Enquête

Green it : L'informatique " verte " ou comment faire plus avec moins

Plus qu’un simple effet de mode ou une conviction profonde, l’écologie s’installe peu à peu au cœur des systèmes d’information pour répondre à des préoccupations économiques. Quitte à bousculer certaines habitudes bien ancrées.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°723

Ressources humaines : à l'épreuve de la crise

En période de vache maigre, l’écologie est-elle un luxe ? Dans le domaine de l’informatique professionnel, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, l’écologie et l’informatique verte (le green IT cher aux Anglo-Saxons)peuvent être sources d’économies non négligeables. Pour autant, les directions informatiques ne doivent pas se laisser séduire par n’importe quelle astuce vendant le côté « vert » de telle ou telle innovation. Outre de nouveaux produits ou logiciels pour mieux administrer ses actifs en fonction de préoccupations environnementales, les réels apports du green IT se situent dans la façon dont on repense sa manière d’utiliser l’informatique, que ce soit au sein du service informatique ou chez les utilisateurs. Pour autant, Christopher Mines, analyste pour le cabinet d’études Forrester, constate qu’il y a un fossé profond entre « la sensibilisation des banques au green IT et la mise en place effective de solutions vertes. La principale motivation reste de loin la recherche d’économie en réduisant ses dépenses électriques. Durant tout le cycle de vie d’un serveur, le prix de sa consommation électrique équivaudra à l’investissement réalisé pour l’acheter ».

 

Un degré en plus, 20 à 30 % d’électricité économisée

La première étape vers le green IT passe donc par le data center, aussi appelé « centre serveurs » ou « centre de données ». C’est dans ces salles informatiques que se multiplient les principales innovations pour consommer moins d’énergie. Agencements en zones à haute densité (regroupant les machines demandant plus d’énergie électrique et dégageant plus de chaleur comme les serveurs lames) et zones à basse densité, mise en place de corridors fermés et relèvement de la température pour réduire les frais de climatisation, voire utilisation de l’air extérieur pour le refroidissement direct ou indirect (système dit du free cooling) et câblage rationalisé pour éviter les pertes d’énergie le long des fils de cuivre : c’est d’abord la conception et la maintenance même des salles qui sont repensées. Dans ce domaine, les hébergeurs qui doivent sans cesse augmenter leur capacité d’accueil sont le plus souvent à la pointe. Ainsi, Interxion se vante d’obtenir un PUE [1] moyen sous la barre des 1,5 pour ses salles contre une moyenne européenne de 2, soit pour 1,5 W d’électricité consommée dans le data center, 1 W est réellement affecté au calcul informatique et au stockage des données. Pour obtenir ces résultats, sans pouvoir intervenir sur le matériel qu’installent ses clients dans ses locaux, Interxion mise certes sur des investissements importants (dalles de sol à registre intelligentes [2] pour éviter les pertes d’air et coûtant six fois plus cher que des dalles classiques). Mais Fabrice Coquio, directeur général d’Interxion France, souligne que certains gestes simples ont un impact important : « Une hausse de 1° en température – tant qu’on reste en dessous des 30 °C – permet d’économiser de 20 à 30 % d’électricité. »

 

70 % des données stockées ne sont jamais réutilisées

Qu’une banque administre elle-même ses data centers ou qu’elle en confie la tâche à un prestataire externe, la protection de l’environnement passe aussi par une meilleure gestion de son parc informatique. Depuis quelques années, la solution miracle a un nom : la virtualisation. Sous ce même vocable se cachent plusieurs techniques selon que l’on parle de stockage de données ou de machines virtuelles (serveurs ou postes de travail déportés), mais l’idée est similaire : exploiter au maximum les capacités de son matériel pour en utiliser moins. « Aujourd’hui, un serveur x 86 est en moyenne utilisé à 5 à 10 % de sa capacité, en utilisant la virtualisation, on peut monter à 70 % d’utilisation », explique Jean Michel Rodriguez, responsable architecture pour l’efficacité énergétique et le green IT au centre de recherche IBM de Montpellier. « Ce qui permet de réduire le nombre de serveurs et donc diminuer l’alimentation électrique nécessaire pour une charge de travail identique. » De même, en matière de stockage, en utilisant des techniques de déduplication (c’est-à-dire en éliminant les données inutilement sauvegardées en plusieurs endroits), « on peut gagner de l’espace de stockage avec des ratios de 9 à 20 fois de données sauvegardées en moins », affirme David Junca, directeur général Europe du Sud de l’éditeur Acronis. « Entre 2005 et 2010, le stockage et la consommation énergétique qui y est liée a augmenté de 75 % et le nombre de serveurs a doublé durant la même période. » Cette nécessité de rationalisation des données est d’autant plus vraie que « 70 % des informations créées dans une entreprise ne sont jamais réutilisées et une même donnée est sauvegardée en moyenne six fois », confie Jean Paul Bembaron, directeur technique France d’EMC, spécialiste du stockage informatique et, via sa filiale VMWare, principal acteur de la virtualisation. Pour autant, il est bien conscient que toutes les techniques ne s’appliquent pas à tous les systèmes d’information (SI) : « À chaque fois, il faut regarder au cas par cas si chaque technologie est bonne pour le SI à améliorer. Il faut en permanence jongler entre respect de l’environnement, efficacité et rentabilité ».

Autant d’énergie consommée hors des data center qu’à l’intérieur

Pour autant, le SI ne se limite pas au data center. « Les entreprises ne doivent pas arrêter leurs efforts au data center, elles doivent les étendre à leur flotte de PC et d’imprimantes. En moyenne, les sociétés consomment autant d’énergie hors des data centers qu’à l’intérieur », avertit Christopher Mines. Ici aussi, pour les postes de travail, la virtualisation – c’est-à-dire le bon vieux client léger et ses déclinaisons plus modernes – peut faire des miracles en permettant une évolution moins rapide des postes de travail et en réduisant les coûts de maintenance par poste. Mais elle ne s’adapte pas à tous les profils de salariés. Ici également, le choix des matériels peut être important – comme le remplacement des vieux moniteurs cathodiques par des écrans LCD moins gourmands en électricité. Mais, avant même de faire des choix techniques, il faut faire évoluer les mentalités des utilisateurs et leur donner de bonnes habitudes, comme mettre en veille son poste à la pause déjeuner, n’imprimer que ce qui est indispensable et accepter de partager son imprimante avec ses collègues. Il faut également leur donner les moyens de travailler de façon plus verte : prévoir des salles de téléconférence pour réduire les déplacements de collaborateurs, installer des coins « impression » à moins de 15 mètres des bureaux pour éviter les impressions lancées puis oubliées, et mettre à disposition de lieux de collectes pour le recyclage des produits [3] : cartouches, papier, etc.

[1] Power usage effectiveness.

[2] Ces dalles sont pourvues d’aérations automatiques.

[3] Pour aller plus loin, le Syntec publie une série de livres verts sur le green IT, à télécharger sur son site : www.syntec-informatique.fr/bibliotheque/liste-des-publications/vision-et-recommandationssur-le-green-it-et-le-developpement-durable-l-informatique-au-service-du-developpement-durable

 

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