Métiers

L’émergence du rôle de Chief Data Officer

Les exigences réglementaires ainsi que l’accroissement des volumes de données à traiter dans des laps de temps de plus en plus courts justifient la création du nouveau poste de Chief Data Officer au sein des établissements financiers. Mais celui-ci, loin d’être un  super technicien, doit avoir une bonne compréhension des enjeux et contraintes des différents métiers et la capacité  à assumer une fonction par nature transversale.

L’émergence du rôle de Chief Data Officer

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°797

Désintermédiation : qui veut prendre la place des banques ?

Une nouvelle fonction est apparue dans l’industrie financière ces dernières années : le Chief Data Officer (CDO). Il s’agit d’abord d’un représentant des métiers comprenant les enjeux de l’industrie financière et leur traduction dans l’organisation, qui possède aussi des compétences techniques en gestion de données. Pour quelles raisons cette nouvelle fonction est-elle apparue dans les organisations financières ? Quel devrait être son positionnement et son rôle ?

Contexte de l’apparition du rôle de CDO

Les efforts actuels de rationalisation des systèmes d’information trouvent leurs origines dans une augmentation des exigences réglementaires réclamant une plus grande transparence tout au long des chaînes de valeurs financières et à une augmentation significative du volume des informations à traiter. En effet, les nouvelles exigences réglementaires de reporting (FATCA [1], EMIR [2], MIFID [3] et AIFMD [4]) ont mis l’accent sur l’exactitude des informations attendues dans un contexte d’accroissement significatif des volumes de données à traiter et une diminution de leurs temps de production (quasi-temps réel). L’importance de la précision et de la cohérence des informations demandées est telle que dans leurs recommandations, les autorités soulignent la nécessité d’avoir des équipes permanentes dédiées à la qualité des données.

Plus récemment, les exigences issues du BCBS239 [5] d’une traçabilité interne des données clés, depuis leur saisie jusqu’à leur agrégation, renforcent la nécessité de disposer d’une gouvernance transversale et centralisée de gestion de la data quality.

Parallèlement, les canaux digitaux sécurisés sont devenus incontournables dans la relation des établissements financiers avec leurs clients. Ces derniers ont légitimement demandé à connaître leurs portefeuilles d’opérations en temps réel par le biais de ces canaux. Ces services sont ainsi devenus pour eux un critère d’appréciation de la qualité de la relation client. Cela a motivé d’importants investissements d’infrastructures, visant à fiabiliser la relation client par l’amélioration de la qualité des informations traitées et leur sécurité. Pour pérenniser ces services souvent transversaux, il est apparu nécessaire de dédier des équipes permanentes au traitement de la qualité des données partagées.

La diversité des juridictions internes, pas toujours alignées sur le contenu ou le sens des contrôles (Finance, Risques, Conformité…), rend nécessaire l’établissement d’une fonction centrale pilotant les actions relatives à la qualité des données, ne serait-ce que pour éviter, en premier lieu, les retraitements locaux des données reçues.

Ces éléments ont contribué à la prise de conscience des directions générales de la nécessité d’équilibrer les investissements entre les outils et canaux de traitement des données et la gestion des données. En effet, les réponses apportées jusqu’à présent étaient essentiellement d’ordre technique (logiciels), portées par des directions techniques. Ces réponses apparaissent incomplètes face à l’enjeu de disposer de données de qualité. L’intégration des métiers dans la gestion de la qualité des données, vise à développer la qualité du contenu et non plus seulement la fiabilité du contenant, à pérenniser les processus vitaux, notamment dans le contexte actuel de réduction des coûts.

Positionnement du CDO

Les métiers sont les plus à même de définir la gouvernance des données [6], dans la mesure où ils les créent, comprennent leur valeur et peuvent déterminer comment les contrôler et les utiliser au mieux. Reste à s’affranchir d’une dernière contrainte : dépasser le data management en silos pour globaliser l’approche via une gouvernance transversale.

