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L'auteur

  • Cron
    • Directeur des Opérations et des Systèmes d'information
      Natixis

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Rédigé par Revue Banque, interview Lynda Robillard (Dalink, ADCESB), Alon Rozen (École des Ponts Business School), retranscription Nathalie Chinfoo (journaliste).

Revue de l'article

Études et formation ?

Self made man ! Je n’ai pas le bac : je n'étais pas formaté pour l'école. À 16 ans, j'ai demandé à mes parents de me donner ma majorité et je suis parti travailler : 6 mois de porte à porte pour vendre des articles « parascolaires », puis 6 mois à la chaîne chez Findus, et enfin, assistant photographe !

Avec des études en parallèle ?

En effet, j'ai pris des cours du soir au CNAM sur des matières comptables et financières. Une fois diplômé, je suis rentré à 20 ans à la Caisse Centrale des Banques Populaires (CCBP). J’ai alors enchaîné sur un CAP de banque, un brevet de banque, et l'ITB. Et quelques années plus tard, un master à l'ESSEC Développement & Marketing.

Un plan de carrière ?

Jamais. Mais de la curiosité qui m’a poussé à demander à évoluer, chaque fois que j’ai eu la sensation d’avoir fait le tour de mon poste. Cela a fait de moi un collaborateur un peu atypique dans des établissements qui ont très souvent une culture d’expertise et où passer 10 à 15 ans dans les mêmes métiers est un parcours classique. Mais cela n’a jamais été mon souhait !

Le goût du risque ?

J'ai souvent pris des chemins détournés et cela m'a poussé à prendre des risques. Ainsi, lorsque j’ai accepté mon poste chez Repetto, mes collègues de l’audit m’ont tous prévenu : « Tu ne pourras jamais revenir dans la banque, c’est de la folie ! ». J’avais tellement envie de découvrir ce métier que je ne me suis pas posé la question de l’après. En 2012, quand j’ai pris la responsabilité du programme Efficacité opérationnelle de Natixis, j’ai eu les mêmes réactions !

Vos expériences de management ?

D’abord à l’inspection, en tant que manager d’équipes de 4 à 6 inspecteurs; mais principalement chez Repetto, groupe industriel en restructuration (alors détenu par Natixis). Je devais y passer initialement 3 ans, mais j’y suis resté au final 9ans, d’abord comme directeur financier, puis secrétaire général et enfin directeur général délégué. En plus d'une dimension commerciale et de marketing (c'est à ce moment-là que j'ai suivi le master de l'ESSEC), cette expérience passionnante m'a offert une ouverture culturelle (après 10ans de musique classique comme «hautboïste» grâce à Repetto, j'ai découvert le monde de l'Opéra à Paris, Londres, Moscou), une incursion dans le monde industriel (avec la fabrication des produits Repetto en France), et une dimension à l’international (avec des implantations en Angleterre, aux États-Unis et en Allemagne).

Ensuite, au contrôle de gestion chez Natixis, j'ai pris la tête d'une petite équipe de 25 personnes, mais je découvrais de nouveaux métiers avec des enjeux stratégiques de développement. La création d’EuroTitres, structure de conservation du Groupe, et la conduite du programme Efficacité opérationnelle de Natixis pendant deux ans ont été des expériences de management assez intenses. Enfin, depuis novembre 2014, j’exerce l’activité de COO (Chief Operating Officer) de Natixis, un périmètre qui couvre quatre activités (opérations, systèmes d’information, immobilier, logistique et achats), sur trois continents (Europe, Amérique et Asie) et regroupe 4 000 collaborateurs.

Vos méthodes de management ?

J’essaie de ne pas arriver comme connaissant tout, mais de m'appuyer sur les bonnes compétences, et surtout d’être à l'écoute, pour comprendre le contexte, et rester sans idée préconçue. Cette écoute permet de me faire assez rapidement une idée juste de la situation, de faire des choix et de donner une direction. Lors de ma prise de poste en tant que COO de Natixis, j'ai rencontré plus de 100 managers pendant 3 mois et cela m'a permis d'avoir une bonne vision de ce que nous avions à faire à la DOSI [1].

Mes décisions sont alors prises dans des temps courts. En tant que responsable, j'annonce ce que nous allons faire ensemble, puis je fais ce qui a été décidé! Lors de la création d'EuroTitres, résultant de la fusion de plusieurs entités, l'effectif devait être divisé par deux: je l'ai dit aux collaborateurs et cela s'est fait sans licenciement sec, avec des reclassements et sans mouvement social. Être loyal envers ceux qui nous accordent leur confiance est pour moi fondamental. Pour que les collaborateurs ne se sentent pas trompés, il ne faut pas avoir peur de dire clairement les choses. Enfin, je fais confiance a priori. Avec un droit à l’erreur…

Profil atypique vous-même, vous recherchez des profils atypiques ?

Mon premier patron à la CCBP m'a embauché après un entretien d'une heure pendant laquelle nous n'avions parlé que de photographie! Malgré mon parcours atypique, il m'a donné ma chance et je raisonne comme lui! Je suis d'ailleurs depuis 6ans parrain de l’association « Nos quartiers ont des talents ». Et je trouve que cette « génération du 93 » a une énergie folle, une réelle envie, même s’ils se présentent la cravate de travers et la chemise chiffonnée. Ce qui m’intéresse chez eux, c’est leur énergie et leur potentiel.

Actif sur les réseaux sociaux ?

Non. J'ai besoin de rencontrer les équipes, d’échanger, de serrer les mains! Mon réseau, c'est la proximité et la vie auprès des équipes au quotidien.

 

[1] Direction des opérations et des systèmes d'information.

 

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