Gestionnaire actif-passif : un métier en évolution

Du fait de la crise, le métier de gestionnaire actif-passif dans les banques françaises a évolué. Il est davantage consulté sur les décisions stratégiques. Le profil des professionnels recrutés a donc lui aussi changé, tout en gardant un haut niveau de technicité.

Stratégie

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  • Eric Singer, Singer & Hamilton Executive Search
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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°311

La gestion actif-passif au coeur des nouveaux modèles bancaires

La gestion actif-passif s’est longtemps cantonnée à la gestion classique des risques simples et identifiés au sein de la direction financière des banques. Confrontées aux nouveaux enjeux réglementaires dans les années 1990 et 2000, les banques ont mis en place une approche plus active et plus sophistiquée de leur gestion bilancielle. Dans ce contexte, se sont développées au sein des grands groupes bancaires les directions de la gestion financière du bilan. Rattachés au directeur financier, les membres de ces entités, souvent composées d’une centaine de professionnels, ont eu pour mission la gestion active des ressources et emplois du bilan, cette approche se substituant à la couverture traditionnelle et systématique des risques subis.

Une direction partie prenante du pilotage

Centralisée au siège social, la direction de la gestion financière du bilan dispose de nombreux relais dans ses principales filiales internationales. Elle intervient dans les domaines suivants :

  • la gestion du risque de taux et de change ;
  • la gestion du capital économique ;
  • la gestion de la liquidité.

Elle contribue à la définition des politiques de refinancement, au pilotage des ratios réglementaires, à l’allocation des fonds propres économiques, à l’élaboration des stress-tests

Les équipes de gestion financière du bilan ont vu, lors de cette dernière crise, leur mission évoluer vers le pilotage stratégique. Le directeur de la gestion financière du bilan est ainsi consulté de plus en plus souvent par la direction générale pour des sujets dépassant le risque de défaut ou de taux. Pour ne citer qu’elle, la politique de deleveraging des banques, pratiquée à partir de 2009, a été ralentie ou modifiée compte tenu des simulations de certaines directions de la gestion financière du bilan qui démontraient qu’un deleveraging prolongé ou systématique aboutissait à une impasse économique. D’autres sujets stratégiques pour la banque se sont développés pendant ou à la suite de la dernière crise : l’optimisation et la protection du ROE, le suivi de la politique de rotation rapide des stocks dans les bilans, la diversification des accès à la liquidité, notamment en dollar…

Techniques, opérationnels, synthétiques

Les profils des gestionnaires actif-passif post-crise sont restés très techniques, mais ils sont également devenus plus opérationnels et plus communicants, dans un environnement plus compliqué où la population de spécialistes reste stable et demandée.

Diplômé d’une grande école d’ingénieurs ou d’actuariat et d’une spécialisation en finance, le professionnel de l’ALM [1] 2013 dispose généralement d’une expérience préalable au sein des marchés de capitaux ou des risques, d’une parfaite connaissance de l’environnement réglementaire encadrant la gestion active du bilan et de qualités managériales lui permettant de superviser de petites équipes.

De manière générale, il doit travailler avec la trésorerie à court terme mais se voit rattacher la trésorerie à long terme. Il doit maîtriser et interpréter les problèmes les plus complexes mais en sachant les synthétiser et les simplifier auprès d’interlocuteurs qui n’ont pas son niveau d’expertise. Par ailleurs, compte tenu de la rareté de son profil, il est amené à rester dans sa fonction entre 5 et 7 ans, soit plus longtemps que de coutume.

Le recrutement dans ce domaine se porte bien depuis 2009. Les recrutements en cours et les stages proposés sont plus nombreux que dans bien d’autres domaines des services financiers. Quel que soit le niveau d’ancienneté des collaborateurs, les salaires proposés sont en croissance mais restent encore faibles si l’on en juge par les compétences requises. Ils restent par ailleurs en deçà de ce à quoi peuvent prétendre les gestionnaires ALM en poste dans des établissements anglo-saxons. Plus largement, les moyens, notamment informatiques, dédiés à ces fonctions ne sont peut-être pas encore en phase avec les missions qui leur incombent.

Hormis la fonction de responsable de la gestion financière du bilan, on peut en outre s’interroger sur l’évolution en interne permise aux spécialistes de l’ALM. En théorie, une mobilité vers des fonctions en lien avec les marchés de capitaux, la trésorerie, les activités de financement ou encore les risques est tout à fait envisageable. Mais il semblerait qu’en pratique, les professionnels de l’ALM souhaitent de plus en plus souvent capitaliser sur leurs acquis et rester dans cette fonction, rendant une évolution interne difficile, voire impossible. Les équipes s’étoffent donc, mais demeurent peu mobiles.

Un marché qui se tendra sur les profils seniors

Dans ce contexte, les débouchés actuels dans le domaine de l’ALM restent nombreux dans les secteurs de la banque, mais également et surtout dans celui de l’assurance, des mutuelles, des caisses de retraite et du conseil. Qu'ils soient bancaires et assurantiels, les organismes de tutelle ainsi que des groupes publics tels que la Caisse des Dépôts peuvent en particulier proposer des opportunités intellectuellement passionnantes.

Le choix personnel des professionnels de l’ALM d’évoluer dans la fonction plutôt que de se tourner vers d’autres métiers bancaires, dans un contexte de marché où ces profils expérimentés sont recherchés, devrait enfin accroître le turnover de la profession et créer une tension à la hausse sur les salaires des profils à très forte valeur ajoutée.

[1] Asset and Liability Management ou gestion actif-passif.

 

Sommaire du dossier

La gestion actif-passif (ALM) au cœur des nouveaux modèles bancaires

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