Afin de mettre en œuvre et de piloter ces éléments, des CDO sont apparus ces deux dernières années, traitant du data management d’un point de vue métier et toujours de manière transversale. Ces CDO ont pour première mission, d’établir le cadre de leur intervention et de définir une gouvernance, depuis les principes généraux de la data quality, jusqu’aux standards à utiliser de manière opérationnelle. Les pratiques actuelles nous montrent que :

  • cette fonction est directement rattachée à la direction générale, ce qui enlève toute ambiguïté sur son rôle, qui n’est surtout pas celui d’une « super maîtrise d’ouvrage » ;
  • le profil est celui d’un senior, ayant déjà expérimenté les problèmes de qualité de données, d’un point de vue opérationnel, dans le cadre de la gestion d’un référentiel, ou celui d’une direction des risques ou financière. Cette sensibilité est nécessaire pour lui permettre d’appréhender plus facilement les enjeux de la qualité de données.

Cette position particulière lui permet d’être appuyé pour « évangéliser » les acteurs des différentes chaînes de valeurs, notamment pour l’application de standards : méthodes de certification, processus de validation, statuts, dictionnaire…

Rôle du CDO

Sensibilité aux processus et outils, à l’infrastructure, mais surtout compréhension des leviers métiers, capacité à motiver et piloter des changements dans la manière de produire ou d’utiliser les données, sont les qualités d’un CDO. Son action peut se définir selon les axes suivants :

  • il propose les actions nécessaires pour diminuer les coûts et le temps de production d’une donnée ;
  • il s’attache à ce que chaque donnée partagée ait une définition métier unique ;
  • il met en œuvre les projets de transformation visant à réduire le nombre de référentiels locaux remplacés par des référentiels centraux normatifs ;
  • il définit les méthodes de certification et leur périmètre d’application ;
  • il établit conjointement avec les métiers, les modalités du contrôle permanent de la donnée, aussi bien pour le contenu du contrôle (quoi vérifier) que sur le lieu d’exécution du contrôle (où vérifier), dans une logique de réduction des coûts et des temps de traitement ;
  • il veille à ce que les projets respectent les standards internes relatifs à la confidentialité et l’intégrité des données, ainsi que les modalités de leur exposition et de leur traçabilité ;
  • il définit aussi les protocoles d’audit des données clés, depuis leur niveau élémentaire jusqu’à leur agrégation ;
  • il établit une base « Knowledge Management » dédiée à la data quality ;
  • il s’assure du bon usage et de la bonne intégrité des données dont l’établissement n’a pas la pleine propriété intellectuelle ;
  • il établit les indicateurs de mesure de son action.

Le rôle du CDO est clé pour parvenir à rationaliser l’information, en termes de définitions et d’usages, mais aussi en termes de coûts et délais de production. Au-delà de ces éléments, c’est un poste qui tend à s’auto définir, en s’adaptant à la culture de chaque établissement financier. Souvent plus conseil que pilote, le CDO doit avant tout convaincre les acteurs de la chaîne de valeur, de participer, de manière continue, à l’effort de mise en cohérence de l’information.

Les CDO doivent rapidement circonscrire leur domaine d’intervention, définir le niveau d’implication des métiers dans le data management et les moyens à mettre en œuvre pour réaliser leur mission complexe.

L’introduction du rôle de CDO, comme garant de la maîtrise des données et des processus associés, devrait donc permettre aux organisations de mieux se préparer aux mutations technologiques en cours et à venir.

 

[1] Foreign Account Tax Compliance Act.

[2] European Market Infrastructure Regulation.

[3] Markets in Financial Instruments Directive.

[4] Alternative Investment Fund Managers Directive.

[5] Basel Committee on Banking Supervision : ce texte publié par le Comité de Bâle en janvier 2013, applicable à partir de janvier 2016, regroupe 14 principes à respecter pour le reporting et l’agrégation des données de risques.

[6] Gouvernance des données : définition du contenu et des modalités de contrôle d’une donnée.

 

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