Chèques

La France va-t-elle rester championne d'Europe ?

Créé le

28.04.2011

-

Mis à jour le

31.05.2011

Vous n’êtes pas en train de lire L’Équipe, et cet article ne parle pas de handball, mais du chèque ! Alors que les banques britanniques ont décidé de retirer les chèques du marché à l'horizon 2018, les Français sont les premiers utilisateurs de ce moyen de paiement en Europe et les deuxièmes dans le monde après les États-Unis, selon une étude sur l’utilisation du chèque en France publiée en mars 2011.

Le chèque reste un moyen de paiement très utilisé en France : 3,3 milliards de chèques ont été émis en 2009, soit 81 % des chèques émis en zone euro. Mais qui se sert du chèque et pourquoi ?

En partenariat avec l'institut de sondage ​CSA et pour le compte du CCSF, EDC a étudié le profil des utilisateurs et les motifs d’utilisation via des enquêtes téléphoniques parmi trois segments : les particuliers, les professionnels (moins de 10 salariés) et les PME-PMI (de 10 à 249 salariés). Des entretiens qualitatifs avec la grande distribution, les facturiers, les fédérations professionnelles, et les secteurs public et associatif ont complété ces enquêtes.

Les particuliers émettent 81 % des chèques

Tout d’abord, il faut noter que le particulier émet environ 5 ​chèques par mois, soit une estimation de 81 % du total des chèques en France (voir Graphique 1). En plus de sa gratuité, le particulier a la perception que le chèque permet de mieux contrôler ses dépenses par rapport aux autres moyens de paiement.

Selon l’enquête téléphonique réalisée par CSA auprès d’un échantillon de 1 000 ​personnes, 91 % des particuliers sont équipés en chéquier et émettent des chèques, notamment pour régler les frais de scolarité et cantines, les services à domicile, les cadeaux sous forme d'argent, les dépenses de médecine et les activités sportives et culturelles. L’une des surprises de cette enquête est de constater que les plus grands utilisateurs de chèques ne sont pas forcément les personnes âgées ou le monde rural, mais la catégorie des 35-49 ans, généralement les parents d'enfants scolarisés qui effectuent des dépenses pour lesquelles le chèque est souvent le seul moyen de paiement accepté.

En ce qui concerne la réception de chèques, l’enquête indique que les particuliers reçoivent en moyenne 1 chèque par mois, soit « seulement » 18 % (voir Graphique ​2) du nombre total de chèques encaissés en France en 2009.

L’enquête met en évidence que 11 % des particuliers sont très attachés au chèque et seraient très gênés en cas de disparition de ce moyen de paiement. Ce segment peut être considéré comme le « noyau dur » qui continuera certainement longtemps à se servir du chèque.

Des professionnels ambivalents au sujet du chèque

La seconde enquête téléphonique a été effectuée auprès de 300 professionnels et de 200 PME-​PMI. Il ressort clairement que les professionnels ont une forte préférence pour effectuer leurs paiements par chèque, notamment pour payer leurs fournisseurs. Par exemple, les professionnels et les PME-PMI émettent respectivement entre 9 et 35 ​chèques par mois, soit 15 % des chèques émis en France en ​2009.

Par contre, les professionnels ont une autre opinion du chèque en ce qui concerne leurs propres encaissements : même si le chèque représente entre 17 % et 87 % du nombre d'encaissements en fonction du secteur, la plupart des professionnels préfèrent le virement, la carte bancaire ou les espèces.

Les intentions d’utilisation future du chèque confirment la grande inertie des professionnels au sujet du chèque. 59 % ont ainsi l’intention de se servir du chèque aussi souvent dans les 5 prochaines années, et 17 % des professionnels se déclarent très attachés et disent qu'ils seraient très gênés en cas de disparition du chèque.

Les grands commerçants ont une moindre préférence pour le chèque

De leur côté, la grande distribution indique que le chèque est considéré comme l’un des moyens de paiement le plus coûteux si l’on tient compte du temps de passage en caisse, des coûts de traitement manuel et des impayés. Cependant, la préférence pour le chèque parmi certains segments de particuliers explique la part encore importante du chèque dans les encaissements : entre 3 % et 10 % des encaissements de la grande distribution.

En considérant la question de l’avenir du chèque en France, les points de vue divergent. Les grandes entreprises de la distribution sont davantage en faveur du remplacement progressif de ce moyen de paiement pour éviter une « mort lente » du chèque qui résulterait en une augmentation du coût unitaire de traitement. Cependant, ceci nécessiterait le déploiement d'alternatives au chèque, mais il n’y a pas de certitudes à ce sujet.

Le chèque est encore très présent au sein des collectivités locales

D’après les entretiens effectués par EDC, les différentes parties du secteur public semblent favorables à la dématérialisation des moyens de paiement afin de diminuer les coûts et améliorer l'efficacité du traitement ; cependant, la prise de décision est très fragmentée. Le nombre de chèques reçus reste ainsi important pour certaines parties du secteur public (ex : le chèque représente 63 % des encaissements des collectivités locales). En tout, l’ensemble des parties du secteur public étudiées représente 6 % des chèques encaissés en France en 2009. En revanche, en ce qui concerne les paiements émis par ces acteurs, il y a une volonté notable de réduire davantage la part de chèques qui a déjà beaucoup baissé et qui représente seulement 0,4 % des chèques émis dans l’hexagone en 2009.

Réflexions sur l’avenir du chèque

EDC a proposé plusieurs pistes de réflexion dans le cadre du remplacement progressif du chèque suggéré dans le rapport Pauget-Constans.

Afin de suivre l’évolution du chèque en France, l’une des pistes de réflexion serait de disposer de statistiques détaillées (par exemple collectées annuellement), complémentaires aux statistiques de la Banque de France.

Une deuxième piste pourrait être de mettre en place une structure de coordination et de coopération pour piloter le remplacement progressif du chèque entre les différentes parties prenantes.

Afin de faciliter la coopération parmi les différentes parties prenantes, il serait aussi pertinent de développer une feuille de route « macro » indiquant les conditions à remplir afin de pouvoir décider d'une échéance pour la fin du chèque.

La quatrième piste concerne l’identification des modèles économiques permettant un équilibre entre les différentes parties prenantes de manière à trouver un consensus entre les principaux acteurs.

Certaines initiatives auront un impact plus important sur le remplacement progressif du chèque et la priorisation de ces initiatives correspond à la cinquième piste suggérée par ​EDC. Les résultats de l’étude indiquent qu’il est important de considérer trois catégories d’initiatives. Tout d’abord, il est pertinent d'effectuer une priorisation des cas spécifiques d'utilisation du chèque à considérer, ce qui pourrait certainement inclure les paiements effectués par les particuliers dans des secteurs tels que l'éducation et la santé, les paiements entre particuliers, les paiements entre les particuliers et les différentes parties du secteur public (notamment les collectivités locales), et, les paiements effectués par les professionnels et les PME-PMI auprès de leurs fournisseurs. Ensuite, il faudrait considérer comment améliorer les moyens de paiement existants. Par exemple, de nombreux entretiens indiquent qu'il faudrait améliorer le virement pour offrir une plus grande facilité d'utilisation. Finalement, il pourrait y avoir potentiellement des opportunités de déployer de nouvelles alternatives au chèque en France en tirant notamment les leçons des initiatives réalisées à l’étranger.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº292