Paiement mobile

En 2012, le porte-monnaie est-il dans le téléphone ?

Alors que le geste d’acheter avec son téléphone devient de plus en plus répandu – qui pour télécharger un petit jeu, qui pour finaliser sa commande de DVD sur Amazon en allant au travail… –, le paiement mobile pur par téléphone mobile est-il déjà d’actualité en France ? Si les briques sont là, en théorie, le temps où notre téléphone remplacera en pratique notre porte-monnaie ou notre carte bancaire semble encore bien éloigné.

QR Code Starbucks

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  • Paiement NFC

    Paiement NFC

  • Olivier Binet, responsable Innovation, Paypal France

    Olivier Binet, responsable Innovation, Paypal France

  • Comment payer avec son téléphone en France?

    Comment payer avec son téléphone en France?

glossaires
  • m-Commerce :

    Mobile commerce ou commerce mobile. Ce terme désigne tout achat réalisé via un téléphone mobile. Ce peut être un achat via une application d’applications mobiles, un achat via le navigateur mobile de votre smartphone ou une application dédiée (Amazon, BrandAlley ou Vente-Privée par exemple). Ces achats ne sont pas toujours du paiement mobile à proprement parler, car l’utilisateur s’est souvent authentifié, informations de paiement compris, autrement. Ainsi pour Amazon, il suffit d’avoir déjà créé un compte en ligne pour payer de n’importe où.
  • m-Payment :

    Mobile payment ou paiement mobile. Là, le téléphone sert réellement de moyen de paiement. Soit parce qu’il stocke des informations financières dans une puce NFC, soit parce qu’il sert d’identifiant ou d’assistant, et non pas simplement de support, pour accéder au service.
  • Mobile Wallet :

    Portefeuille mobile. Application stockée dans le téléphone qui contient les informations financières de son propriétaire. Le plus souvent il s’agit de ses différentes cartes bancaires et de fidélité, pour lui permettre de choisir facilement celui qui servira pour chaque achat.
  • P2P :

    Peer to Peer ou pair-à-pair. Si sur Internet, il s’agit d’une forme d’échanges de fichiers décentralisées, ici il s’agit de faire des virements de personnes à personnes via son téléphone mobile.

Revue de l'article

Le paiement mobile, combien de divisions ? Alors qu’on nous promet depuis 2 ans une vraie émergence du paiement NFC [1] en France, et que certaines banques d’importance s’apprêtent plus ou moins discrètement à lancer sur le plan national des cartes sans contact, l’état du paiement mobile en France reste entouré d’un grand flou. L'automne dernier pas moins de deux services nouveaux (Buyster et Kwixo) se sont lancés sur ce créneau, avec des résultats encore assez faibles – moins de 200 000 inscrits et quelques centaines de sites marchands les validant comme mode de paiement – mais néanmoins conformes à leurs attentes. Pourtant, si Visa et l’ensemble des fabricants de cartes à puce ont lancé des offres complètes de mobile wallet et de transfert P2P lors du dernier salon Cartes [2], rien n’est encore prévu pour ce qui est du déploiement en France.

Confusion entre paiement mobile et commerce mobile

Alors, pourquoi un tel engouement ? Parce qu’il y a encore dans les esprits une confusion, volontaire ou non, entre le paiement mobile (m-Payment) et le commerce mobile (m-Commerce). Ainsi, lorsque Paypal parle de 4 milliards de dollars de transactions générées sur mobile sur leurs 100 milliards annuels, ou lorsque Jean-Claude Deturche, vice-président Mobile Financial Services chez Gemalto, annonce un chiffre d’affaires mondial pour le paiement mobile de 110 milliards de dollars, parlent-ils de paiements ou d’achats faits avec son téléphone ? D’autant que Jean-Claude Deturche le reconnaît lui-même : « 70 % des paiements mobiles sont des achats en ligne. » Si le mobinaute utilise son smartphone dans une grande surface spécialisée pour comparer les prix de l’imprimante qui l’intéresse, et qu'il l’achète finalement chez Amazon où il a un compte, le téléphone est-il un moyen de paiement ? Non, le moyen de paiement en question est la carte bancaire dont Amazon a mémorisé au préalable les coordonnées et qui peut donc être utilisée par le biais n’importe quel appareil connecté à Internet, y compris une télévision !

