Informatique quantique : Un plan à 1,8 milliard d’euros

Suite au rapport remis l’an dernier par la députée Paula Forteza, le président de la République a annoncé le 21 janvier dernier, un plan quinquennal en faveur de l’informatique quantique. Mixant financements publics et privés, il vise à faire de la France, la troisième puissance « au moins » dans ce secteur d’activité.

Plan Quantique

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Revue Banque n°853

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Le 21 janvier dernier, Emmanuel Macron a annoncé son « plan quantique » à savoir un investissement de 1,8 milliard d’euros en faveur des technologies quantiques. Ce plan quinquennal à échelle nationale sera financé pour partie par l’État et des organismes affiliés (1,05 milliard d’euros), par des crédits européens (200 millions d’euros) et par des financements privés (à hauteur de 550 millions d’euros). Ce qui, selon un conseiller de l’Élysée, fera passer la France « de 60 millions d’euros par an » de dépenses publiques pour le quantique à « 200 millions par an, ce qui la placerait à la troisième place derrière les États-Unis et la Chine ». Dans le détail, le plan prévoit de consacrer une enveloppe de près de 800 millions d’euros aux seuls ordinateurs, qu’il s’agisse des premières machines (simulateurs et machines partiellement quantiques pour 350 millions d’euros, comme celui d’Atos [1]) ou de celles qui apparaîtront à plus long terme (ordinateurs quantiques à part entière, 430 millions d’euros). Outre les ordinateurs, d’autres secteurs de développement « quantiques » bénéficieront de ce plan. Si les capteurs ne concernent pas directement le monde financier, des technologies comme la cryptographie (qu’elle soit quantique ou post-quantique) avec ses 150 millions d’euros de budget ou la communication quantique (avec ses 320 millions d’euros de budget) vont impacter directement leurs activités. Selon l’Élysée, les crédits publics annoncés viendront pour moitié du Programme d’investissement d’avenir et pour moitié des différents établissements de recherche impliqués dans le quantique (INRIA, CNRS, CEA…). Le plan quantique doit notamment permettre de financer « une centaine de bourses de thèse et une cinquantaine de contrats post-doctoraux », à laquelle pourra venir s’ajouter « une dizaine d’excellents chercheurs qu’on pourrait faire venir par an », selon un conseiller de l’Élysée. Lors de son déplacement à Paris-Saclay, l’un des trois principaux centres de recherche sur le sujet en France, Emmanuel Macron a précisé : « Nous avons besoin de garder nos talents, et de garder aussi certaines technologies pour ne pas dépendre en particulier des deux grandes puissances internationales (NDLR Chine et USA) qui nous concurrencent » indiquant que garder « la maîtrise complète de cette chaîne de valeur, c’est absolument clef pour garder une recherche libre en permanence, et pour notre souveraineté en matière de savoir-faire et d’applications industrielles. »

D’abord un effort intensif en recherche fondamentale

Pour autant, même si des industriels comme Atos ou Thales se sont déjà réjouis de ce plan quantique en rappelant leurs propres avancées dans ce domaine, ce plan servira surtout à la recherche pure. Il s’agit d’un « effort de R&D intensif » qui doit identifier les pistes technologiques qui « pourraient aboutir à un marché d’ici 5 ans », selon Sébastien Tanzilli, chargé de mission technologies quantiques au CNRS et membre de la task force pilotée par l’État. Les technologies quantiques sont « encore largement une question de recherche fondamentale », selon Sébastien Tanzilli. C’est pourquoi l’État s’entoure des trois grands opérateurs de recherche français concernés — le CNRS, le CEA et l’INRIA — pour définir sa stratégie. « Grâce à son tissu de laboratoires qui maille le territoire national et à son approche pluridisciplinaire, alliant recherche fondamentale, innovation et transfert technologique, le CNRS représente l’atout français majeur pour répondre efficacement aux défis des technologies quantiques de demain, et pour positionner la France au plus haut niveau de la compétition internationale », confirme le chercheur. « Très concret », le plan entend ainsi assurer la souveraineté nationale face aux États-Unis et à la Chine qui investissent massivement, mais aussi face aux géants du numérique (comme Google ou IBM [2]) dont les efforts de recherche se multiplient avec des budgets conséquents et des « résultats de premier plan ». La compétition se forme également au sein même de l’Europe — en particulier le Royaume-Uni et l’Allemagne développent des stratégies propres — malgré un programme Flagship Quantique commun d’un milliard d’euros sur dix ans lancé en 2018. « La combinaison des stratégies d’accélération nationales — par exemple, la mise en place d’un accord entre la France et l’Allemagne — permettrait d’aboutir à des innovations compétitives », assure Sébastien Tanzilli estimant qu’« il y a énormément de forces en France et en Europe ». Aux dires mêmes des chercheurs et des industriels, les premières utilisations pratiques pour le secteur financier du quantique seront d’abord dans le domaine des communications et de la cryptographie avant d’avoir de la puissance de calcul pure. Le premier ordinateur hybride est lui, pour l’instant, attendu pour 2023.

 

[1] Cf Revue Banque n° 851-852, p. 94.

[2] Cf Revue Banque n° 833, p. 46.

 

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