« Il n’y a aucun logiciel libre connu et valable qui adresse le domaine vertical bancaire »

Rencontre avec… François Bessaguet, directeur technique France et responsable offre open source France, et Arthur Engamba, responsable core banking, Steria.

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Revue Banque n°757

Supervision européenne : intégration ou complexification ?

Revue-Banque : Où en sont les banques françaises par rapport à l’open source ?

François Bessaguet : Globalement, elles sont en train de regarder de façon active, mais elles restent encore dans une position attentiste. Dans l’infrastructure, l’exploitation et le support, l’open source n’est pas trop mal avancé, malgré l’existence de systèmes anciens propriétaires comme les mainframes IBM. On voit apparaître du core bankingopen source, avec MyBanco, Cyclos, mais celui-ci n’est pas encore très présent.

Arthur Engamba : Il n’y a aucun logiciel libre connu et valable qui adresse le domaine vertical bancaire. Génériquement, ce sont du core banking et du transactionnal banking : tenue de compte, crédit, opérations interbancaires, change, moyens de paiement, financement des opérations internationales, financement structuré. Ces composants sont denses sur le plan métier et cela demande une vraie expertise pour les traduire en solution logicielle et les faire agir entre eux. Il faut mettre autour de la table un ensemble de compétences qui aujourd’hui ne travaillent pas dans ce sens-là. Il y a des composants d’infrastructures open source, mais on trouve aussi des solutions de synthèses open source (reporting, services généraux). La banque y va plutôt par les couches basses et périphériques.

Y a-t-il de l’espace pour le logiciel bancaire libre ?

Arthur Engamba : Oui, c’est un domaine qui n’est pas mature sur le plan logiciel, libre ou non, avec encore beaucoup de transformations en cours et de la place pour de nouveaux acteurs. Rénover son système bancaire représente un investissement important. Or les coûts de licences représentent un quart des coûts de rénovation globaux. Il y a une vraie place économique pour le logiciel libre. Néanmoins, nous sommes sur des composants techniquement lourds et très peu d’établissements bancaires ont des structures standard. Elles ont été bricolées au fil du temps, suivant leurs besoins, et ce n’est donc pas un modèle propice pour les éditeurs industriels. Le logiciel libre, qui donne un peu plus la main aux acteurs pour le transformer et l’adapter, aurait sa place. Maintenant, il faut construire des solutions solides et une confiance dans des solutions. MyBanco ne fait que de la tenue de compte très basique.

François Bessaguet : Il y a des solutions open source pour faire du microbanking, et elles montent peu à peu en fonction au fur et à mesure des contributions. On pourrait envisager que les banques s’associent, comme pour Swift, pour définir un besoin commun. À un moment, l’open source et le propriétaire vont se mixer.

Qu’est-ce qui attire les banques dans l'open source? Qu’est-ce qui les freine?

François Bessaguet : Le point le plus important, c’est le coût de licence et surtout de déploiement. L’open source est une façon de diffuser le logiciel moins cher ; quant aux coûts d’installation de logiciel et d'exploitation, ils restent les mêmes.

Arthur Engamba : Un autre frein éventuel est le risque : les solutions industrielles ont une réputation et une qualité éprouvée et les premiers qui vont basculer sur le libre vont prendre un risque conséquent. Ce sera un frein psychologique important.

François Bessaguet : Ce frein concerne toute solution nouvelle. Avec en plus le problème du code open, lié au support et à la sécurité. Dans le propriétaire, les failles existent, mais on ne les voit pas. Dans l’open source, on les voit et elles sont corrigées rapidement. Il faut savoir prendre le meilleur des deux mondes. On a un mix dû à la maturation de marché en termes de compréhension du monde open source. Les grosses solutions de Big Data sont de l’open source : Cassandra, Map Review. Il faudrait créer une source open pour le domaine bancaire, comme ses acteurs ont tous les mêmes besoins et tous, plus ou moins, les mêmes solutions propriétaires.

Arthur Engamba : Ce n’est pas la nature du logiciel qui va être déterminante, mais la façon dont le logiciel est structuré et dont il permet le lancement de nouveaux produits. Se mettre d’accord pour créer une solution ex nihilo, je le vois plus dans un modèle anglo-saxon que dans un modèle européen. Il faudrait au moins 5 ans à partir du moment où la chose est décidée.

Propos recueillis par Stéphanie Chaptal
 

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