Imprécision des chiffres

Si l’on part du principe que le téléphone doit réellement faire partie du processus de paiement d’une manière ou d’une autre, sans servir simplement d’accès à Internet, à l’heure actuelle en France, il n’y a encore que trois façons de payer avec son téléphone mobile (voir Tableau) :

  • en paiement de proximité avec du sans contact ;
  • via un service/application où le numéro de téléphone sert d’identifiant et où l’on peut transférer de l’argent à ses contacts grâce à leur numéro de téléphone ;
  • en passant par les boutiques d’applications des constructeurs.

Cette dernière méthode est la plus répandue pour l’instant, mais elle a la particularité d’évoluer en circuit fermé et de s’appuyer sur du prépayé (cartes vendues dans le commerce physique) ou du préautorisé (carte bancaire liée au compte de la boutique). Pour les autres, même si l’expérience du sans contact s’est étendue à Strasbourg et Caen, en plus de Nice, et que l’on attend dans les semaines qui viennent son arrivée à Marseille, pour le Groupement des cartes bancaires, les chiffres du paiement NFC et du paiement par cartes sans contact ne sont pas distincts. Au mieux, le GIE table sur plusieurs dizaines de milliers d’applications mobiles déployées fin 2012 et de plusieurs millions de téléphones avec la technologie NFC présente (mais pas toujours activée) d’ici à la fin de l’année. Pour Jean-Claude Deturche, la mise en place technique de l’offre aura lieu au second trimestre 2012 et la commercialisation se lancera à partir du troisième trimestre.

P2P, QR-Code, Stickers NFC : le paiement mobile du Net s’implante dans la vraie vie

Côté applications, les promoteurs de Buyster comme de Kwixo se veulent optimistes. Ainsi, Christophe Nepveux, directeur général de Kwixo, se réjouit d’avoir déjà 175 000 inscrits près de 7 mois après le lancement et plus de 720 commerçants en ligne acceptant son système comme moyen de paiement. Il constate que près de la moitié des clients en ligne ont téléchargé une version de l’application mobile (sous iOS ou Android pour l’instant). S’il reconnaît que, jusqu’à présent, les deux tiers des utilisations servent à payer en ligne, un tiers d’entre elles concernent le transfert d’argent. « Ce n’est pas très étonnant, car le transfert d’argent d’un particulier à l’autre est plus récent que l’achat sur Internet » reconnaît-il. Toujours est-il que pour donner un petit coup de pouce à cet usage, largement mis en avant à travers ses publicités télévisées, Kwixo a decidé depuis mi-décembre de rendre gratuits ces transferts, qui étaient jusqu’ici facturés 0,49 euro par transaction. Le transfert P2P n’est en revanche pas encore au programme de Buyster, qui s’intéresse plutôt à la méthode de paiement par affichage d’un QR Code sur l’écran. Cette technique, déjà en usage dans les cafés Starbucks des États-Unis et du Royaume-Uni [3], devrait être utilisée dès le mois de mars par Buyster et Eurest. Ainsi, les salariés pourraient recharger à distance leur badge d’entreprise et, par exemple, payer leur cantine via Buyster en ne montrant qu’un QR-Code au moment du passage en caisse. Quand à Paypal, s’il fait partie de l’expérience Google Wallet aux États-Unis, notamment avec les magasins de bricolage The Home Depot, il compte s’implanter en Europe dans la vie réelle. Après la Suède, il devrait tester dès cette année des pilotes avec des stickers NFC dans des enseignes au Royaume-Uni. Et qui sait bientôt en France ?

[1] Near field communication.

[2] Voir « Cartes et identification 2011 : un salon de crise », Revue Banque n° 743, pp. 72-74.

[3] Voir Revue Banque n° 733, p. 49.

 

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