consommateur et de renforcer sa confiance dans le e-commerce.
Le second volet de l’offre permet de transférer de l’argent entre particuliers, par exemple pour rembourser une somme, renflouer ses enfants partis en voyage… Le processus est fondé sur le même impératif de fluidité et de rapidité de la transaction : l’internaute s’identifie par son numéro de téléphone ou par son adresse mail, indique son mot de passe et effectue le transfert d’argent souhaité en donnant le numéro de téléphone du bénéficiaire. Ces opérations sont réalisables à la fois sur Internet et Internet mobile, mais également sur les téléphones mobiles ou les tablettes.
Une caractéristique qui différencie notre offre est que nous ne stockons pas l’argent. D’autres solutions vous obligent à ouvrir et alimenter un compte pour effectuer une opération : la transaction sur Kwixo se fait directement à partir ou vers la carte bancaire du destinataire. Le système est complètement ouvert.
Quel est votre public cible ?
Cette offre est ouverte aux clients de toutes les banques françaises. Il n’est pas nécessaire d’être client du groupe Crédit Agricole pour s’inscrire. La seule différence est que nos clients peuvent être débités sur leur compte, alors que seul le débit sur la carte bancaire est proposé aux autres.
Concernant les achats sur Internet, en termes de profil d’utilisateurs, la cible est très large : pour l’ensemble des internautes, il est plus rassurant de ne pas transmettre l’intégralité des données de sa carte bancaire à chaque achat.
Le concept de transfert d’argent entre particuliers est très novateur, mais complètement dans l’air du temps et dans les attentes des clients. Nous visons plutôt la génération «
Comment le service est-il tarifé ?
Il est gratuit pour le consommateur final, à l’exception des transferts vers des particuliers au-delà d’un certain nombre d’opérations. Le financement se fait au travers de contrats passés avec les e-commerçants qui participent aux frais liés aux paiements. C’est un équilibre global de fonctionnement tout à fait classique.
L’argument qui consiste à chaque transaction de ne pas donner son numéro de carte est certainement très apprécié des consommateurs. Cependant, les transactions sont-elles autant sécurisées ?
Oui. Toutes les informations de type bancaire sont compartimentées et surtout, elles ne circulent pas. Chez FIA-NET, qui est un spécialiste de la lutte antifraude, nous nous sommes aperçus que de plus en plus de fraudes à la carte bancaire se produisent par pénétration à l’intérieur de sites marchands qui stockent des informations de nature bancaire (même si ce n’est pas forcément de manière définitive). Dans notre dispositif, les données bancaires n’atterrissent en aucun cas chez le commerçant. Nous ne sortons pas des circuits ou des normes bancaires. Notre niveau de sécurité est extrêmement élevé. Cela étant, de nombreux acteurs interviennent dans les chaînes de paiement, souvent non bancaires. Je crois qu’en termes de sécurité, il est préférable de faire confiance à des banquiers…
Quels sont vos objectifs en termes d’activité ?
Nous souhaitons avoir 5 millions de clients à l’horizon de 4 à 5 ans.
Vous présentez Kwixo comme une illustration des changements profonds qui interviennent dans le monde des paiements. Pour vous, quelles sont ces grandes tendances ?
Ma vision est plus centrée sur le « consommateur/client final » que sur la technique. De ce point de vue, plusieurs tendances de fond se dégagent.
La simplicité est la première tendance majeure, non seulement dans la banque, mais aussi dans la société tout entière, avec comme mot d’ordre « ne pas se prendre la tête ». Le succès de l’iPhone en est un symbole. La conséquence dans le paiement est de chercher à payer de la manière la plus facile possible, en utilisant des identifiants que l’on connaît.
Cela nous amène vers le « sans contact » qui, dans cet aspect « facilité », est inéluctable. Ceux qui sont les plus avancés aujourd’hui sont sans doute les transporteurs, pour lesquels il ne s’agit pas de paiement, mais plutôt de contrôle d’accès. Mais l’expérience de la
La troisième tendance est l’émergence d’acteurs initialement non bancaires qui veulent investir le secteur des paiements : Google, Apple, Facebook où existe déjà de la monnaie virtuelle… même si la question se pose de la légitimité d’un opérateur de téléphonie à effectuer des opérations bancaires.
Enfin, vient la mobilité qui se traduit parce que l’on appelle les « 3 A » : « Any place, Any device, Any time ». Cela n’est possible qu’avec la M-technologie (smartphone, tablette…). La génération «
Que pensez-vous de la polémique concernant les acteurs à qui il a été reproché de faire agréer leur nouveau moyen de paiement ailleurs qu’en France, par exemple au Luxembourg, en raison de délais moins longs ?
Nous sommes allés au Luxembourg et avons le passeport européen pour être à armes égales avec la concurrence. Mais la différence n’est pas tellement dans le délai requis pour l’agrément, mais plutôt dans la perspective de business qu’ont les Luxembourgeois pour pouvoir opérer de façon compétitive en matière de paiements sur Internet. Il faut pouvoir intervenir dans les mêmes conditions que certains acteurs comme Paypal, qui se lancent avec une force frappe considérable. De plus, le Luxembourg a transcrit toutes les directives européennes en droit luxembourgeois, ce qui n’est pas le cas de la France. Et cette transposition est proche des textes européens, ce qui nous permet d’envisager, à partir du Luxembourg, des développements dans d’autres pays européens, comme la Belgique ou l’Espagne, sans repasser dans des demandes d’agrément spécifique.