Ressources Humaines

« Le groupe BPCE représente plus que la somme des entités qui le composent »

Le rapprochement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires a donné naissance en 2009 à un nouvel acteur majeur dans le paysage bancaire français. L'émergence d’une culture d'entreprise commune constitue un challenge, que Jean-Luc Vergne n'a pas hésité à relever. Il fait le point sur le chemin emprunté pour y parvenir.

Avant Seine, siège de BPCE, Paris

L'auteur

  • Jean-Luc Vergne, directeur général Ressources Humaines, membre du directoire de BPCE
    • Directeur général Ressources humaines, membre du Directoire
      BPCE

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  • Le groupe BPCE

    Le groupe BPCE

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°734

Matières premières : la faute aux marchés ?

Le groupe BPCE est né de la fusion de deux groupes à l'identité très forte. Quelles actions avez-vous menées pour faire émerger une culture d'entreprise propre à la nouvelle enseigne ?

La construction d’un groupe ne se fait pas en un jour. Il faut se donner trois à quatre ans de recul au minimum pour savoir si une fusion est réussie. Je préfère demeurer prudent, même si je sais que nous sommes sur la bonne voie. L’important, depuis le départ de ce challenge, c’est le chemin emprunté et les moyens mis en œuvre pour parvenir à notre but. Créer une communauté, une culture commune avec des entreprises, des dirigeants et des équipes qui ont été et sont concurrents sur le terrain et qui affichent des identités fortes nécessite d’accepter une pluralité de vues et souvent une vivacité dans les échanges. Le groupe BPCE représente plus que la somme des entités qui le composent, parce que ensemble, on peut faire mieux que la simple somme des composantes. C’est cette conviction forte, affirmée par François Pérol, qui nous guide.

Parmi les exemples de réalisations concrètes, je vous citerai les premières universités d’été qui se sont tenues fin août 2009, la création du groupe étant officiellement le 31 juillet 2009. Nous avons également adopté une méthode participative pour construire le plan stratégique du groupe fin 2009-début 2010. Dans ce cadre, nous avons sollicité 400 dirigeants et collaborateurs pour un travail par chantiers. Nous travaillons par exemple en mode projet pour les ressources humaines, avec le programme « Efficience RH » : les groupes de travail se répartissent des sujets comme « communication interne », « management », « développement des hommes », « ​gestion des dirigeants », etc. Cette démarche illustrée pour les RH a été mise en œuvre dans tous les métiers.

L’idée n’est pas de présenter un catalogue d’actions mais de faire émerger une culture d’entreprise nouvelle ​qui, ​par définition, évolue chaque jour, et qui se différencie de la culture des Caisses d’Epargne et de la culture des Banques Populaires, sans pour autant les nier.

Vous avez exercé des fonctions de DRH dans d'autres secteurs que la banque. Quelles sont les particularités de cette branche d'activité ?

Je suis arrivé dans un monde bancaire au moment où il était décrié et montré du doigt, critiqué par l’opinion publique, les médias, les économistes… Par rapport à ce que j’ai vécu dans l’industrie, ce qui m’a frappé, c’est que le produit offert par le secteur bancaire n’est pas différenciant. Dans cet univers de service, seule la relation client est l’élément déterminant.

Je suis aussi frappé par la concentration de talents que j’ai rencontrés dans cette activité et je forme des vœux pour que la banque reste aussi attractive pour les jeunes qu’elle l’a été par le passé. Attirer et conserver des éléments de valeur constitue un des enjeux majeurs à relever demain par notre secteur d’activité.

Vous êtes un homme engagé ​: président de l'AFPA [1] et président du Conseil d'administration de l'ANACT [2], vous possédez de solides convictions en matière de formation et de conditions de travail. Dans quelle mesure guident-elles vos choix pour mener le groupe BPCE à être un acteur économique et social responsable ?

Opposer l’économique et le social serait une erreur, il faut tout faire pour les concilier. Partout où je suis passé, j’ai eu à cœur d’appliquer cette conviction. Aucune entreprise ne peut évoluer sans ses hommes et ses femmes, une mutation forcée serait vouée à l’échec. Il faut donc beaucoup écouter et dialoguer.

Depuis la naissance du groupe BPCE, nous travaillons sur les risques psychosociaux, avec la signature d’un accord, d’abord dans les Caisses d’Epargne, ​puis dans les Banques Populaires. Un diagnostic sur le niveau de stress et ses facteurs d'aggravation a été mené. Nous élaborons actuellement des plans d’action pour corriger ce que cette première approche a fait ressortir. Le fait que ce ne soit pas un sujet tabou est important en soi, nous rentrons de facto dans la prévention.

BPCE est partenaire de l'association « Nos quartiers ont du talent ». Quel est l'écho de cette action auprès de vos cadres ?

La « promotion » de parrainage compte cette année 40 membres, et nous nous sommes réunis récemment pour partager le bilan de nos actions. En trois mois, 15 parrains ont vu leur(e) filleul(e) trouver un emploi. Mais même si les autres n’ont pas encore une position stable, notre action en 3 mois leur a redonné confiance. L’expérience est destinée à s’étendre à d’autres parrains, tout simplement parce que c’est un facteur de cohésion de l’entreprise, de compréhension de la jeunesse et des réalités sociales. Voilà un autre exemple de contribution à l’émergence d’une culture commune.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier ?

C’est celle que je ferai demain ! Au-delà de la boutade, je n’en ai pas une, mais plusieurs. Dans ma carrière professionnelle, je me suis beaucoup engagé et j’ai atteint des objectifs qui comptent pour moi, par exemple : avoir réussi des fusions chez Sanofi, avoir développé l’actionnariat salarié chez Elf, et avoir implanté la RSE [3] au niveau mondial chez PSA, ​avec un accord signé par 85 organisations syndicales. Participer à la naissance du groupe BPCE, c’est une formidable « aventure » et une nouvelle étape de mon cheminement personnel.

 

Jean-Luc Vergne Parcours professionnel

Titulaire d'une maîtrise de droit public

DRH de Sanofi de 1987 à 1992

DRH du groupe Elf Aquitaine de ​1993 à 1999

DRH de PSA Peugeot Citroën de 2000 à 2009

Désigné DRH de l'année en 2001 (Classement TMP Worldwilde)

DRH du groupe BPCE depuis juillet 2009

 



Le ​groupe BPCE en quelques chiffres
(au 31 déc. 2010)

8 000 agences

125 000 salariés

36 millions de clients (un Français sur deux est ​client du groupe BPCE)

Propos recueillis par Céline Thomas

[1] Association nationale pour la formation professionnelle des adultes.

[2] Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.

[3] Responsabilité sociale des entreprises.

 

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